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Lettres du Marechal de Moltke sur l'Orient

Quelques extraits du livre que nous publions ont paru, il y a quelques jours, dans le Temps. Ce journal les a fait précéder d'une préface qui met parfaitement en lumière la nature et la valeur de l'ouvrage. Nous ne croyons pouvoir mieux faire pour le recommander à l'attention du public français, que de placer cette préface sous ses yeux :

Les éditeurs.

Ce livre, curieux à plus d'un titre, est la traduction d'un recueil d'impressions de voyage et de séjour en Turquie et dans l'Asie Mineure. L'ouvrage n'est pas très-récent, puisqu'il a paru en 1841, et que les lettres dont il se compose vont seulement de 1836 à 1839; mais l'Orient change si peu que l'intérêt même de l'actualité est loin d'avoir disparu de ces pages, et, d'autre part,

le touriste auquel nous avons à faire est un observateur comme il y en a peu, un esprit que tout intéresse et qui sait rendre compte de tout. La nature, la topographie, la mythologie, les antiquités, l'histoire, la politique, la stratégie lui sont également familières, et il serait assurément difficile de rencontrer un volume qui témoignât d'une intelligence plus ouverte et plus fournie, et d'un plus vaste ensemble de connaissances parfaitement assimilées. Le nom de Fauteur, qui n'est pas indiqué, mais qui n'est pas un mystère, crée un intérêt de plus, intérêt douloureux pour nous, mais d'une douleur qu'il faut surmonter quand il s'agit de s'instruire. Ces notes de voyage sont, en effet, du maréchal de Moltke, l'intraitable ennemi de la France. L'intérêt principal qu'elles nous offrent, et qui peut nous être profitable, c'est de montrer quel était déjà, à une époque fort dissemblable de la nôtre, sous des souverains très-pacifiques et fort éloignés des ambitions plus récentes de la Prusse, le degré d'instruction et de culture du corps d'officiers prussiens. M. de Moltke ne pouvait guère être à ce moment que capitaine ou tout au plus chef de bataillon et si Ton doit admettre qu'il était exceptionnellement doué, c'est évidemment à l'organisation dont il faisait partie qu'il faut attribuer le développement complet et harmonique de ses facultés.

C'est surtout aux militaires que nous signalons cet ouvrage. Ils y trouveront de l'instruction, de nombreux motifs de réflexion et d'émulation, et aussi de l'agrément, car celui que les Allemands appellent le général taciturne ne paraît pas avoir, quand il était plus jeune, dédaigné la bonne humeur et l'esprit. Son séjour en Orient correspond à la réforme entreprise par le sultan Mahmoud, et au conflit de la Porte avec son puissant vassal Méhémet-Ali ; il s'arrête à la bataille de Nisib

(1839). Le sultan, qui cherchait dans toute l'Europe des auxiliaires pour sa réforme, et qui s'était piqué, entre autres, d'introduire dans ses États quelque chose de semblable au système de la landwehr, avait demandé à la Prusse des officiers instructeurs. M. de Moltke fit partie de cette mission militaire ; mais il ne se borna pas à instruire des recrues; il dressa des cartes, fît d'importants travaux topographiques, et rendit notamment à la science un service signalé, en explorant, non sans péril, certaines parties peu connues du cours de l'Euphrate. Finalement, il fut attaché à l'état-major du général Hafis-Pacha, qui perdit, contre ses conseils, la bataille de Nizib. Les généraux ottomans avaient, même après la réforme, la fâcheuse habitude de consulter des mollahs en même temps que des officiers , et c'était ordinairement l'avis des mollahs qui l'emportait.

L'ouvrage de M. de Moltke se compose d'une série de lettres adressées à des amis, sans intention de publicité. Elles ont été réunies après coup, et publiées avec une préface du célèbre géographe Charles Ritter.

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