FIN
NOTE
Cette lettre est écrite au commencement de Tannée 1838, au moment où le sultan Mahmoud se disposait à reprendre violemment la Syrie au vice-roi d'Égypte. Ces deux hommes se disputaient Pempire de l'Orient et tenaient l'Europe attentive à leur querelle.
« Or, voici quelle était, à l'égard de Constantinopîe et d'Alexandrie, la situation respective des cinq grandes puissances européennes.
La Russie dominait l'événement. Le pied sur Constantinopîe, peu lui importait qu'entre les deux rivaux ce fût la paix ou la guerre. Dans le premier cas, elle avait pour lui répondre de sa lomination l'état d'anxiété et d'épuisement où le statu quo reteit la Turquie. Dans le second, Ibrahim faisant un pas en avant, "ui pas, lui était un prétexte pour courir ?.u Bosphore. Elle donc à s'inquiéter de rien. Seulement, pour se parer des de la modération, et par pudeur, elle demandait le main- . , la paix.
i ce que demandait aussi la Prusse , mais uniquement liute des hasards. Car sur le théâtre qui venait de s'ouvrir, ivait pas de rôle pour elle.
en était pas ainsi de l'Autriche, directement intéressée à re contre l'ambition russe l'embouchure au Danube. D'ail-
NOTE
leurs, M. de Mcttemich mettait sa gloire à préserver de toute secousse l'équilibre européen fondé en 1815, et les approches d'un conflit alarmaient sa politique circonspecte. Parvenu à l'âge où Ton a besoin de repos, il semblait dire, à l'exemple do Louis XV : «Gela durera bien toujours autant que moi.» L'Autriche s'employait donc à calmer l'irritation belliqueuse de Mahmoud, sans cacher qu'elle préférait le sultan, souverain légitime, au vice-roi, sujet rebelle.
Pour ce qui est de l'Angleterre, elle portait à Méhémet-Ali une haine systématique , implacable. Elle avait juré c )erte parce qu'il résistait au despotisme des marchands de L res, parce qu'il avait sous la main l'Euphrate et la mer R % grandes routes de l'Inde; parce qu'on ne pouvait aller de u Tamise au Gange, en traversant la Méditerranée, sans le rencontrer et le subir; parce qu'il aimait la France. De là le traité de commerce conclu le 16 août 1838 entre l'Angleterre et la Porte, traité qui devait à la fois servir de contre-partie aux conventions d'Unkiar- Skelessi, et ruiner le pacha d'Égypte par la suppression des monopoles, source à peu près unique de ses revenus. Et .jui la représentait à Constantinople, cette haine anglaise? Un diplomate fougueux jusqu'à l'étourderie, passionné jusqu'à la violence : lord Ponsonby. Il est vrai que le consul général de la Grande-Bretagne à Alexandrie était M. Campbell, esprit juste et modéré. Mais lord Ponsonby attirait à lui le gros de la politique, se faisait centre, et, quoique le langage de la paix fût sur ses lèvres, tout bas il poussait à la guerre, enflammant les rancunes de Mahmoud et sa jalousie, encourageant son orgueil, présentant l'occupation de la Syrie par Ibrahim comme une usurpation d'une insolence rare, et prédisant comme un fait inévitable l'extermination du vice-roi. En cela, néanmoins, nul doute que lord Ponsonby ne dépassât la politique de*|son gouvernement. Au fond, le Cabinet de Saint- James redoutait et devait redouter une rupture qui eût infailliblement placé Constantinople sous la protection de l'épéo russe.
Do la part de la France, mêmes appréhensions relativement à la Russie. Car, du reste, — et ici le gouvernement et la uation se trouvaient d'accord, — la France avait pour Méhémet-Mi une préférence marquée. Elle lui savait gré de son culte pour la mémoire de Napoléon et de son goût pour le caractère français, de son penchant à nous imiter, de son empressement à nous servir. Et puis, c'était un homme nouveau, le fi h; de ses œuvres, un élu des révolutions modernes. Malheureusement,
NOTE
et par une inconséquence grossière, la France, qui aimait le vice-roi , s'était fait représenter à Constantinople par» un de ses adversaires les plus convaincus : l'amiral Roussin. Ajoutons que le Cabinet des Tuileries se préoccupait -beaucoup moins d'Alexandrie que de Constantinople, ce qui le conduisait à faire pour le maintien de la paix des efforts persévérants et sincères.
On le voit , quelque profonde que fût entre les cinq puissances la & '.ersité des intérêts ou des sympathies, considérée dans son e \nble, l'Europe se prononçait pour le statu quo, et, en vue sa propre tranquillité, elle ordonnait le repos à l'Orient. W
(Louis Blanc, Histoire de Dix ans, tome V. Paris, Pagnerre.)
TABLE DES MATIERES
Pages
Préface v