‹ Lettres du Maréchal de Saint-Arnaud, 1832-1854Chapitre 22 sur 63 · A M. DE FOUCADE, AVOCAT A PARIS · texte numérisé non relu

A M. DE FOUCADE, AVOCAT A PARIS

Constantine, le avril 1850.

Cher frère, j'ai reçu ta lettre et tout en maudissant le sort et les circonstances, je ne puis m'empêcher de trouver tes raisons justes et bonnes. Il est évident que, dans ce moment où tu perces et tu montes, une absence te serait préjudiciable. Fais donc ton nid ,

travaille, fais fortune pourvu que la république

sociale et le communisme ne se marient pas, et ne prennent pas ta fortune et celle de tout le monde pour dot. Quel siècle , cher frère , et qu'il est bon

d'être loin de toutes les horreurs qui se préparent ! Je verrai tous ces malheurs en servant mon pays. J'espère qu'ils ne gagneront pas notre Afrique. Nous avons des repris de justice déguisés en Rouges, mais nous sommes forts; j'en ferai fusiller vingt à Constantine, autant à Bone et à Philippeville et nous serons tranquilles. Je n'hésiterai pas une seconde. Je te réponds que ma province ne sera pas envahie par les Rouges.

J'ai reçu du duc d' Aumale une lettre très-réstrvée, mais pleine d'affections et de sentiments nobles et génère ux. 11 plaint la France, la regrette, et gémit de la voir tombée et malheureuse.

Louise est désolée de ne pas voir arriver ta femme. Elle se faisait un bonheur de passer quelques mois avec elle. Elle avait complètement arrangé votre appartement. La peau de lion et de panthère y dominait avec les tapis et les nattes du pays. J'avais arrangé pour vous un voyage à Sétif, où vous seriez venus me chercher.

Je pars après-demain, et je vais faire une longue et importante expédition. J'ai envoyé mon plan de campagne h notre frère. Je n'y ai apporté qu'une modification. Je commencerai par les Nemenchas, pour n'entrer dans l'Aurèsquc le 20 mai, après les neiges et pour y arriver avec le bon effet moral du châtiment et de la soumission des Nemenchas.

J'ai reçu une lettre de notre frère, mais le temps me manque pour lui écrire. Je le ferai à Bathna , après avoir vu Lambessa.

A MADAME DE SAINT-ARNAUD, A CONSTANT1NE

Batlma, le 1" mai 1850.

Chère bien-aimée, je rentre de Lambessa où j'ai passé huit heures dans une admiration continuelle. Ces ruines magnifiques ont produit sur moi un effet inconcevable. Déjà disposé aux idées sérieuses, je me suis trouvé au milieu des restes morts d'une ville jadis florissante. Toutes ces inscriptions, toutes ces colonnes encore debout me parlaient d'un passé auprès duquel nous sommes petits, et je me disais : Ce n'est pas la peine de se donner tant de mal pour créer, quand on voit quelle est la fin des plus belles choses. Nous avons déjeuné près du temple d'Esculape, et la musique de la légion venait frapper les échos si longtemps muets des ruines de Lambessa. J'ai donné à M. Couenes un petit morceau de marbre calciné pris sur les ruines du temple d'Esculape. 11 te le remettra comme un souvenir qui te dise que partout je pense à toi. Je suis arrivé hier à cinq heures et demie à Bathna, après avoir été traversé par la pluie qui nous a trempés depuis midi jusqu'à quatre heures. J'ai fait mon entrée à la tête d'un goum magnifique de deux mille chevaux et au bruit du canon. Ce goum nous a fait pendant la route une superbe fantazzia qui a failli causer des malheurs. Figure-toi que M. F... s'était joint à mon état-major ; or, il ne tient pas plus h cheval que la rosée sur la feuille après

midi. Je ne pensais guère à M. F... et, en voyant le goum rangé en bataille, je me suis porté au galop pour le passer en revue. Mon état-major et plus de cent cavaliers qui étaient avec moi ont suivi le mouvement. Le cheval de F... s'est animé et il n'a pas pu s'en rendre maître, et il est arrivé comme une avalanche, comme un ouragan sur le cheval de Bizot, Ta pris en travers, et le choc a été si violent que les deux hommes et les deux chevaux ont roulé dans la poussière, et les cavaliers qui étaient derrière ont passé par-dessus. Enfin, chacun s'est relevé et personne n'était mort. Il n'y avait pas même une lunette de faussée ni un verre cassé. J'ai eu un moment d'angoisse terrible, je les croyais tués tous les deux. F. . . a juré que jamais on ne le rattraperait dans une pareille bagarre.

J'ai beaucoup travaillé aujourd'hui et je suis fatigué ce soir. Demain, je t'écrirai encore. Je partirai le3pour Ghcnchela et j'y arriverai le 6. Mes affaires vont bien. Les Arabes ont peur, ils viennent se soumettre. Ma carte de visite leur coûtera cher.

A LA MÊME

i mai 1850.

Nous avons aujourd'hui un vent froid ; je ne fais pas de courses à cheval et je vais visiter l'hôpital.

les casernes et les magasins. Je ferai ma correspondance pour Alger, Constantine, France, et je donnerai mes ordres pour le départ de demain. Demain, chère Louise, je m'éloignerai encore un peu plus de toi, car à Ghenchela et chez les Nemenchas, notre correspondance sera plus difficile.

N'oublie pas de t' occuper du logement du gouverneur et de ton petit salon d'en bas, afin que tout soit bien organisé.

Ton autruche est arrivée ici, veuve de sa compagne qui est morte en route. On va en faire demander une autre. Installe les gazelles dans ton petit parc. Tout cela t'amusera.

Adieu, chère bien-aimée; dis à toutes ces dames, que MM. de Mirbek, de Brancion, Legrand, Farenc, se portent à merveille. Nous sommes tous rouges comme des écrevisses, c'est affreux....

A M. LEROY DE SAJNT-ARNAUD, AVOCAT A PARIS

Bathna, le 2 mai 1850.

Cher frère, je suis ici depuis le 30 avril ; j'ai passé une partie de la journée d'hier au milieu des ruines de Lambessa. Quel peuple, quelle ville, quelles ruines ! Quatre lieues de pierres énormes, gigantesques ; une via sacra de deux kilomètres, menant au temple

de la Victoire admirablement conservé; colonnes debout, mosaïques, point de toitures ; ruines parsemées de temples, de cirques, de bains, de monuments funèbres et d'arcs de triomphe ; un temple d'Esculape, sur les marches duquel je suis resté absorbé une heure, pendant que la musique de la légion me jouait des valses de Strauss.

On a relevé des fouilles une statue d'Esculape, une statued'Hygie.... admirables... marbre blanc ; Hygie a perdu la tête et un bras, Esculape est entier, moins un bras. C'est une des belles statues que j'aie vues de ma vie. Là, près de cette Lambessa, jadis si belle, si florissante et dont les ruines parlent si haut, je vais créer.... quoi? un pénitencier pour renfermer les fous furieux que la France rejette de son sein. J'ai reculé de deux kilomètres l'établissement projeté,... j'ai peur pour mes ruines.

On dit que celles de Tebessa sont plus belles encore ; que sont-elles donc ?

Avant d'arriver à Bathna, j'avais vu le tombeau de Syphax, appelé par les Arabes le Madrazzin. C'est un vaste monument conique à escaliers, comme les pyramides, et avec une couronne de colonnes ; on en a découvert l'entrée.

Singulier rapprochement: la 3* légion romaine était à Lambessa, elle était commandée par Flavius. C'est le colonel Carbuccia, commandant la :2e légion, qui a retrouvé le tombeau de Flavius, son collègue, comme il dit, et lui a fait ériger un monument où le fait est rapporté. .

J'ai été reçu à Bathna par un superbe goum de plus de deux mille chevaux. Les chefs en tête sont venus au-devant de moi, en faisant une fantazzia monstre. Ces hommes ont de beaux chevaux. Le mien ne le cédait à aucun des leurs.

La politique va bien. Les Nemenchas ont peur, payent l'impôt et parlent de se soumettre. Je crois que je ne tirerai pas un coup de fusil.

J'ai laissé ma femme bien chagrine, j'ai moi-même une peine profonde d'être loin d'elle. Je l'aime tous les jours davantage. Il est difficile d'être plus gracieuse qu'elle, et surtout d'avoir des sentiments plus nobles et plus élevés.

A MADAME DE SAINT-ARNAUD, A CONSTANTIN B

Au bivouac de l'Oucd-Bou-Freis, le k mai 1850.

Nous avons eu une journée assez fatigante, chère Louise : elle a commencé par un brouillard et du froid, de sorte que jusqu'à dix heures, j'ai conservé mon caban. Mais après le déjeuner, le soleil d'Afrique a paru et je suis arrivé au bivouac à trois heures, la tête un peu lourde. Nous avons chassé un lièvre, mais Plock a dégénéré, il ne chasse plus que les lézards et a couru après mon cheval sans voir le lièvre. Nous marchons au milieu du gibier. On organise une chasse

au lion dans PAurès et j'espère que tu auras une belle peau.

A Constantine, vous êtes en fête aujourd'hui : revue, illuminations, salves d'artillerie, etc. J'ai prescrit au colonel Bouscarin de donner au préfet, à la milice et aux autorités militaires, un grand banquet. Je ne dois rien à personne au camp et je suis bien aise de pouvoir me dispenser de fêter la République et sa constitution, qui me parait débile....

Adieu, chère bien-aimée, le courrier va partir. Je ferme le paquet en y fourrant mille baisers.

A LA MÊME

Ghenchela, le 7 mai 1850.

Chère amie, je suis arrivé hier à Ghenchela, mais j'ai été si occupé que je n'ai pu trouver une minute pour t'écrire. La colonne d'Eynard arrivait par le nord pendant que la mienne arrivait par l'ouest. Il m'a fallu établir mon camp, visiter ma redoute qui avance beaucoup, voir les chefs arabes, donner à dîner aux officiers de la colonne Eynard. J'ai cinq mille hommes à nourrir et onze cents chevaux ou mulets. Toute cette masse passe comme un nuage de sauterelles, dévore tout et ne laisse rien derrière elle.

Je ne sais encore si les Nemenchas voudront la

paix ou la guerre. Ils ne sont pas tous venus à mon camp et je crois que je serai forcé d'agir.... Les affaires, surtout avec les Arabes, vont toujours lentement. Ils ne se pressent jamais, parce qu'ils espèrent au lendemain, et, avec moi, le lendemain est absolument pour eux comme la veille.

La position de Ghenchela est très-militaire. Nous sommes à l'entrée de trois plaines immenses que nous commandons. 11 y a des ruines, du bois et de l'eau très-belle et très-abondante. Plusieurs ruisseaux d'eau courante traversent mon camp. J'en ai devant ma tente, et mon vin y est au frais. Tout cela serait charmant, si tu n'étais si loin de moi....

A M. LKROY DE SAINT-ARNAUD, AVOCAT A PARIS

Ao bivouac de Ghenchela, le 6 mai mo.

Crois-tu, cher frère, que je t'écris dans ma tente fermée, un brazero au milieu, et les pieds et les mains gelés 1 Ce n'est pas la peine de pérégriner dans le sud pour y jouir d'un froid de Sibérie. Hier nous avions vingt-sept degrés, aujourd'hui nous gelons et demain peut-être nous grillerons. Charmant climat! 11 a beaucoup neigé dans l'Àurès, mais je n'y entrerai pas avant le 20.

La jonction de mes colonnes a eu lieu comme par

enchantement, à ta même heure, le 6. J'ai formé un camp immense, organisé mes brigades, assuré mes vivres, fourrages et convois, et tlemain je purs pour El-Zuni, d'où je me porterai par une marche de nuit rapide sur Aïn-Guiber où sont les insoumis et leur chef. Le 10, tout sera fini. Je resterai quelques jours dans le pays pour faire payer et organiser, puis je marcherai sur Tebessa où je serai le 10 ; vers le 20 ou 22 je serai de retour à Ghenchela et le premier acte de mon drame sera joué; le deuxième se passera dans l'Aurès; le troisième dans Bathna ; le quatrième à Sétif et à Constantine.

Je me suis imposé, frère, une lourde tache; me voici au milieu des Arabes toujours mal disposés pour nous. Le long discours que je viens de faire a leurs chefs, pour les engagera payer età rester tranquilles, sera-t-il écouté? Il faut qu'ils soldent l'impôt de Û9, celui de 50, ie transport de ma colonne et la construction du fort de Ghenchela ; tout cela fait un total de 165,000 francs, c'est beaucoup.... J'ai cinq mille fantassins et cinq cents chevaux, plus deux cent cinquante mulets. Il faut nourrir hommes et bêtes. J'ai cent mille rations à Ghenchela, j'en fais venir de Bathna, j'en fais porter à Tebessa, j'en retrouverai à Biskra. Ce sont bien des combinaisons, c'est un vrai casse-téte. J'y suis fait. Viennent maintenant les opérations de guerre, c'est la partie amusante et facile. Je n'aurai guère qu'un ou deux combats dans les Nemenchas et pas davantage dans l'Aurès, si j'en ai.

A MADAME DE SAINT-ARNAUD, A CONSTANTIN R

Au bivouac de Zoui, le 9 mai 1850.

Chère Louise, j'ai fait hier à Ghenchela plusieurs coups d'État avec les Nemenchas. J'ai changé leur caïd et je leur ai donné un homme intelligent et vigoureux qui m'est dévoué et qui saura les mener. J'ai une colonne magnifique : je la regardais aujourd'hui dans ces vastes plaines brûlées par le soleil, elle tenait plus d'une lieue. 11 y a de quoi mettre à la raison tous les Nemenchas. D'ici à deux ou trois jours, je verrai la tournure des affaires et je saurai à peu près quand je serai à Tebessa. Je n'entrerai peut-être pas dans l'Aurès avant le 25, et cela me mènerait au 10 juin pour arriver à Biskra. C'est bien tard : il fait trop chaud par là pour les pauvres soldats.

Mes lévriers nous ont donné, ce matin, le spectacle d'une jolie chasse au lièvre. Plock était en tête : il allait saisir l'animal, lorsqu'il a été dérangé par le cheval de M. Vignart, et Léda qui suivait de près a remporté la palme et saisi la pauvre bête qui sera mangée demain.

A LA MÊME

Il mai 1850.

Je suis contrarié, chère amie : je croyais cette nuit surprendre les insoumis, et à minuit j'ai appris qu'ils s'étaient enfuis. J'envoie demain une petite colonne avec le colonel Mirbek et Espi nasse pour faire payer les tribus et hâter les affaires, mais je vois avec regret que je ne serai pas h Tebessa avant le 18. Je suis pour au moins quatre jours dans ce bivouac. C'est le centre du pays. Envoie-moi mes tabourets et chaises de bivouac. Ceux que nous avons sont vieux et se brisent. De Neveu en a déjà tué trois sous lui, et il a manqué se tuer lui-même en tombant dans une cave que j'avais fait faire près de ma lente pour tenir le vin au frais. Il en est quitte pour une contusion.

A LA MÊME

Au bivouac de Rar-Gueber, le 12 mai 1850.

Chère bien-aimée, je t'écris au bruit du plus épouvantable orage qui, depuis une heure, est venu as-

saillir mon pauvre camp établi au milieu d'un bassin entouré de montagnes. Le tonnerre est si effrayant que les chevaux se cabrent, et ceux qui sont mal attachés s'échappent et courent au hasard. 4 deux reprises différentes, il est tombé des grêlons plus gros que des pois. On vient de m'en envoyer une pleine gamelle, dans laquelle on peut aisément faire frapper du Champagne. Quel temps! le 12 mai, au sud, de la glace, de la grêle! Demain nous étoufferons ; ce matin dans la poussière, à présent dans la boue.

Je n'ai pas de lanternes pour ma tente. Si tu en trouves deux bien fortes en cuivre jaune avec les glaces bombées, comme celles que j'avais à Alger, envoie -les moi avec des bougies que l'on puisse adapter à l'intérieur. Si j'avais eu ces lanternes, Neveu, Bizot et Eynard ne seraient pas tombés autour de ma tente qui est perfide à cause de ses grandes cordes.

Je n'ai encore pu jouer qu'une seule fois le whist, et encore pour m'obliger à v eiller, parce que je voulais faire partir une colcnne à minuit. J'avais invité tous les colonels. Nous avons bu du vin chaud. Un courrier extraordinaire m'arrive : je le fais repartir avec cette lettre... Je t'envoie mille tendresses.

A M. LEROY DE SAINT-ARNAUD, AVOCAT A PARIS

Au bivouac de Rai-Gueber, le 12 mai 1850.

Me voilà en pleins Nemenchas, frère, parcourant un pays où les ruines obstruent nos pas. Des temples chrétiens avec ces inscriptions curieuses : Fide in Deo et ambula. — Si Deus pro nobis, quis adversus nos? Tout cela est devant mon bivouac. J'ai fait faire quelques fouilles, on a trouvé de petites médailles sans valeur. Hier, nous avons reconnu les ruines d'une grande ville. J'y ai envoyé trois compagnies pour fouiller, rien ne dit encore le nom de tous ces lieux divers. Mes lévriers ont chassé un lièvre, et l'ont pris sur les marches d'un temple. Il n'en était pas plus dur. Les Nemenchas ne veulent pas de coups de fusil et payent. Je reste au milieu d'eux pour hâter la fin du compte.

Depuis quelques jours, nous sommes rôtis le matin et gelés le soir ; cette vie est dure. Louise m'écrit souvent, elle fait comme moi, elle trouve le temps long et lourd. La Fontaine a raison :

« L'absence est le plus grand des maux. «*

Je voyage comme le Juif errant. Je marche au milieu des sables. La bonne affaire, puisque je n'entends plus parler politique. Je voudrais vivre longtemps ainsi dans le désert, mais avec tous les miens. Peut-être en rentrant en France, tout vieux que je

serai, j'aurai moins de rides que de plus jeunes agités au milieu des soucis et des excitations politiques. Je commence à devenir furieusement philosophe, et à prendre les choses de ce monde en grande pitié. De longues lettres de toi me viendraient bien à propos.

J'avais déjà vu des ruines en Grèce, en Italie, en Asie, mais elles m'impressionnaient moins. Peut-être mon admiration pour l'antique était-elle moins développée, en raison de mon peu de réflexion ; peutêtre aussi que je trouve les ruines plus dignes d'attention à mesure que je me rapproche d'elles? C'est un langage bien poétique et bien profond que celui de ces énormes pierres séculaires qui sont restées debout au milieu des tempêtes et de la destruction des mondes.

Je rapporterai à ma femme un curieux album. J'ai un dessinateur attaché à ma colonne. C'est un jeune fourrier aux chasseurs qui a été à l'École polytechnique, renvoyé pour opinion. Son crayon n'est pas rouge. J'ai aussi, dans la légion étrangère, un ex-ofïicier hongrois que j'ai fait sergent; il dessine fort bien.

J'ai un aumônier, l'abbé Parabère, que je viens de faire recevoir chevalier de la Légion d'honneur devant la deuxième brigade. 11 va nous dire la messe en face d'un vieux temple chrétien. Toute l'armée y assistera. Est-ce que tu ne trouves pas qu'on élève mieux son âme vers Dieu en plein air que dans une église ; le vrai temple de Dieu, c'est la nature. L'abbé Parabère est enchanté de dire sa messe. Moi,

je penserai à vous tous, à ma femme, h mes enfants. Comment vont-ils? Adolphe travaille-t-il? Son moment fatal approche. Que faire s'il échoue, conseillemoi. Enfin, frère, Dieu nous aidera. Nous étions dans une position moins bonne que celle de nos enfants.

A MADAME DE SAINT- ARNAUD, A CONSTANTINE

Au bivouac de fiidjlen, le 1S mat 1850.

Rien de bien neuf depuis ma dernière lettre, ma femme chérie. Mirbek est rentré hier avec la colonne que je lui avais confiée et il m'a ramené quarante-cinq prisonniers-otages, pris parmi les chefs et les grands des Ouled-Rechaich. J'en tirerai le meilleur parti possible.... Demain, en arrivant au bivouac de Aïn-Sabaïm, je partirai moi-même avec ma cavalerie et des troupes sans sacs, et je razzierai les Alaârmes qui ne veulent point payer l'impôt. Je leur apprendrai comment on fait les coups de main vigoureux.

Hier, trois lions sont venus à cinq cents mètres de notre camp et se sont rencontrés à peu de distance avec un capitaine de spahis et son ordonnance qui se promenaient. Le pauvre officier a eu une grande émotion, comme tu penses. Il prenait les lions pour des veaux, puis pour des bœufs, et enfin

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