‹ Lettres du Maréchal de Saint-Arnaud, 1832-1854Chapitre 39 sur 63 · AU SECOND VOLUME · texte numérisé non relu

AU SECOND VOLUME

Cet appendice contient les principaux passages extraits du rapport du général R an don, Ministre de la Guerre, sur l'expédition de Kabylie; le résumé des actes politiques et administratifs qui ont marqué le ministère du Maréchal de Saint-Arnaud, enfin les divers documents relatifs à la guerre d'Orient et a la mort du Maréchal.

Plusieurs des documents qu'on a réunis dans cet appendice Ont frappé à diverses époques l'attention publique. On peut citer notamment les discours prononcés par le Maréchal sur la proposition des questeurs et à la cérémonie d'inauguration de la statue du Maréchal Ney; les rapports sur la bataille de l'Aima; les dernières lettres au Ministre de la Guerre et les adieux à l'Armée.

RAPPORT DU GÉNÉRAL RANDO.N , MINISTRE DE LA GUERRE, AU PRINCE PRESIDENT DE LA RÉPUBLIQUE, SUR l'expédition DE KABYLIE*.

« Depuis longtemps l'attention du Gouvernement est fixée sur les montagnes qui bordent le littoral entre Dellys et Philippeville. Cette partie du pays était restée en dehors de notre autorité, alors que

1 Ce rapport peut être utilement rapproché de la Correspondance,

l'Algérie tout entière, de la frontière de Tunis à celle du Maroc, de la Méditerranée aux limites sud du Sahara algérien, avait reconnu notre domination. Le groupe de montagnes plus particulièrement connu sous le nom de Kabylie, est habité par une population belliqueuse, mieux armée et mieux organisée pour la résistance que les Arabes, parlant un langage différent, obéissant à des habitudes et à des mœurs qui lui sont propres. Sous le gouvernement turc, les Kabyles avaient toujours échappé à Faction des chefs qui administraient les tribus et jouissaient d'une indépendance complète sinon en droit, au moins en fait

» Les instructions adressées au gouverneur général de l'Algérie dès le 15 mars dernier, lui prescrivaient de réunir à la fin d'avril ou dans les premiers jours de mai, une colonne de huit mille combattants pour opérer dans le triangle montagneux compris entre Milah, Djidjelli et Philippeville

» Les ordres du gouvernement étaient à peine connus en Algérie, qu'une vive agitation se déclarait dans les montagnes qui devaient être le théâtre de l'expédition; exaltées par le souvenir des armées turques, qu'ils avaient à diverses reprises taillées en pièces au milieu de leur pays, les Kabyles juraient de disputer le passage à l'armée française. La ville de Collo elle-même, dont la population s'était jusqu'alors montrée animée de bonnes dispositions 5 notre égard, fut entraînée dans une manifestation hostile contre le commandant supérieur de Philippeville, arrivé

dans cette localité sans une escorte suffisante

» Le général de Saint-Arnaud réunit à Milah une Marche du Kén

° «le Saint- Arni

division de douze bataillons, quatre escadrons, huit ™ w*w pièces de montagnes (huit mille hommes). Ces forces étaient organisées en deux brigades, Tune sous les ordres du général de Luzy, la seconde commandée par le général Bosquet.

» Pour se porter à Djidjelli, la division avait à traverser un pays de montagnes abruptes, sans routes et dans la majeure partie duquel jamais soldat français n'avait pénétré; il lui fallait lutter contre l'énergie de tribus qui croyaient encore à l'inviolabilité de leur territoire. Le général se mit en mouvement le 8 mai ; il était attendu par les Kabyles au passage de rOued-Dja, chez les Ouled-Askar.

» Le 11 mai, nos troupes devaient descendre du Fedj-Beïnem, en vue de l'ennemi jusqu'au fond du ravin dans lequel coule POued-Dja, dont le lit est à quatre cents mètres au-dessous du niveau du Fedj ; elles avaient ensuite à gravir sur la rive gauche une pente escarpée dominée par des villages retranchés. Trois colonnes s'avancent avec audace et enlèvent les retranchements en passant sous le feu plongeant du gros village de Kazen ; elles poursuivent l'ennemi jusqu'aux trois cols des Ouled-Askar, d'où elles commandent la position. Le général Saint-Arnaud établit son camp à El-Aroussa.

» L'ennemi éprouva des pertes nombreuses dans cette affaire, qui dura depuis sept heures du matin jusqu'à la nuit; mais le succès fut acheté au prix de

deux officiers et seize soldats tués, et de cent blessés, dont sept officiers

» La journée du 12 fut employée par les généraux de Luzy et Bosquet à opérer contre les villages des Oulod-Askar et des Ouled-Mimoun. Les Kabyles opposèrent une vive résistance à tous les mouvements de nos troupes

» Le 13, la division avait à parcourir un pays trèsdifficile. Le convoi suivait un sentier étroit, bordé de taillis épais et dominé par des positions que l'infanterie occupait successivement pour protéger la marche. Des engagements très-vifs, où nous avions constamment l'avantage, avaient lieu en tète, en queue, sur les flancs, quand un incident malheureux vint inopinément doubler les pertes de la journée. Deux compagnies de grenadiers du 10e de ligne avaient remplacé, sur une position escarpée et couverte de bois, deux compagnies du i& léger. Assaillies à l'im- « proviste par trois à quatre cents Kabyles qui s'étaient approchés sans être aperçus, elles sont précipitées du haut des rochers. Les cinq officiers et quarantetrois hommes sont tués; soixante sous-officiers, caporaux ou soldats sont blessés. Un bataillon du 9e de ligne, accouru au bruit de l'engagement, ne recueille que les débris des compagnies et ne reprend la position qu'au prix de neuf blessés et de quatre tués. Les troupes s'étaient battues tout le jour avec un grand courage. Les pertes réunies de la journée s'élevèrent à six officiers et soixante soldats tués, et à cent vingt-quatre blessés.

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» Le 14 mai, la division combattant sans cesse comme la veille, continua de descendre par des sentiers impraticables vers l'embouchure de l'Oued-el- Kébir (qui n'est autre que le Roumel ) . Les Kabyles redoublaient d'efforts; c'était non loin de ces terrains si profondément tourmentés que l'armée du bey Osman avait été complètement détruite vers 1804 ; ils avaient annoncé un pareil désastre pour nos troupes. Mais aucune difficulté de terrain, aucune position escarpée, aucune fatigue ne surprit ni ne lassa nos soldats, l'ennemi fut partout repoussé.

» On était sorti du massif montagneux ; le pays s'élargissait, on entrait dans la plaine. Dans la marche du 15, les bataillons qui furent chargés d'attaquer les plus beaux villages des deux rives de l'Ouedel-Kébir, ne rencontrèrent qu'une faible résistance.

» Le 16, la colonne bivouaquait sous les murs de Djidjelli.

• Cette longue et pénible marche pendant cinq jours consécutifs, au milieu d'un pays inconnu, à travers des tribus nombreuses et réunies en armes, n'amena pas de résultats ostensibles. Le général de Saint-Arnaud, pressé de déposer ses blessés à Djidjelli et de s'y ravitailler, n'avait pas eu le temps d'obtenir des soumissions; mais le moment approchait où nous allions recueillir le fruit de ces premiers efforts.

» En effet, le 19, le général de Saint-Arnaud était opérations «u sud

° et h l'ouest de

parti pour Djidjelli et avait dans la matinée établi son camp au milieu de la tribu des Beni-Amran. Après quelques heures de repos, dix bataillons sans

sacs, toute la cavalerie et l'artillerie prirent les armes pour assaillir les masses de Kabyles qui se montraient sur les hauteurs à deux kilomètres et à gauche du camp. Toutes les positions furent enlevées, et l'ennemi poursuivi pendant plus de deux heures, éprouva de grandes pertes ; la cavalerie sabra bon nombre de fuyards

» Un succès plus important encore devait récom-' penser le lendemain la bravoure et la persévérance de nos soldats. Les Kabyles couronnaient en face, à quatre kilomètres du camp français, une crête boisée, longue de deux kilomètres; leur gauche s'appuyait à un ravin profond et escarpé ; à leur gauche, la ligne des crêtes s'abaissait par mamelons étagés jusqu'à un col de facile accès, par lequel la cavalerie pouvait tourner toute la position et arriver par derrière au ravin de gauche. Au signal d'un coup de canon, la cavalerie, masquée par un pli de terrain et par les bois, s'élance au galop, sabre tout ce qu'elle rencontre, gagne le col qui vient d'être décrit et arrive sur le bord du ravin, derrière la gauche de l'ennemi, pendant que l'infanterie l'aborde de front avec impétuosité. Les Kabyles rejetés de leur droite à leur gauche, tournés par la cavalerie, s'entassent dans le ravin sur le bord duquel les tirailleurs, formant l'extrême droite de la ligne française, les ont devancés malgré les difficultés du terrain. Fusillés à bout portant par nos intrépides fantassins, à travers les rochers et les broussailles, trois ou quatre cents Kabyles restent sur la place sans autre perte de

notre côté que trois hommes tués et six blessés.

• Les résultats de ces brillants combats ne se firent pas attendre : dès le lendemain, le général de Saint-Arnaud recevait la soumission des Ben i- Ahmed, des Beni-Khetab et des trois grandes fractions des Beni-Àmram.

» La journée du 21 fut employée à faire reposer les troupes ; les malades et les blessés furent évacués sur Djidjelli , et le lendemain 22 la division continuait sa marche, sans rencontrer d'autres difficultés que celles qu'opposait le terrain. Elle arriva à Tibairen, le 24 mai.

» Le lendemain 25, le général Bosquet se sépara de la colonne pour aller rejoindre le général Camou sur la route de Sétif à Bougie....

» Le général de Saint-Arnaud établissait, le 20 mai, son bivouac au milieu des Beni-Foughal et, sans perdre de temps, il attaquait le même jour les rassemblements qui s'étaient formés à son approche et s'emparait de quelques villages. Le lendemain 27, les Beni-Foughal et les Beni-Ourzeddin venaient faire leur soumission, après avoir essayé de lutter encore dans un second engagement , où nous leur tuâmes beaucoup de monde, sans pertes de notrecôté.

■ A dater de ce moment la colonne n'eut plus un coup de fusil à tirer jusqu'à son arrivée à Djidjelli, le 2 juin. Sur son passage, les Kabyles ne quittaient plus leurs habitations; ils s'empressaient autour de nos soldats pour demander l'aman et donnaient des otages. Toutefois, quelques tribus situées a l'extré-

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