‹ Lettres du maréchal de Saint-ArnaudChapitre 20 sur 52 · A M AD A VI K DE FORÇA DE · texte numérisé non relu

A M AD A VI K DE FORÇA DE

Paris, le 19 novembre 1851.

Chère bonne mère, voilà deux jours que je te sais indisposée. Tu as fait une chute et tu t'es blessée à la tête. J'espère que les sangsues auront produit un heureux effet, et qu'une bonne lettre viendra demain dissiper toutes mes inquiétudes. Je t'en supplie, mère,

soigne-toi. J'ai bien assez de soucis politiques sans avoir à y joindre des inquiétudes de cœur.

J'ai obtenu avant-hier à l'Assemblée une grande victoire. Nous étions entre la dictature de Changarnier, une convention ou un coup d'état immédiat. J'ai montré de l'énergie et nous avons évité tout cela. Je suis monté trois fois à la tribune. J'ai bien vécu depuis quarante-huit heures. Ma position s'est affermie. Me voilà ancré dans la politique et placé bien haut. Dans ce monde, il ne faut qu'aller droit et avoir du cœur. Toute la famille est dans la joie. Je n'ai peur que d'une chose, rester au ministère plus que je ne voudrai et pourrai. C'est trop de fatigue.

A LA MEME

Paris, le 2 décembre 1851, U heures du matin.

Bonne chère mère, je t'écris dans un moment solennel. Encore deux heures et nous allons assister à une Révolution qui, je l'espère, sauvera le pays.

Cette Assemblée folle, aveugle, factieuse sera dissoute, et un appel au peuple décidera du sort d'une nation fatiguée d'être ballottée par les inquiétudes et les soucis.

Nous aurons un gouvernement stable, et j'ai la confiance que tout ira bien. La République reste.

avec le Président nommé pour dix ans. Je n'ai pas le temps de t' écrire tous les détails. Paris se réveillera ce matin, la révolution faite! Une centaine d'arrestations et la porte de l'Assemblée fermée, et tout est dit. Aujourd'hui, je n'aurai pas le temps de t'écrire. Mes frères le feront sans doute.

J'attends le commandant de l'armée de Paris pour lui donner des ordres. Tout est prêt, réglé, le ministère changé. Je fais toujours partie du nouveau : c'est sur moi que reposent l'action et la force.

Adieu , bonne mère , je t'aime et t'embrasse de cœur.

A LA MÊME

Paris, le 5 décembre 1851.

Bonne mère chérie, nous sommes dans un terrible coup de feu, mais nous en sortirons. Mes frères t'écrivent tous les jours et te donnent des détails. Moi, je n'ai que le temps de t'embrasser et de te dire que je t'aime.

Paris, le 11 décembre 1851.

Chère bonne mère, j'ai reçu ta lettre et je vois que tu as le sang guerrier. Tu prends d'excellentes dispositions pour ta défense. Tu es à la guerre* pendant que nous sommes à la paix. Tout se calme chaque jour. Dans quelques départements on s'est insurgé. Les rebelles seront punis.

Le lieutenant de gendarmerie de la Réole, M. Malfrein, est capitaine. Le gendarme Michel, dont tu es satisfaite, sera brigadier. Adieu.

1 La propriété qu'habitait la mère du Maréchal est située dans l'arrondissement de la Réole, contigu à l'arrondissement de Marmande où une insurrection avait éclaté.

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