A MADEMOISELLE DE S AI NT- ARN A UD
Paris, le 11 décembre 1851.
Bonjour, gracieux lieutenant du plus illustre capitaine! Vos dispositions belliqueuses ne m'ont pas donné d'inquiétudes. J'ai une grande foi dans la fortune et la raison de la France. J'ai vu ton amie Marie, et je l'ai embrassée en souvenir de toi. Ta petite mère t'envoie bien des baisers. Ton frère commence à être soldat. Adieu , ma Louise chérie, je n'ai que le temps de t' embrasser de toute mon âme'.
1 Peu de temps après, la mère et la fille du Maréchal revinrent à Paris. A partir de cette époque,* la correspondance n'a plus l'enchaînement qu'elle présente jusque-là. Les lettres qui suivent ont été écrites par le Maréchal pendant les différents voyages qu'il fit dans le cours de son ministère, et notamment pendant le grand voyage en France qui précéda la proclamation de l'Empire. Il trouva encore quelques occasions d'écrire à l'époque de la maladie et de la mort de son fils et du séjour passager que sa santé l'obligea de faire à Vichy et à Hyères. Après le départ du Maréchal pour l'Orient, la correspondance reprend sa régularité habituelle.
A M. ADOLPHE DE S A1NT- ARN A U D '
Paris, le 9 février 1852.
Cher enfant, Mme de Brancion m'annonce que tu as été repris par la fièvre et la diarrhée. C'est un surcroît de douleur qu'il faut supporter avec patience et résignation. Si je ne te savais raisonnable et bien soigné, je serais bien inquiet , bien tourmenté, et je ne suis que triste et chagrin de te savoir souffrant.
Ta petite mère, ta sœur t'ont écrit. 11 me tarde bien de recevoir quelques lignes de toi. Ce sera la preuve de ton retour à la santé. Ne fais pas d'imprudences et soigne-toi pour pouvoir venir plus tôt voir ton père qui t'aime tendrement et t'embrasse de cœur.
AU MEME
Elysée, le 11 février 1852,
Cher enfant, j'ai écrit à la bonne Mme de Brancion, et je ne croyais pas pouvoir trouver un moment pour
1 Le fils du Maréchal, cavalier au 5e régiment de hussards, en garnison à Limoges, venait d'être atteint d'une fluxion de poitrine à la suite d'un incendie qui avait réclamé le secours de la garnison.
t' embrasser. Ta maladie se prolonge et mon inquiétude aussi. Ton oncle de Forcade partira demain pour te voir, juger de ton état , et décider s'il y a moyen de t' amener chez ton père; après lui, ta petite mère et ta bonne maman partiront et te ramèneront si cela est possible.
C'est une grande chose pour ces dames que ce voyage, mais elles restent ici sous le poids de l'inquiétude et elles aiment mieux partir. Je me désespère de ne pouvoir les accompagner.
Elles te porteront. mes caresses et mes baisers. Soigne-toi bien et dépêche-toi de guérir ; fais tout ce que te dira Mme de Brancion.
Ta sœur, qui est aux Oiseaux depuis hier, t'écrit. Tu fais le sujet de toutes les conversations et de toutes nos pensées.
AU MEME
Paris, le 13 février 1852.
Cher Adolphe, ton oncle est auprès de toi et j'attends avec impatience de tes nouvelles par lui. 11 est chargé de te donner tout ce que tu désireras.
Mme de Brancion continue à m'envoyer exactement les bulletins de ta santé. Pauvre enfant, comme tu souffres et comme on t'arrange! Patience! Tune
sauras jamais combien ton père souffre et quelles inquiétudes Font assailli depuis sept jours.
Ta petite mère t'écrit. Dépêche-toi de guérir et viens me dédommager de tout le chagrin que tu m'as causé.
Ton père qui t'aime.
AD MÊME
Paris, le 15 février 1852.
Cher Adolphe, je rentre chez moi et je trouve un moment pour t'écrire deux lignes et t'envoyer deux baisers. Ta sœur, que j'ai été voir ce matin, me charge de te faire passer sa lettre que je t'envoie religieusement. Tu y verras que ta sœur est en cage aux Oiseaux où elle commence à s'accoutumer plus qu'elle ne veut le dire. Elle n'y restera d'ailleurs pas longtemps et le mois de mai arrivera vite. Sa santé est bonne et je voudrais que la tienne lui ressemblât.
Tu as vu ton oncle ; après lui tu verras Boyer et de Place, et j'espère qu'alors ta convalescence te permettra de venir chez ton père où tu recevras les soins nécessaires. Remercie encore la bonne Mme Brancion. Je ne saurais trop lui exprimer toute ma gratitude.
Je serai bien heureux quand tu seras en état de m'écrire toi-même. Ta petite mère t'embrasse; elle
ne t'écrit pas aujourd'hui, parce qu'elle est allée aux Oiseaux.
Ta tante Adèle va bien et t'embrasse. Tes cousins en font autant. Adieu , cher Adolphe, je t'aime tendrement.