‹ Lettres du maréchal de Saint-ArnaudChapitre 29 sur 52 · LE MARQUIS DE PUYSEGUR · texte numérisé non relu

LE MARQUIS DE PUYSEGUR

\ M. LEROY DE SAINT-ARNAUD, CONSEILLER D ETAT

lialaclava, le 28 septembre 1854.

M on cher oncle, après une lutte acharnée, le mal a été le plus fort. Nous ramenons mon pauvre père à Therapia. 11 va rentrer en France, aj»rès avoir remis son commandement au général Canrobert. Le 6 septembre c'était une fièvre pernicieuse, le 2/i c'était une attaque de choh ra. C'était trop.

Mon père lutte avec son énergie habituelle. Du reste, il est sauvé et sera en France probablement vers le 20 octobre. Il vous charge de donner de ses nouvelles à M. Fould, et de le prier de dire à l'Empereur que son plus grand regret est de ne pas pouvoir le servir aussi longtemps qu'il l'aurait voulu, mais les forces de l'homme ont des bornes.

Au surplus, les Russes sont dans une panique tellement incroyable que depuis Aima on n'en a pas vu, excepté quelques petits détachements errants qui se sont fait prendre avec les bagages du prince Menschikoff. Les armées alliées sont maîtresses de Balaclava et du monastère. C'est un point assuré pour le débarquement de tout ce qui leur est nécessaire et

vous pouvez compter que dans quinze jours le drapeau de la France flottera sur Sébastopol.

Donnez des nouvelles de mon père à la famille.

On lit sur la seconde page :

Tout ce qui précède, mon cher oncle, m'a été dicté par mon beau -père, et j'ai transcrit fidèlement. Mais après avoir fait mon office de secrétaire, il me reste à faire mon devoir de gendre et à vous dire la vérité vraie.

Mon beau-père est fort mal. Les symptômes de choléra on disparu complètement, c'est vrai; mais il reste une faiblesse excessive qui nous donne les plus grandes inquiétudes. Cabrol est comme nous fort inquiet, mais il ne désespère pas. Depuis hier, le Maréchal va mieux évidemment, la figure est meilleure et les vomissements ne se renouvellent pas, mais il est toujours bien faible et son estomac reçoit avec bien de la peine quelques gouttes de bouillon. Nous ne perdons pas encore l'espoir de vous le ramener à Paris. Nous nous embarquons demain à bord du Berthollet qui, en trente heures, nous mènera à Thérapia, où nous comptons faire reposer notre cher malade pendant six ou sept jours, avant de l'embarquer pour France. Je vous tiendrai, d'ailleurs, au courant de l'état de sa santé par toutes les occasions qui se présenteront.

Qu'il est triste d'être ainsi contraint d'abandonner

son commandement au moment de toucher le but et de couronner une expédition qu'il avait conçue, méditée, préparée et mise à exécution ! Heureusement ses efforts n'auront pas été stériles. L'armée est campée à deux kilomètres de Sébastopol, dont la garnison est frappée de terreur.

Je n'écris pas à Louise', j'ai peur de trop l'inquiéter. Soyez assez bon, mon cher oncle, pour lui donner vous-même des nouvelles de son père, de manière à ne pas trop la frappej*. Pauvre femme, que d'épreuves le ciel lui envoie !

Veuillez aussi prévenir mon oncle de Forcade. Je viens de lire à mon beau-père une lettre de lui et de ma tante Adèle. Elles lui ont fait du bien ainsi que les deux vôtres que je lui ai lues également.

1 Madame la marquise de Puységur.

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