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AMELIORATIONS DANS LA CONDITION DES SOLDATS

Une décision ministérielle du 24 décembre 1852 a substitué les gamelles individuelles aux gamelles communes dans tous les corps de troupes. Avant cette décision ministérielle, une seule gamelle était affectée à la nourriture de huit hommes, comme il y a quelques années deux hommes partageaient le même lit. Chaque soldat a maintenant sa gamelle comme son lit.

Un décret impérial des 10-31 décembre 1853 a établi un nouveau mode de blanchissage du linge de la troupe, au moyen de la création de buanderies mi-

litaires dans les garnisons. Voici quelques passages du rapport qui précède le décret et qui en font comprendre l'utilité:

« Dans l'état actuel des choses, la chemise el le mouchoir du soldai sont seuls blanchis régulièrement au moyen d'une imputalion hebdomadaire et individuelle de 10 centimes sur le fonds de l'ordinaire ; le blanchissage des autres effets (caleçon, calotte, musette, pantalon de treillis) est laissé aux soins du soldat et ne lui coûte pas moins de 5 centimes par semaine dans l'infanterie et 8 centimes dans la cavalerie .. Suivant le système proposé, tous les effets du soldat seraient blanchis au moyen d'appareils à vapeur, dans des buanderies militaires et par des soldats propres à ce service. La dépense du blanchissage devant, dans de telles conditions, se lrou\er considérablement réduite, elle pourrait être imputée sur le fonds de la masse individuelle... Le paiement aurait lieu au moyen d'un abonnement. Le taux de l'abonnement serait réglé par trimestre, savoir : pour les troupes à pied 65 centimes par trimestre et par homme, pour les troupes à cheval 1 franc 5 centimes par trimestre el par homme... Il est incontestable que l'usage habituel du linge de corps plus fréquemment et mieux blanchi, apportera dans l'état sanitaire de l'armée une amélioration qui indemnisera le gouvernement de ses avances par la diminution du nombre des journées d'hôpital ».

A LGER IK.

Le décret relatif à la réorganisation de l'armée d'Afrique et à la formation de deux nouveaux régiments de zouaves, avait eu pour but de constituer en Algérie les éléments d'une armée permanente. Pour fortifier encore les moyens de défense propres à la colonie elle-même, un décret du 12 juin 1852 réorganisa la milice algérienne.

Ce décret donne au gouverneur général les pouvoirs les plus étendus en tout ce qui touche l'organisation des milices, leur suspension ou leur dissolution, la nomination et la révocation des officiers de tout grade. Une disposition spéciale confère au gouverneur général et même aux généraux commandant les divisions, en cas d'urgence, le droit de faire passer les milices sous l'autorité militaire.

Un grand nombre de mesures furent prises dans l'intérêt de la colonisation, telles que concessions de terres, créations de routes et de villages, etc. On peut citer notamment la concession faite par décret du 26 avril 1853, à la Compagnie Genevoise de 20,000 hectares de terre aux environs du Sétif, à la charge par la Compagnie de construire dix villages et d'installer cinq cents familles dans un délai de deux ans. Le succès de cette grande entreprise paraît aujourd'hui assuré.

Divers décrets réalisèrent des améliorations importantes pour la prospérité de l' Algérie.

Une bourse de commerce fut créée à Alger. (Décret du 16 avril 1852.)

Un Mont-de-Piété y fut établi ainsi que des caisses d'épargne, de prévoyance et des sociétés de secours mutuels.

Un conseil d'hygiène et de salubrité fut institué. (Décret du 23 avril 1852.)

Enfin, le décret impérial du 9 novembre 1853 sur la culture du coton en Algérie consacra un ensemble de mesures destinées à encourager et à développer cette culture si importante pour l'avenir de la colonisation.

Le rapport présenté à l'Empereur, le 16 octobre 1853, fait connaître l'état de la question à cette époque :

« Sire, je viens, conformément aux ordres de Votre Majesté, lui soumettre des propositions en vue de développer énergiquement la culture du coton en Algérie.

» Mais, avant tout, je crois indispensable d'entrer dans quelques détails sur l'état dans lequel cette question se présente aujourd'hui.

» La France a le plus grand intérêt, au point de vue de son industrie manufacturière, à encourager la culture du coton en Algérie.

>» D'une part, en effet, la production des Étals-Unis, qui fournit à l'Europe la plus grande partie de cette matière première, ne suit qu'avec peine les progrès de la fabrication, et le moment n'est peut-être pas éloigné où le coton fera défaut aux manufactures du continent, surtout quand on voit les Américains mettre chaque année en œuvre des parties de plus en plus considérables de leurs propres produits. D'un autre côté, les autres pays qui pourraient

fournir cette matière à l'Europe ne lui en livrent que des quantités tout à fait insuffisantes.

» Aussi, l'Angleterre s'est-elle déjà préoccupée de cette situation. Depuis plusieurs années, elle encourage la culture du coton dans .«es possessions de l'Inde et de l'Australie, les seules qui puissent le produire sur une grande échelle, de manière à pouvoir s'exonérer un jour de la dépendance dans laquelle elle se trouve, sous ce rapport, vis-à-vis d'une nation rivale.

» La France est aussi fort intéressée à ce que le coton ne manque pas à ses manufactures. Notre pays, on le sait, consomme chaque année pour environ 100 millions de francs de coton, qu'il tire principalement des Etats-Unis et de l'Egypte.

» Les expériences faites en Algérie depuis plus de dix ans dans les pépinières du Gouvernement, et dans les dernières années par quelques colons intelligents, ont prouvé que la culture du coton était non-seulement possible, mais profitable aux agriculteurs, et que les produits récoltés étaient susceptibles de rivaliser avec les meilleures qualités obtenues dans d'autres pays.

» Parmi les nombreuses espèces de colon qui ont été expérimentées en Algérie, il a été reconnu que la culture de celles dites Géorgie longue soie, Jumel, Nankin et Louisiane blanc réussissent le mieux, et ce sont précisément les espèces qui sont les plus recherchées par l'industrie. Les chambres de commerce de France auxquelles des échantillons de ces sortes ont été soumis à plusieurs reprises ont été unanimes pour témoigner de leur bonne qualité, et cette opinion a reçu une éclatante sanction de la part du jury international de l'exposition universelle de Londres, qui, en 1851, a accordé à ces cotons onze récompenses.

» Au rapport d'un filateur distingué, M. Feray, la récolte des cotons Géorgie longue soie d'Amérique ne dépassait pas 30,000 balles par an, et on ne pourrait l'augmenter d'une manière notable en raison du peu d'étendue des terres propres à la produire. On ne pourrait davantage obtenir ce coton en Egypte. En Algérie, au contraire, il est facile de trouver, comme dans la Géorgie et la Caroline du Sud, des terrains à proximité de la mer ou naturellement saturés de sel, où la longue soie croîtrait parfaitement. Ainsi tout le Sahel de la province d'Alger et la plaine de la Mitidja, le littoral de la province d'Oran, principalement dans la partie com*

prise entre cette ville et iMostaganem. les plaines du Tlélat, de l'Habra et du Sig, celles de Bône et de Philippeville, dans la province de Conslantine, sans compter beaucoup d'autres localités, sont susceptibles de produire le coton dans d'excellentes conditions. 11 serait sans doute facile, sur ces terrains, de se procurer, indépendamment des autres espèces, les quantités de Géorgie longue soie qui manquent à l'industrie , et que M. Feray évalue à 15,00 ) balles. Or, un pareil placement dans la métropole ou sur les autres marchés de l'Europe procurerait à lui seul un mouvement d'affaires de plus de 20 millions i.

» On peut par ce seul fait juger de l'avenir qui est réservé à l'Algérie.

» Déjà des résultats remarquables ont été obtenus par les colons; la première récolte de Géorgie longue soie obtenue en Algérie en 1850, et soumise à un habile filatcur du nord, M. Cox, a été estimée par lui au prix de 9 francs le kilogramme; elle a servi à faire des filés qui ont atteint facilement les numéros 250 à 360 en fil simple, et 400 en fil retors. D'un autre côté-, M. Feray, appelé à expérimenter les cotons de cette espèce provenant de la récolte de 1852, a reconnu qu'ils avaient conservé la bonne qualité des cotons américains, la finesse, la force, là longueur, et qu'ils se seraient vendus depuis 700 francs jusqu'à 900 francs les 100 kilogrammes sur le marché du Havre ; ce qui, dans ces conditions, aurait assuré un beau bénéfice au planteur. Enfin, d'après les expériences faites à la pépinière centrale d'Alger en 1851, le rendement net à l'hectare de cette espèce serait de 1,400 francs, ce qui est un produit très-avantageux.

» Dès à présent donc la culture du coton longue soie en Algérie est très-profitable au colon ; elle le deviendra davantage encore quand les détails en seront plus généralement connus. Dans quelque temps, sans doute, quand la population aura augmenté et que la main-d'œuvre aura baissé, il n'est pas douteux que l'agriculteur trouvera des avantages à produire aussi le coton courte soie dans les parties du territoire qui ne seront pas reconnues propres à donner la longue soie ; peut-être aujourd'hui pourrait-on,

1 La balle américaine est de 150 kilogrammes environ. — Le prix chi kilogramme évalué à !> francs.

en employant la main d'oeuvre indigène el en intéressant les Arabes aux cultures, se livrer avec fruit à cette production. L'expérience faite en grand, il y a quelques années, par Mehemed-Ali avec: les rcllahs de l'Egypte, autorise à le penser.

» De ce qui précède, il résulte que le Gouvernement à le plus grand intérêt à encourager la culture du coton en Algérie. Du reste, les colons commencent à pressentir les bénéfices qu'ils doivent retirer un jour de cette culture, llestés peu importants jusqu'en 1852, les essais se sont tout à coup multipliés dans ces derniers temps, et, d'après les renseignements parvenus à mon département, on peut évaluer à 700 hectares les ensemencements qui ont été faits cette année par les colons dans les trois provinces. Ce chiffre est très-considérable si on le rapproche des essais antérieurs. L'impulsion est donc donnée, et il semble qu'il n'y ait plus qu'à la développer énergiqu entent.

On sait que F Empereur ne se contenta pas des encouragements établis avec les fonds de l'État, dans l'intérêt de la culture du colon. Le jour môme où parut le décret dont il vient d'être parlé, l'Empereur signa un autre décret, qui affectait un fonds de cent mille francs à prendre sur sa liste civile aux encouragements pour la culture du coton en Algérie.

DISCOURS PRONONCE PAR SON EXCELLENCE LE MARE- CHAL DE SAINT-ARNAUD, MINISTRE DE LA GUERRE, A LA CÉRÉMONIE D'iNAUGURATION DE LA STATUE DU MARÉCHAL NEY, DUC d'eLCHINGEN, PRINCE DE LA MOSROWA, LE 7 DÉCEMBRE 1853.

Messieurs, nous venons accomplir aujourd'hui un grand acte de réparation nationale ; nous venons élever une statue au maréchal Ney, à cette place môme où, il y a trente-huit ans, le héros tomba victime des discordes civiles et des malheurs de la patrie.

Cette réparation solennelle était due à la mémoire du prince de la Moskowa, elle était due à ses services et à ses compagnons d'armes : car s'il est un privilège qui appartienne à ces grandes existences liées aux destins des empires, c'est d'être jugées par leurs services et non par leurs erreurs.

Leurs services sont à eux, leurs erreurs sont de l'homme et de son temps.

Vainement des voix éloquentes avaient entrepris l'œuvre de la réhabilitation légale du maréchal Ney : on ne refait pas l'histoire avec des arrêts de justice.

Le sentiment public ne s'y est jamais mépris; ce qu'il voulait c'était la réalité de la réhabilitation.

Cette réalité, la voici !

Pressés autour de la statue du maréchal Ney, tenons-le pour réhabilité par un de ces arrêts tels que les rend celui qui détruit et relève les empires, et se

réserve, à son heure, par d'éclatants retours, de fixer sur les événements et sur les hommes le jugement de la postérité.

La France accueillera cet acte réparateur avec un respect mêlé de reconnaissance.

Soldats ! c'est à vous surtout que j'ai mission de m' adresser aujourd'hui. La gloire du maréchal Ney appartient à la France, mais elle est d'abord le patrimoine de l'armée. Sa vie fut mêlée aux plus beaux souvenirs de notre histoire militaire. Son nom a grandi sous le drapeau, de bataille en bataille, d'Elchingen à la Moskowa.

L'Allemagne, l'Italie, l'Espagne, la Russie, ont contemplé sur leurs plus fameux champs de bataille cette mâle et noble figure, aussi impassible dans le danger que le bronze qui la représente aujourd'hui.

Suivre le maréchal Ney dans sa carrière militaire serait écrire l'histoire de nos plus glorieux succès; contentons-nous aujourd'hui d'esquisser rapidement les principaux traits de sa vie.

Né la même année que le grand homme qui devait être son Empereur, son maître et son ami, Michel Ney s'engagea en 17S8 comme simple hussard. En 1792, il était sous-lieutenant; en 96, général de brigade, et à trente ans, en 99, général de division.

Tous ses grades, il les avait gagnés sur un champ de bataille ; tous, ils avaient été la récompense d'un fait d'armes éclatant ou d'une victoire, et cet homme, déjà illustre dans l'armée, déjà connu et aimé des

soldats, dont il avait conquis la confiance , aussi simple, aussi modeste qu'habile et vaillant, n'avait d'autre ambition que de servir son pays, et refusait deux fois les grades qu'il avait si bien mérités. Deux fois il ne cédait pour les accepter qu'aux instances et même aux ordres de Kléber et de Bernadotte, alors ses chefs immédiats.

En 1800, à Hohenlinden, cette sœur rivale de Marengo, Ney seconde puissamment les efforts de Moreau.

Envoyé, en 1802, en Suisse comme ministre plénipotentiaire , le guerrier devient pacificateur, et fait un traité de paix dont les bases subsistent encore.

appelé au camp de Boulogne, son génie s'applique à former ce 6e corps , qui devait bientôt se montrer digne de son chef. L'Empire était créé, et Napoléon Ier, qui connaissait si bien les hommes, choisit pour maréchaux, parmi ses lieutenants qui depuis longtemps repoussaient l'ennemi du sol de la France, ceux qu'il avait jugés les plus habiles, et les plus braves : Ney avait conquis son bâton de maréchal , comme tous ses grades.

C'est alors que le génie du guerrier grandit avec sa position et paraît dans tout son lustre.

Quel est le militaire français dont le cœur n'a pas battu au récit de ce beau combat d'Elchingen, qui aurait suffi seul à la gloire d'un homme?

Elchingen préparait la chute dUlm, Elchingen s'attache au nom de Ney.

Le suivrons-nous dans le Tyrol, à léna, où il com-

bat à côté du maréchal Lannes; à Magdebourg, à Eylau, dont il décide la victoire, si longtemps disputée, si chèrement achetée?

Mais, Messieurs , cet homme si bouillant, si impétueux dans l'attaque, voyez-le calme et impassible dans la retraite, donnant par son attitude un éclatant démenti à ceux qui voudraient prétendre que le Français ne sait se battre qu'en marchant en avant.

Admirez Ney et les soldats qu'il commande : il a fait passer dans tous les cœurs son calme intrépide et sa puissance de résistance ; il nous a appris à tous ce que la volonté, l'habileté et l'énergie peuvent obtenir dans les circonstances les plus désespérées.

En Prusse, à Gutstadt, le 6e corps ne compte plus que huit mille hommes ; Beningsen, à la tête de quarante mille Russes , se flatte hautement de l'enlever tout entier; mais Ney sait rendre tous ses efforts impuissants. Il défend le terrain pied à pied, profite de toutes les positions, recule avec calme et lenteur ; en trois jours il fait cinq lieues! Et toujours attaqué par des forces quintuples des siennes, sans perdre un seul canon, il rejoint l'armée pour triompher avec elle à Friedland.

En Espagne, de belles journées l'attendaient encore, et de 1808 à 1811 il fait l'admiration des Anglais comme des Français.

En 1812 s'ouvre la campagne de Russie ; l'Empereur confie au duc d'Elchingen le commandement du 3e corps. Les victoires de Smolensk, de Valutina, de la Moskowa, complètent la gloire du maréchal

Ney ; mais c'est au moment où commencent nos désastres que le héros se montre tout entier.

Ney avait enfoncé, détruit les bataillons russes; aujourd'hui, il les arrête, les défie, les force à l'admirer encore. Le fusil à la main, sans déposer le bâton du commandement , mêlé aux soldats qu'il enflamme de son courage, multipliant cette poignée de braves qui grandit sous son regard, il oppose au nombre l'habileté, la ténacité de la défense : il triomphe à l'instant même où l'on croit qu'il va tomber, et à lui la gloire éternelle d'avoir sauvé les débris de l'armée française; bien plus, d'avoir sauvé son honneur.

La Moskowa avait donné son nom au maréchal Ney le jour d'une victoire ; mais, à côté de ce nom glorieux, la postérité, toujours impartiale , en écrit un autre en lettres impérissables : la Bérézina ! ! !

Au milieu de tant d'actions héroïques, savez-vous, soldats, quel est le plus beau titre de gloire du maréchal Ney? C'est cette fermeté inébranlable dans les revers !

Tant que durèrent les jours de victoire, Ney avait eu des rivaux ; il cessa d'en avoir au jour des désastres.

181 3 et \ 814 ! ... . souvenirs pleins de douleurs et de gloire ! Ney dispute aux masses ennemies le sol qu'il a conquis, et, blessé deux fois avant de le quitter , il rentre en France pour présenter encore sa poitrine à l'invasion étrangère. Champaubert, Montmirail, le trouvent à côté de l'Empereur, défendant de village en village le sol sacré de la patrie!

A Waterloo, la fortune refuse tout à son courage, tout, jusqu'à cette mort du soldat qui était due au brave des braves, et qu'il chercha vainement à travers la mitraille.

Ici, Messieurs, je voudrais pouvoir écarter de ma pensée, comme de la vôtre, le souvenir des discordes civiles qui, en 1814 et en 1815, pesèrent sur la France, plus encore peut-être que les armées étrangères.

Émue des divisions de la patrie, l'âme du maréchal Ney se troubla, comme s'était troublée à une autre époque l'âme des Turenne et des Condé. Comme eux il a fait des fautes; plus qu'eux il les a expiées.

Aussi la postérité oubliera cette faiblesse passagère d'un héros, et dira du prince de la Moskowa ce que Bossuet a dit du prince de Condé :

« II parut alors avec ce je ne sais quoi d'achevé » que les malheurs ajoutent aux grandes vertus. »

C'est ainsi que le nom du maréchal Ney, ennobli par la victoire et consacré par le malheur , est immortel comme celui de ces héros populaires que la tradition transmet d'âge en âge.

11 entrait sans doute, Messieurs, dans les desseins de la Providence qu'une satisfaction suprême fût donnée aux mânes du maréchal Ney par l'héritier même de l'Empereur.

Accomplie sous le règne de Napoléon III, cette réparation nationale offre quelque chose de plus touchant pour la famille et de plus saisissant pour la postérité.

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Remercions donc, Messieurs, celui dont la pensée noble et grande a voulu acquitter cette dette de la France, et a permis à l'armée de venir chercher des inspirations militaires au pied de la statue d'un grand capitaine.

DISCOURS PRONONCE PAR LE GENERAL DE SAINT- ARNAUD, AU CONSEIL GÉNÉRAL DE LA GIRONDE, LE 23 AOUT 1852.

Messieurs, en m' appelant à l'honneur de présider vos délibérations, le Gouvernement a voulu reconnaître quelques services rendus au pays, et c'est une récompense dont j'ai lieu d'être fier.

Depuis longtemps j'étais attaché à ce département par des intérêts et des souvenirs de famille; les devoirs de ma vie militaire avaient pu seuls m'en tenir éloigné. Aujourd'hui que l'élection m'appelle à siéger parmi vous, je suis heureux de voir se resserrer les liens qui m'unissaient aux habitants de la Gironde.

11 y a plusieurs années, Messieurs, que la session du conseil général ne s'est ouverte au milieu de circonstances aussi favorables. Vous vous rappelez les luttes politiques qui, depuis 1848, agitaient, ses délibérations; vous vous rappelez les préoccupations

profondes qui, depuis cette époque, pesaient sur tous les esprits.

Ces préoccupations ont disparu, et, plus rassurés sur l'avenir, nous pouvons nous livrer avec calme à l'étude des questions administratives et financières qui intéressent ce beau département.

Le Prince ferme et éclairé qui nous gouverne a montré lui-même l'importance qu'il attachait à la bonne administration départementale. Vous savez qu'au lendemain d'une lutte suprême contre l'anarchie, il a le premier introduit dans nos lois le principe de la décentralisation administrative.

11 nous appartient, Messieurs, de seconder par des travaux utiles la pensée du Gouvernement, et de l'aider à accomplir ces améliorations pratiques qui augmentent progressivement le bien-être et la prospérité de tous.

Déjà quelques mois d'un gouvernement réparateur ont suffi pour relever le crédit public et pour donner aux affaires une activité nouvelle. De grands travaux sont entrepris, et la Gironde, trop longtemps privée des rapides communications créées par la vapeur, voit s'achever le chemin qui mettra Bordeaux aux portes de Paris, au moment même où va s'exécuter la ligne nouvelle qui va mettre la Méditerranée aux portes de Bordeaux.

Jouissons, Messieurs, des biens qu'apportent à notre pays le rétablissement de la paix publique et le triomphe des vrais principes de gouvernement. Sachons les féconder par nos efforts ; sachons sur-

— 564 — ' tout les rendre durables, car la stabilité constitue cette garantie de l'avenir, qui seule peut permettre à la France de reprendre le cours interrompu de ses destinées. Enfin, remercions la Providence qui a voulu que la patrie, fatiguée des discordes civiles, pût se reposer sous un Prince capable de porter le plus grand nom des temps modernes.

DISCOURS TRONOISCE PAR LE MARECHAL DE SAINT- ARNAUD, AU CONSEIL GÉNÉRAL DE LA GIRONDE, LE 22 AOUT 1853.

Messieurs, en me retrouvant au milieu de vous, ma pensée se reporte d'abord vers les souvenirs de notre dernière session. Ces souvenirs sont, en effet, bien précieux pour moi, et je suis heureux de trouver une occasion nouvelle de vous remercier des témoignages de cordiale sympathie que j'ai reçus de vous, lorsque je suis venu pour la première fois présider vos délibérations.

Je me félicite également d'être aujourd'hui votre interprète pour rendre un juste tribut d'éloges à l'administrateur si distingué qui partageait, l'année dernière, vos travaux.

L'Empereur, en appelant M. Haussmann à de nouvelles fonctions, a montré le prix qu'il attachait

à ses services ; mais, en même temps, Sa Majesté lui a donné pour successeur un homme d'un cœur énergique et dévoué, éprouvé aussi dans l'administration des grandes préfectures. Déjà, sans doute, vous avez apprécié vous-mêmes le caractère élevé, l'esprit à la fois ferme et bienveillant de notre nouveau préfet de la Gironde \

Tout à l'heure, il vous fera connaître l'état des affaires du département, et vous soumettra dans son rapport annuel divers plans d'administration. L'amélioration des édifices publics, le développement du système des routes; enfin, l'exécution des chemins de fer qui, des différents points du territoire, convergent vers Bordeaux, soulèvent des questions importantes et donneront un vif intérêt à vos délibérations.

J'aurais désiré pouvoir me consacrer tout entier aux travaux de la session, d'impérieux devoirs ne me le permettront pas encore cette année. Mais vous savez que, de près comme de loin, je suis attentif à vos discussions, et que j'aime à les suivre avec cet intérêt particulier que je dois à tout ce qui touche le département de la Gironde.

A l'ouverture de la dernière session, vous avez été des premiers à manifester vos vœux pour que le principe d'hérédité vînt compléter les garanties attachées à nos institutions.

Peu de jours après, dans cette ville même, à quel-

1 M. de Mentque.

ques pas de cette enceinte, un discours mémorable annonçait à la France et à l' Europe les principes sur lesquels serait fondé le nouvel empire que la nation tout entière allait être appelée à consacrer par ses suffrages.

L'Empereur disait à Bordeaux, dans son simple et noble langage : « L'Empire c'est la paix. »

L'épreuve s'est présentée plus tôt peut-être qu'on ne devait s'y attendre ; la paix a pu paraître un instant compromise. Mais en France comme à l'étranger, au moment des plus sérieuses complications, on a rendu universellement ce témoignage, que si les chances mauvaises étaient écartées, nul n'y aurait plus contribué que l'Empereur des Français par sa modération pleine de noblesse, autant que par sa fermeté.

11 appartenait, en effet, Messieurs, à celui qui avait vaincu l'esprit révolutionnaire au dedans, de rendre au dehors, à l'influence française, toute sa puissance, ses traditions régulières et son caractère civilisateur.

Ainsi, l'héritier des plus glorieux souvenirs de notre histoire, appuyé sur la volonté nationale, accomplit sa double mission par le maintien de l'ordre et de la paix, et grandit à chaque épreuve nouvelle dans l'amour de la France et le respect du monde!

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