A LA GUERRE D'ORIENT ET A LA MORT DU MARÉCHAL
ORDRE GÉNÉRAL
Au quartier général, à Marseille, le 20 avril 185/|.
Soldats , dans quelques jours vous partirez pour F Orient; vous allez défendre des alliés injustement attaqués, et relever le défi que le czar a jeté aux nations de l'Occident.
De la Baltique à la Méditerranée, l'Europe applaudira à vos efforts et à vos succès.
Vous combattrez côte à côte avec les Anglais, les Turcs, les Égyptiens. Vous savez ce que l'on doit à des compagnons d'armes : union et cordialité dans la vie des camps, dévouement absolu à la cause commune dans l'action.
La France et l'Angleterre, autrefois rivales, sont aujourd'hui amies et alliées. Elles ont appris à s'estimer en se combattant; ensemble elles sont maîtresses des mers ; les flottes approvisionneront l'armée pendant que la disette sera dans le camp ennemi.
Les Turcs, les Égyptiens ont su tenir tête aux Russes depuis le commencement de la guerre ; seuls,
ils les ont battus dans plusieurs rencontres ; que ne feront-ils pas secondés par vos bataillons!
Soldats! les aigles de l'empire reprennent leur vol, non pour menacer l'Europe, mais pour la défendre. Portez-les encore une fois comme vos pères les ont portées avant vous. Comme eux, répétons tous, avant de quitter la France , le cri qui les conduisit tant de fois à la victoire : Vive l'Empereur.
Le maréchal de France,
commandant en chef de l'armée d'Orient,
A. de SAINT- ARNAUD.
ORDRE GENERAL
Varna, le 1er juillet 185/j.
Soldats, pour vous rapprocher de l'ennemi, vous venez de mettre en quelques jours cent lieues de plus entre la France et vous. Depuis que vous l'avez quittée , votre activité , votre énergie ont été à la hauteur des difficultés qu'il fallait vaincre, mais vous ne les auriez pas dominées sans le concours dévoué que vous a offert la marine impériale.
Les amiraux, les officiers, les marins de nos ports et de nos flottes se sont voués à la pénible mission de transporter vos colonnes à travers les mers. Vous
les avez vus livrés aux plus durs travaux pour réaliser des opérations d'embarquement et de débarquement souvent répétées, et nous pouvons dire qu'ils se sont disputé l'honneur de hâter la marche de nos aigles. Témoin de cette loyale confraternité des deux armées,, je saisis avec bonheur l'occasion qui s'offre à moi de lui rendre hommage, et j'irai demain porter solennellement aux flottes des amiraux Hamelin et Bruat des remerciements auxquels j'ai voulu associer chacun de vous et qui s'adresseront à la marine impériale tout entière.
Le maréchal de France,
commandant en chef de l'armée d'Orient,
A. de SAINT-ARNAUD.
ORDRE GENERAL
Au quartier général, à Varna, le 25 août 185/i.
Soldats, vous venez de donner de beaux spectacles de persévérance, de calme et d'énergie au milieu de circonstances douloureuses qu'il faut oublier.
L'heure est venue de combattre et de vaincre. L'ennemi ne vous a pas attendus sur le Danube. Ses colonnes démoralisées, détruites par la maladie, s'en éloignent péniblement. C'est la Providence peut-être
qui a voulu nous épargner l'épreuve de ces contrées malsaines , c'est elle aussi qui nous appelle en Crimée, pays salubre comme le nôtre, et à Sébastopol siège de la puissance russe, dans ces murs où nous allons chercher ensemble le gage de la paix et de notre retour dans nos foyers. L'entreprise est grande et digne de vous. Vous la réaliserez à l'aide du plus formidable appareil militaire et maritime qui se vit jamais. Les flottes alliées avec leurs trois mille canons et leurs vingt-cinq mille braves matelots , vos émules et vos compagnons d'armes, porteront sur la terre de Grimée une armée anglaise dont vos pères ont appris à respecter la haute valeur, une division choisie de ces soldats ottomans qui viennent de faire leurs preuves à vos yeux, et une armée française que j'ai le droit et l'orgueil d'appeler l'élite de notre armée tout entière.
Je vois là plus que des gages de succès, j'y vois le succès lui-même.
Généraux , chefs de corps , officiers de toutes armes, vous partagerez et vous ferez passer dans l'âme de vos soldats la confiance dont la mienne est remplie.
Bientôt, nous saluerons ensemble les trois drapeaux réunis flottants sûr les murs de Sébastopol de notre cri national : Vive l'Empereur.
Le maréchal de France,
commandant en chef de l'armée d'Orient,
A. de SAINT-ARNAUD.