‹ Lettres du P. de Clorivière, 1787-1814Chapitre 1 sur 116 · Lettres du P. de Clorivière, 1787-1814 · texte numérisé non relu

Lettres du P. de Clorivière, 1787-1814

Ma chère fille, je vous envoie les lettres de MM. Vielle et Pochard ; dans celle-ci vous passerez ce qui est barré. Elle contient plusieurs choses qui vous regardent et vos chères filles de Besançon et de Dôle. Vous ferez ce qu'il vous demande au sujet de mademoiselle d'Esternoz autant que vous le pourrez. S'il en est temps, donnez ma réponse à monsieur Sée ; je n'ai pu vous l'envoyer plus tôt ; ma réponse à monsieur Vielle est très amicale ; je lui confère sur nos S. S. de Bretagne tous les pouvoirs qu'avait monsieur l'Engerran ; mais je lui donne quelques avis sur la nécessité de communication entre nous et sur l'état actuel de nos Sociétés, que j'ai cru nécessaires. Prions Dieu pour qu'il donne sa bénédiction à ma lettre ; je me suis bien recommandé à Lui avant de l'écrire. Je ne sais pourquoi on a remis la cérémonie de la Purification, si ce n'est peut-être que M. Vielle a fait réflexion qu'il n'avait encore aucun pouvoir religieux ; c'est pourquoi il faut lui envoyer ma lettre le plus tôt possible par la poste ; elle ne peut manquer de lui parvenir à l'adresse que j'ai mise. Je vous renvoie aussi la lettre d'Amable, son état d'infirmité me touche beaucoup. Ce qu'elle dit de la bourse commune me fait plaisir, mais je vois qu'elle l'épuisé pour d'autres ; elle doit servir à soulager les sœurs et aux ports de lettres. Il est vrai que ces P.P. qu'elle soulage sont sans doute ceux qui rendent service à la famille.

Vous pouvez accorder à Agathe ce qu'elle demande pour le Carême, pourvu que vous sachiez qu'elle n'a point d'infirmité à laquelle cela pourrait nuire. Pour vous, ma chère fille, contentez-vous de supporter patiemment et avec résignation les peines bien plus lourdes que Dieu vous envoie, tant intérieures qu'extérieures, mais croyez enfin sincèrement et humblement ce que je vous ai répété tant de fois sur l'état de votre âme.

Votre saumon et vos pruneaux étaient très bons, mais je trouve mauvais que vous m'ayez envoyé du saumon dans un temps où il est hors de prix. Je n'ai pas encore touché aux figues ni au petit pot de prunes ; j'accepterai volontiers quelques olives, mais en très petite quantité. Je souhaite que votre santé soit aussi bonne que la mienne.

Je suis, en union des S. S. Cœurs, tout à vous.

P. Jos.

Ce mardi 24 février 1807.

J'ai reçu, ma chère fille, les lettres que vous m'avez envoyées de MM. Pochard et Vielle. J'avais reçu auparavant celles de Rennes et de Chartres, de mademoiselle Durand, de mademoiselle Puesch, de monsieur Presleur et monsieur Mistouflet. Je garde encore cette dernière dont j'ai besoin et dont j'ai été pleinement satisfait. Je l'ai été aussi beaucoup des deux de Monsieur Presleur à mademoiselle Durand et à moi ; elles sont pleines de sagesse et font voir l'homme de Dieu, digne des charges que lui donne monsieur Mistouflet. Il me charge de le rappeler à votre souvenir et de vous présenter ses respects. Je lui ai répondu fort longuement ; vous enverrez ma lettre le plus tôt possible, en écrivant à mademoiselle Durand ; saluez-la de ma part ainsi que mademoiselle sa sœur. Je suis charmé de ce qu'elle vous marque des dispositions de MM. Pellerin et Miette. Ce qu'elle propose est assez raisonnable ; je ne désespère pas de les ramener tout-à-fait, mais je m'adresserai d'abord à M. Beulé ; ce qu'il vient de faire à Mortagne m'a touché et ne peut manquer de lui attirer bien des grâces. D'ailleurs, nos Sociétés lui ont bien des obligations, et s'il m'écoute, les deux autres se laisseront bientôt gagner. Dieu, après nous avoir affligés, commence à nous donner quelques lueurs d'espérance et à nous consoler. Il en sera de même de l'état de votre âme.

Ce que vous avez écrit de notre respectable sœur, mademoiselle d'Esternoz, est bon, et vous ferez bien de l'envoyer. Mais ce qu'on attend surtout, comme M. Pochard le dit dans sa lettre, c'est l'époque de sa consécration et de ses vœux. La chose n'est pas pressée, mademoiselle le Jay pourra vous aider à vous le rappeler ; madame de Montjoye pourra aussi vous marquer précisément le temps de sa première arrivée à Paris, et peut-être aussi vous dire des particularités qu'il sera bon de marquer. Je vous enverrai aussi mes notes, mais jusqu'ici je n'ai pas eu le temps de m'en occuper.

Je répondrai à mon loisir au pauvre Mercier ou Michard ; il a entrepris une chose au-dessus de ses forces et contre mon conseil. Prions Dieu pour lui ; j'espère qu'il viendra à son secours et lui fera miséricorde.

Ce que vous avez dit à la bonne personne de chez Monsieur Liotard est très raisonnable ; faites-lui sentir les inconvénients qu'il y aurait pour elle à quitter M. B., et qu'avec son approbation elle pourrait aller moins souvent à confesse sans pour cela diminuer le nombre de ses communions.

Les circonstances n'étaient pas favorables pour recueillir une

succession à Halberstadt ; consolez là-dessus M. votre frère : la divine Providence, à laquelle il est si soumis, règle tout pour le bien de l'éternité.

Je ne me rappelle plus quel est ce M. de Falgui ; j'ai cependant l'idée d'un chirurgien de ce nom à Paramé, mais il était mort quand j'y suis arrivé.

Consolez-vous de votre état ; je vous le répète, il est d'un grand prix devant Dieu. Ce que vous me dites du trouble qui augmente après la communion est quelque chose de bien pénible, mais méprisez-le ; il ne vient nullement de vous et ne vous rend point coupable. Il augmente même beaucoup le mérite et le fruit de vos Communions. Allez à Dieu par la foi pure et acceptez sans réserve cet état, même jusqu'à la mort, tant qu'il plaira à Dieu. C'est un acte d'héroïsme que je vous propose ; il vous serait très utile de le faire souvent. Je vous remercie de votre sole de dimanche et, d'avance, de vos olives.

Adieu, ma chère fille, priez pour moi et pour le succès de la bonne œuvre dont je vous parle, et d'une autre que j'ai en vue. Tout à vous dans le Seigneur,

27 février 1807.

Ma chère fille, j'ai été parfaitement content de la lettre de M. Mistoufiet et j'ai cru devoir lui écrire. Je vous envoie ma lettre pour lui, dont vous pouvez prendre lecture ; après quoi vous l'enverrez bien cachetée à mademoiselle Durand pour la lui remettre. J'ai aussi écrit à monsieur Beulé, mais une lettre lui parviendra plus sûrement et plus promptement d'ici par la poste que de Chartres. Le but de ma lettre est de l'engager à renouveler ses vœux, à se renouveler lui-même, à reconnaître M. Presleur pour supérieur, et à porter nos autres confrères à faire la même chose que lui. Vous pourrez en dire un mot à mademoiselle Durand, si vous la jugez assez discrète pour n'en point parler à ces MM. Prions pour que Dieu donne sa bénédiction à cette lettre ; le succès en serait bien avantageux aux deux familles. Il n'y a point de doute qu'il ne faille remettre l'argent des souscriptions de Besançon à M. Scé.

Adieu, ma chère fille, portez-vous bien ; je me porte très bien moi-même.

Grande confiance, grand abandon de vous-même en Dieu.

Croyez ce que je vous ai dit de l'état de votre âme ; c'est avec assurance que je vous ai parlé.

Tout à vous dans le Seigneur.

A Mademoiselle Adélaïde.

3 mars 1807.

Je suis en peine, ma chère fille, si vous avez pu faire partir les lettres pour Chartres, et avec elles celle pour M. Presleur. Pour celle à M. Beulé, il fallait la mettre aussitôt à la poste sans attendre l'occasion de Clotilde.

Vos pruneaux étaient très bons et mieux cuits que la fois précédente. Vous m'avez envoyé plus d'olives qu'il n'en fallait ; je n'en avais accepté qu'une très petite quantité. Ne m'en envoyez plus, d'autant que mes pauvres dents peuvent à peine y mordre. Je souhaite que vous vous portiez assez bien pour supporter le grand froid qui règne depuis trois jours. Ma santé est toujours fort bonne.

Appliquez-vous surtout singulièrement à la confiance. Jamais elle n'est plus parfaite que quand on ne voit en soi rien sur quoi on puisse la fonder, et qu'on n'y voit au contraire que des choses capables de décourager et d'abattre. C'est alors que les actes en sont plus méritoires et plus agréables à Dieu, parce qu'ils sont uniquement appuyés sur les mérites de Jésus-Christ et sur la miséricorde infinie de Dieu. Allez à la communion avec un esprit de pure foi sans y chercher de consolation. Le temps de la vie présente est celui de la souffrance ; la jouissance est réservée pour l'éternité.

Adieu, ma chère fille, priez pour moi, et ne soyons tous ensemble qu'un cœur et qu'une âme en Jésus et Marie.

Tout à vous.

Je n'ai pu retrouver mon saint de février pour vous le renvoyer.

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