L. J. Ch
Ce mardi 18 août 1807.
Votre lettre de la veille de l'Assomption, ma chère fille, était fort intéressante... Je crois que mademoiselle Gennu pratique le vœu de pauvreté de la manière la plus parfaite, en ne regardant rien, pas même ce qu'elle gagne par son travail, comme son bien propre, mais comme le bien de J. Ch. qui en applique à son usage ce qui est nécessaire pour son entretien et les autres besoins de la vie. Toucher ses gages et les remettre entre les mains et à la disposition de sa Supérieure, c'est pour elle, comme Fille du Cœur de Marie, la manière la plus parfaite de pratiquer la Pauvreté et en même temps l'Obéissance. Ne point toucher ses gages et les laisser à la maison Liotard, c'est une bonne œuvre, mais elle est de son choix, et c'est se faire un mérite auprès de ces Messieurs qui admirent son désintéressement. En recevant l'argent et vous le remettant, elle pratique également la pauvreté ; elle le fait d'une manière plus cachée ; sa volonté n'est pour rien dans la disposition qu'on fait de cet argent et l'ordre de la charité en est mieux gardé, puisqu'elle doit d'abord venir au secours de ses sœurs spirituelles dont plusieurs sont dans le besoin, et que par là elle contribue autant qu'elle le peut au bien spirituel et corporel que peut faire la Société du Cœur de Marie. C'est ainsi que je vois la chose devant Dieu. Cependant, si ces considérations n'entrent pas dans son esprit, ne la gênez pas ; laissez-la faire comme elle l'entend et donnez-lui la permission qu'elle vous demande et sans laquelle elle agirait contre son vœu de pauvreté en faisant ce qu'elle désire.
Vous avez bien fait, ma chère fille, en préférant le soin des âmes qui vous sont confiées à votre inclination pour la retraite. J'ai appris avec plaisir que tout s'était fait avec ordre le jour de la fête. C'est aussi une grande consolation pour moi de savoir de vous que vous jouissez de la paix intérieure. Bénissons-en le Seigneur, et profitonsen pour nous prémunir contre la guerre qui peut encore survenir, en nous armant d'une grande confiance en Dieu.
Ce que vous me dites de la bonne demoiselle Bégasson est bien touchant. Elle est heureuse de vous avoir ; Dieu lui a ménagé ce secours, et à vous une œuvre de miséricorde bien précieuse. J'y prends la plus grande part ; je ne l'oublie pas devant Dieu.
Je vous félicite de la victoire que vous avez remportée au sujet de votre filleul ; c'est un grand bien que vous faites à ce pauvre enfant dont vous assurez peut-être par là le salut...
Je vous remercie de tout ce que vous m'avez envoyé... J'ignorais que mademoiselle le Jay eût encore la médaille, je l'ai appris avec plaisir.
Adieu, ma chère fille, si mademoiselle Gaillard vient comme on me l'a dit, je lui remettrai ma lettre pour M. Guépin. Ma santé est fort bonne grâce à Dieu ; je souhaite qu'il en soit autant de la vôtre. Puissions-nous n'en faire jamais usage que pour la plus grande gloire de Dieu, de N.S. et de sa Sainte Mère.
Je suis en union dans les Cœurs Sacrés, tout à vous.
21 août 1807.
Je viens d'écrire à madame de Montjoie pour sa fête, et à monsieur Bourgeois ; aussi je n'ai qu'un moment à vous donner. Tout ce que vous me dites dans votre lettre est fort bon et m'a fait plaisir, et en particulier ce que vous me mandez de Rennes, de l'officier suisse ; malheureusement il y en a bien peu de cette trempe... Je vous remercie de votre petit cadeau. Ne m'envoyez plus de melon. Votre filleul vous a donné bien des peines, mais l'enfant paraît le mériter, et tout ce que vous faites est en vue de Dieu. ...Je le prie bien instamment de vous combler de ses plus douces bénédictions.
Portez-vous bien. Ma santé est bonne et je suis, dans le Seigneur, tout à vous.
A Mademoiselle Adélaïde.
Ce mardi 25, jour de St Louis.
Je vous remercie, ma chère fille, de m'avoir envoyé les deux lettres que je vous demandais. Je vous aurais renvoyé celles de M. de Broise et les autres, le jour même, si j'avais eu quelqu'un; madame de Carcado a dû vous les remettre hier. Vous avez bien fait d'écrire à madame de Buyer ; son état est affligeant. Son voyage d'Hyères me déplaît mais il paraît nécessaire. Les deux voyageuses ont dû arriver vendredi à Tours et nous ne tarderons pas à en recevoir des lettres. Il n'y a point de doute que vous ne soyez remboursée de vos frais. Mademoiselle Gaillard a bien fait de partir comme elle l'a fait ; j'espère que le Bon Dieu les bénira. Vos images et crucifix sont bien placés à la Salpêtrière, cela peut occasionner beaucoup de bien. Ce sont des prédicateurs continuels, surtout pour de pauvres malades. Je vous demande pardon pour la pauvre demoiselle Chevalier. Elle était bien pressée de venir, elle n'est pas maîtresse de son temps. Pour vous, les embarras se succèdent sans cesse les uns aux autres. Ayez bien des bontés pour
elle. J'apprends par la lettre de mademoiselle Lucas que Monsieur Mignot l'a faite Supérieure de ses sœurs à Rouen ; cela demande quelque considération. Donnez-lui des avis en conséquence. Je vais répondre à mademoiselle Lucas ; vous pourrez lire ma lettre. Dites bien des choses de ma part à mademoiselle Chevalier. Je me porte bien et suis dans le Seigneur, tout à vous.
Je vous remercie de votre petit livre qui, tout petit qu'il est, est plutôt fait pour de grandes personnes que pour des enfants. Priez pour moi. On paraît m'avoir oublié, mais Dieu est le Grand Maître. Priez pour moi. Fiat.