‹ Lettres du P. de Clorivière, 1787-1814Chapitre 24 sur 116 · SERMON POUR L'ASSOMPTION · texte numérisé non relu

SERMON POUR L'ASSOMPTION

13 août 1807.

Ecce Mater tua.

Ces paroles sont la première devise des Filles du Cœur de Marie. Elles suffiraient, si nous les pénétrions comme il faut, pour exciter sans cesse en nous une dévotion toujours nouvelle pour cette auguste Vierge que le Seigneur avait, de toute éternité, choisie pour sa propre Mère, et que, par un effet de son amour immense pour nous, Il a daigné nous donner aussi pour mère. C'est un bonheur commun à tous les chrétiens, mais nous avons été en cela plus privilégiés que bien d'autres. C'est pourquoi ne perdons jamais de vue ces divines paroles qui sont un des gages les plus signalés de l'amour du Seigneur ; mais à la veille de cette grande fête, sur le point de renouveler nos saints engagements, il convient que nous les considérions avec plus d'attention. Elles nous apprendront : i° les droits que Marie a, préférablement à tout ce qui n'est pas Dieu, aux plus tendres, aux plus sincères affections de nos cœurs ; 20 quelles doivent être ces affections ; 30 quelles marques nous devons donner à l'extérieur de ces affections ; 40 quels sont les sentiments de Marie pour nous.

i° Les droits de Marie sur nos cœurs, les obligations que nous avons tous d'être entièrement dévoués à son service, nous sont manifestés par ces paroles. Il suffit que nous nous demandions à nousmêmes quelle est celle que le Sauveur, de dessus la croix, nous a donné pour mère :

La religion nous répondra que c'est celle que le Père Céleste a choisie pour être la mère de son Fils unique ; qu'elle a les plus intimes rapports avec les trois adorables personnes de la très Sainte Trinité ; qu'elle est, plus que toutes les autres créatures, l'objet de leurs complaisances ; qu'elle est la Reine du ciel et de la terre ; que tout ce qui n'est pas Dieu est fort au-dessous d'elle, et que, sans sortir de la nature des pures créatures, elle en est séparée par un intervalle presque immense.

Jésus-Christ nous dira qu'il a reçu d'elle ce Corps et ce Sang qui ont été le prix de notre Rédemption ; qu'il a voulu l'avoir pour sa

coopératrice, pour opérer l'œuvre de notre salut ; qu'il l'aime autant qu'un tel Fils peut aimer une telle mère ; qu'il a imprimé sur elle sa plus parfaite ressemblance, et que la toute-puissance qu'il a reçue de son Père, Il l'a remise autant qu'il était possible entre les mains de sa mère, afin qu'elle partageât avec Lui les honneurs qu'on lui rend et l'amour qu'on a pour Lui.

L'Église, organe de l'Esprit Saint, vous dira que Marie est après son Fils le grand instrument des miséricordes divines, la dépositaire et la dispensatrice de tous les trésors célestes ; qu'elle a reçu de Dieu tous les dons, tous les privilèges qu'une pure créature pouvait recevoir ; que comme elle surpasse tous les autres êtres créés en dignité, elle les surpasse pareillement en humilité, en sagesse et en toutes sortes d'excellences et de perfections.

Tout donc, dans la religion, tout en J.C., tout dans l'Église, nous fait un devoir indispensable de donner à Marie, après Dieu et en vue de Dieu, la première place dans nos cœurs.

2° Quelles sont les affections principales que nous devons avoir pour Marie ? — Les mêmes paroles nous l'indiquent. C'est le respect, la confiance et l'amour ; ces affections sont l'essence de toute véritable dévotion.

Le respect est fondé sur les grandeurs de Marie, sur le choix de Dieu, sur la dignité de mère de Dieu, sur ses rapports avec les personnes divines, sur son élévation incomparable au-dessus de tous les êtres créés, sur ce trône ineffable de gloire dont elle prend possession au grand jour de son Assomption, à la droite de son divin Fils. Pour être digne de Marie, il doit avoir quelques proportions avec ces différentes considérations. Il est inutile de dire que comme ce respect doit surpasser sans comparaison celui qu'on doit aux créatures les plus saintes, il doit être infiniment au-dessous de celui qu'on doit à Dieu même, devant qui la grandeur de Marie disparaît et s'anéantit. Ce sentiment nous fait apercevoir notre extrême bassesse et, joint aux prières de l'Auguste Vierge, attire sur nous les grâces surabondantes que le Seigneur se plaît à répandre sur les humbles.

Notre confiance a pour principal objet cette qualité de mère que ces paroles de N.S. nous autorisent à donner à Marie. Cette qualité lui appartient éminemment pour deux raisons. La première, parce qu'en mettant au monde son divin Fils, en l'offrant pour nous à la mort, elle nous a donné la véritable vie, cette vie qui nous fait enfants de Dieu. La seconde est que son Divin Fils, prêt à expirer sur la croix, l'a constituée notre mère et nous a constitués ses enfants. La bonté, la puissance de cette divine Mère doivent être la mesure de notre confiance. Si nous pensons que Marie est notre Mère, que sa bonté la rend attentive à tous nos besoins, qu'il n'est point de danger dont elle ne puisse nous délivrer, quels effets salutaires cette confiance

ne doit-elle pas produire en nous ? Si nous avons eu le malheur d'être tombés dans le péché, quand nous serions aux portes de la mort, nous aurions sujet d'espérer dans l'assistance de Marie. Si nous sommes dans la grâce, soutenus de sa protection, nous croirons pouvoir tout espérer, tout entreprendre ; rien ne pourra nous abattre et nous décourager.

L'amour considère en Marie cette incomparable sainteté qui la rend si belle aux yeux de Dieu ; cette ineffable communication des divins attributs que le sage décrit quand, en parlant de Marie sous le nom de ia Sagesse, il nous dit qu'elle est la blancheur éblouissante de la lumière éternelle, qui est son Fils, le miroir sans tache de la majesté de Dieu le Père, et l'image de l'Esprit de bonté et de sainteté. Candor lacis aeternae et spéculum sine macula majestatis Dei et imago bonitatis illius (Sap. 7,26). Ces traits appartiennent à Marie telle qu'elle est dans la gloire et nous découvrent ce que ses serviteurs doivent en attendre. L'amour de Marie éclaire nos esprits de la lumière, retrace en nous la ressemblance du Très-Haut et nous remplit des dons de l'Esprit Saint. Il imprime en nous quelques traits de l'Auguste Vierge à qui nous nous efforçons de plaire.

30 Les preuves que nous devons donner dans notre conduite de nos affections pour Marie.

L'affection, quand elle est réelle, se montre au dehors par ses œuvres. Plus elle vit, plus ses œuvres sont grandes, plus elles sont réitérées. Tout ce que nous ferons pour Marie sera toujours bien peu de chose en comparaison de son excellence, de son amour et de ses bienfaits. On ne saurait trop réitérer les actes intérieurs, mais il faut y joindre les actes extérieurs qui font paraître au dehors notre dévotion et servent à édifier le prochain. De simples prières, la récitation du chapelet, quelques offrandes peu considérables mais offertes assidûment et avec un grand cœur à la Mère de Dieu, ne sont pas sans prix à ses yeux ; et étant présentées par Marie à la divine Majesté, obtiennent de grands accroissements dans la charité. Que sera-ce de ces œuvres qui demandent de plus grands sacrifices, qui assujétissent à des devoirs pénibles, qui font voir qu'on se fait gloire d'appartenir à Marie. Avoir toujours dans sa chambre l'image de Marie, ne point en sortir, ne point y rentrer sans la saluer par un Ave Maria dit à genoux. Porter toujours sur soi son image, s'enrôler dans ses confréries et en remplir fidèlement les devoirs, ne rien négliger pour inspirer aux autres ces dévotions, visiter ses chapelles, lire les livres écrits en son honneur, célébrer avec plus de dévotion ses fêtes, jeûner la veille de ses fêtes, etc. On ne peut exprimer combien toutes ces choses aident les âmes à avancer dans la vertu, donnent de force pour surmonter les tentations et attirent de bénédictions célestes. On doit le dire à plus forte raison d'autres œuvres plus excellentes

encore, quand le désir de plaire à Marie et de lui ressembler nous porte à les pratiquer. Un extérieur modeste, la fuite du monde, le mépris de ses vanités, de ses parures, de ses plaisirs, une vie retirée, appliquée au travail et aux bonnes œuvres ; consacrer à Dieu sa virginité' s'engager irrévocablement à la pratique des autres conseils évangéliques d'obéissance et de pauvreté, sont de ce nombre. Ces œuvres sont bien saintes en elles-mêmes, et elles ont un mérite bien particulier qui provient de l'acceptation qu'en fait la Bienheureuse Vierge, et de la complaisance que le Seigneur prend à voir honorer sa sainte Mère. Et voilà, Filles du Saint Cœur de Marie, voilà la grande marque que vous lui avez donnée de votre attachement et dont vous renouvelez en ce jour l'offrande. Félicitez-vous de votre bonheur, bénissez-en le Seigneur, et prenez la résolution d'y être chaque jour plus fidèles. Que de trésors de grâces pour cette vie, que de degrés de gloire pour l'autre n'amasserez-vous pas par là ! Une des grandes faveurs, la source de bien d'autres, est la part spéciale que vous avez aux sentiments de Marie pour vous.

4° Ces sentiments de Marie sont bien sûrement exprimés dans ces paroles : Ecce Mater tua, qui sortent de la bouche du Sauveur expirant. Ces sentiments sont : la compassion, la protection, l'amour. Nous nous croirions heureux si nous étions assurés que quelque grand saint, quelque esprit céleste eût singulièrement ces sentiments pour nous ; et nous sommes assurés par le Fils de Dieu que ce sont les sentiments de Marie pour chacun de nous. Nous savons de plus que, quand on réunirait ensemble tout ce que les anges et les saints nous veulent de bien, cela serait infiniment au-dessous de ce que nous devons attendre de la bienheureuse Vierge Mère de Dieu. Ni leur charité compatissante, ni leur protection, ni l'ardeur qu'ils ont pour notre salut ne pourraient entrer en comparaison avec ces mêmes sentiments de Marie pour nous. Dieu seul peut connaître quels en ont été en tout temps et quels en sont encore les effets pour nous. Avec quelle tendresse elle regarde du haut du ciel chacun de nous. Implorons son assistance, elle vole aussitôt à notre secours, elle est bien plus touchée de nos besoins que nous-mêmes. L'ardeur qu'elle a de notre salut est incompréhensible ; cette ardeur est telle qu'elle serait encore prête à souffrir pour chacun de nous les mêmes douleurs, si c'était nécessaire et possible. Ce que nous en découvrirons un jour dans la lumière de Dieu sera pour nous un sujet continuel d'admiration. Nous ne pourrons concevoir comment tant de fidèles ont pu se perdre avec un moyen de salut si facile et si puissant... Voilà, m. ch. F., les considérations que j'ai cru devoir vous présenter ; puissent-elles de plus en plus embraser nos cœurs. Formons à l'envi les plus saintes résolutions. Renouvelons nos engagements avec une nouvelle ferveur ; que ce soit là le bouquet que nous ayons soin de présenter à notre grande Reine dans cette solennité, à son honneur

et à la gloire de son Divin Fils. Prions l'un et l'autre de nous accorder leur sainte bénédiction et de nous admettre plus avant dans le sanctuaire de leurs Divins Cœurs. Ainsi soit-il.

Août 1807. .

Ma chère fille, je n'ai point répondu à ce que vous me demandiez dans votre lettre, et je ne vous ai point renvoyé par madame Guillemain la lettre de M. Baudier comme vous le désiriez, parce que tandis que j'ai vu madame Guillemain, je n'ai pu lire ni votre lettre ni aucune autre. Cette bonne dame vous aura dit ce que j'ai cru pouvoir et même devoir lui accorder par rapport au piano ; nous en parlerons quand je vous verrai.

Je ne veux pas tarder à vous annoncer que la lettre de M. Bidaut a comblé mon attente. Les prières que depuis longtemps je ne cessais point d'offrir pour lui ont été pleinement exaucées, grâce à notre bonne Mère. Il est dans des dispositions plus généreuses que jamais, mais il est très affaibli quant à la santé et il ne peut venir. Je ne le souhaiterais que dans la supposition que ma lettre ne lui serait point parvenue.

La lettre que vous m'avez envoyée de madame Jacouley (1) est très convenable et me dispose en sa faveur. On m'a cependant écrit de Besançon de ne rien précipiter vis-à-vis d'elle. Je vous envoie ma réponse qui vous regarde en partie ; vous verrez que je ne m'engage à rien et je ne ferai rien que de concert avec vous. Faites partir ma lettre par la poste le plus tôt possible... Je ne vous dis rien des autres que je vous renvoie.

Je n'aurai pas le loisir d'écrire à mademoiselle d'Acosta avant l'Assomption. Excusez-moi auprès d'elle et donnez-lui, de ma part comme de la vôtre, toutes les permissions pour la fête. Je me dédommagerai en lui écrivant dès que j'en aurai le loisir.

Ce que vous me dites de votre filleul me paraît bien avantageux pour lui. Je vous en félicite... J'aurais besoin de l'écrit pour M. Mongendre. Cela me fait penser à vous dire que si ce monsieur n'entre point dans nos vues, il ne convient pas que mademoiselle d'Acosta lui laisse entre les mains les écrits de la Société.

Laurence remettra chez vous diverses choses que je lui ai demandées.

Je me porte bien et suis, dans le Seigneur, tout à vous.

P. Joseph.

(1) Mme Jacouley. fondatrice et supérieure des Sœurs de la Ste-Famille de Besançon.

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