‹ Lettres du P. de Clorivière, 1787-1814Chapitre 27 sur 116 · L. J. Ch · texte numérisé non relu

L. J. Ch

Ce mardi Ier septembre 1807.

En vous envoyant, ma chère fille, les lettres de Xarine avec ma réponse, je ne vous ai point répondu, faute de temps ; je vais le faire à présent. Je vous envoie en même temps ma réponse à Mlle Hains

que vous enfermerez dans la vôtre après en avoir pris lecture.

J'ai été content de la lettre de mademoiselle Durand et je trouve qu'elle a agi fort prudemment vis-à-vis de ces Messieurs ; mais j'aurais été bien aise d'apprendre s'ils avaient pris lecture de ma lettre à M. Beulé. Quand on l'aurait fait, je doute fort qu'on lui en eût donné connaissance. Je suis en peine au sujet de la maladie de M. Presleur. Recommandons-le bien au Seigneur et à sa Sainte Mère.

C'est à vous, ma chère fille, à donner ou à refuser, comme il vous plaira, à madame de Chiflet la permission qu'elle vous demande. Pour moi, je regarde le désir qu'elle a de venir à Paris pour faire connaissance avec vous comme une inspiration du Seigneur, et je crois que vous ferez bien de le lui permettre. C'est un grand avantage de se connaître. Ce qu'elle mande de la séparation de la sœur Clerc est bien triste, et si le Seigneur appelle à lui madame de Buyer, comme on peut malheureusement le craindre, vous ne connaîtriez plus de vue aucune de vos filles dans ce pays-là. Je crois qu'il ne vous sera pas difficile de trouver une chambre chez madame Guillemain ; il ne peut résulter qu'un grand bien de ce voyage.

Le lettre de mademoiselle de Fermont m'a plu ; ce qu'elle dit de mademoiselle de Virel est très juste, mais j'aurais souhaité qu'elle eût plus de crédit sur l'esprit de mademoiselle Jarrié. Je n'ai pas encore répondu à ma nièce, à ma sœur et à Félicité des Illes.

Il n'y a que le défaut de sujets qui ait pu porter à faire supérieure mademoiselle Chevalier. J'en ai dit un mot dans le temps à M. Mignot. Je n'ai pas oublié le tort que nous a fait le choix forcé du P. Lange, quoique je le révère comme un saint homme. Je crois aussi mademoiselle Chevalier une très bonne personne.

La rencontre de la sœur grise demandant l'aumône est assez singulière. Je sens la solidité des raisons qui ont pu empêcher de l'admettre ; mais je trouve la Trappe une assez mauvaise ressource. Ce n'est pas une vocation, et il en faudrait une pour s'y retirer avec fruit. La parenté de M. Barpétri doit nous inspirer de l'intérêt pour elle.

La fille et le mari de la femme morte sont des objets bien propres à exciter la compassion, mais ce n'est pas sans beaucoup de peine qu'on peut parvenir à leur faire quelque bien. La charité n'en est que plus louable et que plus méritoire.

J'en dis autant de vos deux enfants chez M. Monlinet... Vous les arracherez de la gueule meurtrière du lion rugissant. Ils vous devront leur salut ainsi qu'à ce bon monsieur. Je suis bien aise de l'espoir que lui donne Antonin, maintenant Xavier. Que Dieu bénisse aussi votre démarche auprès du peintre, ainsi que le soin que vous prenez de sa fille.

Monsieur Dcsmarets a renouvelé à Monsieur Fauconnier, notre

concierge, les mêmes espérances qu'il lui avait données, il y a quelque temps, sur mon compte. L'occasion, dit-il, ne s'est pas encore trouvée. Je suis bien reconnaissant des peines que vous prenez pour moi, mais il me semble que vous vous êtes déjà adressée inutilement au cardinal Fesch et à M. Émery. Je vous permets de faire présent à ce monsieur de votre beau tapis.

Je connais fort bien M. Réquier dont vous me parlez ; j'en avais ci-devant reçu des lettres et il vient encore de m'écrire. Je lui ai répondu... Je souhaite que votre santé s'améliore ; la mienne est fort bonne. Vos raisins étaient bons et je vous en remercie. On m'a fait espérer que je verrais aujourd'hui madame de Saisseval.

Je suis dans le Seigneur, tout à vous.

Ce premier vendredi du mois 4 septembre 1807. Ma chère fille,

Je vous remercie de votre course d'Issy et de tous les soins que vous vous donnez pour moi. Je suis aussi plein de reconnaissance pour M. Émery de l'intérêt qu'il veut bien prendre pour moi auprès de M. le cardinal Fesch. M. Desmarets m'a fait renouveler ces jours derniers, par M. Fauconnier, ce qu'il m'avait déjà promis, que je serais le premier à sortir du Temple... que jusqu'à présent l'occasion ne s'en était pas présentée...

Je vous remercie de vos raisins et de vos bonnes pêches. La lettre que vous a écrite M. d'Astros est très aimable. Je plains d'avance celui qui remplacera monsieur Portalis.<Je ne me rappelle pas vous avoir rien demandé pour moi sur les 158 fr. de madame de Nermont ; le dernier envoi que vous m'avez fait est celui de la pièce d'or de 40 fr. avec quelques livres en argent. Cependant, si vous avez là-dessus le moindre doute ou que cela vous gênât le moins du monde, je ferai avec plaisir ce petit sacrifice... Vous avez bien fait de décider M. Appert à voir ses cousins ; je vous suis obligé d'avoir fait mention de moi à madame St-Pierre. Si vous n'avez pas encore écrit à mademoiselle Hains, vous ferez bien de le faire... Le médecin dont je vous ai parlé dans ma dernière ne s'appelle pas Léon, mais de Léon ; il est du diocèse de St-Malo, à cinq lieues de Rennes, et est depuis douze ans domicilié à Paris. Je souhaite que vous vous portiez mieux ; ma santé est fort bonne. Je suis, en union des Cœurs Sacrés de Jésus et de Marie, tout à vous.

Fête de la Nativité 8 septembre 1807.

Ma chère Fille,

Aujourd'hui je n'ai qu'un instant pour vous écrire. Les prières que vous avez faites et fait faire pour notre cher confrère B... (1) n'ont point été vaines : ma lettre a eu l'effet que je pouvais désirer. Il me le marque lui-même avec beaucoup d'humilité et M. Presleur me le confirme. Il a renouvelé ses vœux à l'Assomption. Il avait lu ma lettre avec beaucoup de satisfaction et de reconnaissance, et me promet obéissance en tout.

J'ai toujours oublié de vous parler de votre tabac ; j'en ai fait et j'en ferai encore usage. Il n'a pas jusqu'ici produit grand effet, mais le froid qui vient chassera les punaises. J'ai mieux reposé ces dernières nuits... Je vous remercie des bontés que vous avez eues pour mademoiselle Chevalier et d'avoir écrit à mademoiselle Hains. La lettre de mademoiselle Chevalier m'a fait voir qu'elle était bien contente.

Je suis touché de l'état de Monsieur de Langle... et je n'oublierai pas devant Dieu la sœur de Chantai. Je verrai avec plaisir monsieur d'Aubonne venir ici passer quelques jours. C'est un jeune homme bien pieux avec qui vous serez bien aise de faire connaissance.

Ma santé est assez bonne ; je souhaite que la vôtre soit meilleure et suis dans le Seigneur, tout à vous.

Je vous renvoie vos lettres.

Ce 11 septembre 1807.

Je remercie Dieu, ma chère fille, de la bénédiction qu'il répand sur les bonnes œuvres que vous entreprenez. Je souhaite que vous réussissiez pour M. de Langle ; la guérison de ces sortes de malades n'est pas facile, cependant l'affliction et l'humiliation que Dieu lui envoie sont un moyen bien efficace pour le ramener à Lui. Il est bien à souhaiter qu'il ne se mêle plus de faire des livres... S'il faut que la place de Portalis soit occupée par quelqu'un, il vaut mieux qu'elle le soit par son fils que par tout autre ; il est à croire que son cousin aura quelque pouvoir sur son esprit.

Si le P. Charles vient ici, ce sera pour vous une nouvelle occasion de bonnes œuvres, et vous n'en manquerez pas d'ailleurs ; mais c'est

(1) Monsieur Beulé.

une famille indigente que vous avez adoptée et Dieu a béni les soins que vous vous êtes donnés pour elle. Il a fait voir par là qu'ils lui étaient agréables, je ne puis donc que vous encourager à les continuer.

J'ai remis hier une lettre à madame Carc. pour madame de Saisseval afin qu'elle veuille bien l'envoyer à Mlle la P. ; quand vous verrez Mme de Saisseval, sachez d'elle si elle l'a reçue. J'ai aussi écrit à ma nièce de Virel, à ma sœur et à Félicité des Illes qui m'avaient écrit il y a quelque temps.

Je me porte bien grâce à Dieu et, depuis qu'il fait froid, je ne suis plus incommodé des punaises. Je vous souhaite aussi une meilleure santé. Sur mon petit pécule vous pourrez prendre douze livres pour vous aider dans ce que vous faites pour le pauvre M. de Langle...

Ne respirons que pour la gloire de Jésus et de Marie et n'ayons point d'autres sentiments que les leurs ; c'est en union de leurs Cœurs Sacrés que je suis, ma chère fille, tout à vous.

Voilà une ancienne sentence que j'ai retrouvée.

15 septembre 1807.

Ma chère fille,

Je vous renvoie les lettres que vous m'avez envoyées ; je garde celles de M. Le Large, mademoiselle de Fermont et mademoiselle Gauffreau qui étaient pour moi. Dans celle qui est pour Agathe, il est question d'un de ses neveux qui donne des espérances pour l'état ecclésiastique ; si l'on prenait des mesures pour le faire étudier, je me ferais un plaisir de contribuer en quelque chose à la bonne œuvre. Je suis sensible à ce que M. Lamy vous dit pour moi d'honnête ; quand vous lui écrirez, ne m'oubliez pas.

J'ai été bien content des sentiments de mademoiselle Chevalier ; votre lettre servira aussi pour moi.

Je vous envoie deux lettres pour Chartres. J'ai obvié à ce que vous semblez craindre de monsieur Beulé.

Mes respects à monsieur Verbère et au P. Charles quand vous les verrez. J'ai beaucoup écrit ce matin et le temps me manque. Je me porte bien et dors très bien.

Tout à vous dans les SS. CC. de J. et de M.

Ce 18 septembre 1807.

Ma chère fille, je remercie Dieu des bénédictions qu'il verse sur les soins que vous prenez de Monsieur de Langle. Je m'y intéresse bien particulièrement. Le P. Charles est heureux de vous avoir trouvée, et vous, d'avoir pu lui rendre les services que vous lui avez rendus ; vous avez été pour lui l'instrument du Seigneur. Je suis sensible à l'intérêt qu'il veut bien prendre à ce qui me regarde ; je me recommande à ses prières. Vous avez bien fait de donner la préférence à mademoiselle Bégasson ; la chose était plus intéressante. La confiance que la bonne demoiselle a en vous et les services que vous seule pouvez lui rendre méritent cette préférence.

Je suis surpris que madame de Clermont, dans sa lettre, me marque qu'elle n'a pas reçu la réponse que je lui ai faite aussitôt après avoir reçu sa lettre. Elle s'intéresse toujours à la propagation de la bonne œuvre et elle le fait avec succès.

J'ai été un peu indisposé ces trois jours, rhume, embarras de tête, quelque gêne à la gorge. Je me suis ménagé et maintenant je commence à aller mieux.

Un de nos détenus, bon chrétien, s'est adressé à moi pour lui avoir un crucifix ; mais, comme il veut du choix, il m'a marqué comme il le voulait et je vous envoie sa note... Sans vous donner la peine de chercher inutilement ce qu'il demande, le plus court, je crois, serait de vous adresser à ceux qui les font. On compte y mettre un certain prix ; mais comme probablement le prix pourrait aller plus loin qu'il ne pense, à cause du nouveau modèle qu'il faudra faire, avant de rien conclure, il sera plus prudent de me mander le prix.

Je m'unis à toutes vos bonnes œuvres ; je vous souhaite la santé qui vous est nécessaire pour les continuer et je suis, en union des CC. SS. de Jésus et de Marie, tout à vous.

Aujourd'hui, jour de Saint Thomas de Villeneuve, j'ai bien pensé à votre digne parente, madame Pinezou, qui a été pour moi d'une grande consolation pendant mon séjour à Aix. Dieu veuille répandre mille bénédictions sur elle et sur tous ses travaux.

21 septembre 1807.

Ma chère fille,

On a pu vous dire hier que j'étais déjà mieux ; ce mieux est encore augmenté aujourd'hui, de sorte que je puis me regarder comme

délivré de mon indisposition qui d'ailleurs n'a jamais été grave. Je vous remercie de votre réglisse et de vos raisins.

Tout ce que vous me dites dans votre lettre est consolant, à à l'exception de ce qu'on mande de l'état de madame de Buyer. Il paraît que c'est un nouveau sacrifice que Dieu demande de nous, mais II nous y a préparés par ses longues infirmités. Sa sainte sœur (i) l'appelle à elle dans le ciel. Je suis bien charmé que notre C. C. Monsieur Brésard, son confesseur, ait été la trouver ainsi qu'une de ses filles (2) ; ne l'oublions pas dans ses derniers moments ; j'ai communié ce matin pour elle. Je pense bien qu'on aura écrit à Amiens à son sujet. Je plains bien le pauvre petit Stanislas ; Dieu veuille avoir pitié de cet enfant, en considération de sa maman et de sa tante. Que la très Sainte Vierge veuille bien l'adopter.

Je félicite Mme de Chiflet sur son heureuse arrivée ; présentez-lui mes respects ; je serais bien enchanté de la voir. La lettre qu'elle m'a apportée de M. Vielle m'a fait plaisir, mais j'en attends encore d'autres par elle ou par M. d'Aubonne.

J'augure bien de la retraite que donne le P. Charles ; j'espère qu'elle fera du bien et que votre jeune personne en profitera. Ce que vous m'en dites donne des espérances. Je trouve que vous avez beaucoup gagné sur l'esprit de son père ; mais je sens que ce n'a pas été sans peine, Dieu vous en récompensera ; Il sera Lui-même votre récompense infiniment grande ; vous n'en désirez point d'autre. Je m'unis au zèle et aux vœux du P. Charles et je prie le Seigneur de verser sur lui et sur ses travaux les plus abondantes bénédictions.

Les lettres de Alonsieur de Langle sont d'un homme qui est bien revenu à Dieu. Il aura besoin de force et de courage pour persévérer, mais nous devons tout espérer des miséricordes infinies du Seigneur.

Vous ne m'avez rien dit sur ce que je vous ai dit de madame de Clermont. Comment n'a-t-elle pas encore reçu ma lettre ? Avez-vous pu faire partir mes deux lettres pour Chartres à MM. Beulé et Presleur ?

Portez-vous bien, ma chère fille, et priez pour moi. Je suis, dans le Seigneur, tout à vous.

(1) Mlle Adélaïde d'Esternoz.

(2) Mme Garnier. de Dôle.

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