L. J. Ch
Ier février 1808.
Je souhaite, ma chère fille, que ma dernière lettre ait pu vous donner quelque consolation. C'est ce que je me proposais en vous mettant sous les yeux une légère esquisse de la vie de notre respectable défunte, depuis le temps qu'elle s'est dévouée tout entière au
(1) Madame Garnier de Falletans, née le 2 juillet 1772, fut reçue Chanoinesse au Chapitre de Lons-le-Saunier. Elle fit sa Cons. dans la Soc. le 8 déc. 1804 et ses V. le 15 août 1806, et mourut le 8oct. 1844. Elle avait une parfaite conformité à la vclontédeDieu qui la rendit siéminenteengrâcequ'unP. Jésuite son confesseur entendit, la nuit qui suivit sa mort, une voix venant du ciel prononcer ces mots : Elle aurait pu souffrir davantage, mais elle n'aurait pu mériter davantage. •
service du Seigneur. Je voulais aussi par là vous donner un moyen d'entretenir pieusement et d'édifier tant d'âmes qui nous sont chères, et que cette perte, qui leur est commune avec nous, a dû plonger aussi dans une grande affliction. Ce qui doit vous coûter beaucoup dans l'état où vous êtes, ayant à supporter outre la peine commune que vous ressentez plus que personne, d'autres peines non moins sensibles que Dieu seul connaît et que Lui seul peut soulager.
J'admire qu'au milieu de tant de sujets de douleur II vous ait donné la force d'écrire à vos amies et de les consoler. J'approuve fort que M. Bourgeois vous ait emmenée au St-Sacrement pour y voir Hortense. C'est un acte de charité que vous exercez envers la pauvre enfant que la mort de sa tante expose à de grandes épreuves dans lesquelles elle aura besoin d'une assistance spéciale du Seigneur. C'est aussi une nouvelle preuve de votre constante amitié pour la tante. J'ai aussi à vous remercier des deux lettres pleines de sentiment d'amitié que vous m'avez écrites au plus fort de votre affliction. Ce que vous me dites dans la dernière, de mon ancien et respectable évêque de St-Malo, m'a fait plaisir pour Hortense ; j'ai été aussi sensible à ce qu'il vous a dit pour moi. 11 m'a donné dans tous les temps des marques solides de sa bienveillance que je ne dois jamais oublier. Quand vous aurez occasion de le voir, àssurez-le de ma vive reconnaissance ; dites-lui que je suis toujours pénétré pour lui des mêmes sentiments de respect et du dévouement le plus sincère.
Ma santé est bonne par continuation. Depuis l'annonce de la triste nouvelle, et peut-être par une suite de ce coup qui a pu faire monter le sang à la tête, j'ai eu tous les jours quelque saignement de nez, mais ils sont faibles et tout me fait croire que ce n'est rien et que cela passera bien vite. Je prends cependant quelques précautions en conséquence. On me flatte toujours de ma prochaine délivrance ; ce serait sans doute le meilleur remède, quoique ma détention, qui dure depuis près de quatre ans, n'ait eu rien de bien rude et que la divine Providence en ait adouci l'amertume et la longueur en mille manières. Je voudrais pareillement adoucir vos peines intérieures, mais, quand il plaît au Seigneur d'appesantir sa main sur une âme, rien ne peut empêcher cette âme d'en sentir la pesanteur. Je vous dirai cependant encore ce que j'en pense, et je n'irai point en cela contre son esprit ; si vous pouviez voir les choses comme je les vois à la lumière de Dieu, ce qu'il y a de plus amer dans vos peines serait bientôt dissipé ; je vous dirai donc que ces croix que vous endurez intérieurement sont des preuves solides et très précieuses que Dieu vous donne de son amour ; qu'elles sont des parcelles de la croix de son Fils ; qu'elles servent à retracer en vous plus parfaitement l'image de Jésus souffrant ; que la manière dont vous les portez, que la plupart même des choses que vous croyez avoir à vous reprocher et dont vous vous efforcez en vain de vous corriger, loin de
surcharger votre conscience ne font qu'épurer de plus en plus votre âme ; qu'il est à présumer que. le temps de l'épreuve étant passé, l'ouvrage que le Seigneur veut faire en vous étant achevé, elle sera suivie de grandes consolations ; et que, si Dieu vous refuse ses consolations dans cette vie, votre récompense éternelle dans l'autre n'en sera que plus belle et plus magnifique. Armez-vous de foi, de confiance et d'amour, la patience ne vous manquera pas ; c'est elle qui donne la perfection à tout ce que l'on fait pour Dieu.
Il est juste maintenant de dire quelques mots de la Purification.
Ce jour est celui où les Soc. du S.C. de Jésus et du S.C. de Marie ont commencé à se former en 1 791, il y a maintenant 17 ans. Faisons l'application du mystère à cet événement qui nous intéresse si particulièrement.
Ce mystère offre trois objets à considérer :
i° Le fond du mystère, qui est l'accomplissement de la loi de Moïse à laquelle l'Enfant Jésus et sa Sainte Mère se soumettent volontairement sans y être obligés ;
20 Les dispositions du S. vieillard Siméon qui tient en ses bras le Rédempteur d'Israël ;
3° Les prédictions que le S. vieillard fait à Marie. Ces trois objets offrent de grandes instructions.
Dans les exemples du Sauveur du monde et de sa Sainte Mère, dans la manière dont ils accomplissent la loi sans y être obligés, nous avons à la fois le plus parfait modèle et le plus pressant motif qui puissent nous porter à pratiquer fidèlement nos saintes règles et nous montrer combien cette fidélité est agréable à Dieu.
Dans les dispositions du St vieillard, nous voyons quelles doivent être les nôtres ; avec quelle constance il faut attendre les moments du Seigneur, et combien II est fidèle à remplir les vœux de ses serviteurs au delà même de leurs espérances.
Ces considérations nous seront fort utiles, mais attachons-nous principalement au troisième objet que nous offre ce mystère. Cette considération peut nous être d'une grande consolation dans les épreuves que nous endurons.
Prédiction du St vieillard Siméon à la Très Sainte Vierge Mère de Dieu.
i° Le temps où cette prédiction est faite ; 20 les effets qu'elle produit dans l'âme de Marie ; 30 durée de ces effets...
i° Marie, en subissant la loi de la Purification, en offrant J.C. à son Père, en le rachetant pour les hommes, venait de pratiquer les plus hautes vertus dans le degré le plus parfait, et surtout celles de l'obéissance et de l'humilité ; elle venait de faire à Dieu l'offrande
la plus agréable à ses yeux et d'exercer envers les hommes l'acte le plus grand de charité ; quelle est sa récompense ? — Abraham, après l'offrande de son fils, reçoit les promesses les plus magnifiques. On ne promet à Marie que des douleurs. Qui peut cependant douter de l'amour de Dieu pour sa Mère ? Dans ses trésors II n'a rien de plus précieux pour nous que les souffrances, tandis que nous sommes sur la terre.
2° Marie souscrit par un humble silence à l'arrêt prononcé sur elle et sur son Fils ; elle adore la main qui la frappe ; elle reçoit la croix comme la plus insigne faveur. Elle n'a point d'autres sentiments que ceux de Jésus ; son cœur est tout embrasé d'amour : voilà notre modèle.
3° L'effet de cette prédiction durera tout le temps de sa vie ; sa douleur se renouvellera à chaque instant, et à chaque instant elle renouvellera les mêmes actes avec un accroissement de ferveur et d'amour. Ayons de la constance dans la souffrance ; la vie présente est destinée à la souffrance... Elle sera suivie d'une éternité de joie.
Quelles souffrances sont prédites ?
i° Cet Enfant est < pour la ruine et la résurrection de beaucoup de personnes en Israël ». Que désirait Marie ? Que l'offrande qu'elle faisait de son Fils servît au salut de tous les hommes. Des vœux si saints ne seront pas remplis, le plus grand nombre des hommes périra par sa faute. Ce que Dieu fait pour eux tournera à leur condamnation. Quelle douleur pour le Cœur de Marie ! Souffrons avec patience. Si nos œuvres n'ont pas le succès que nous espérons, ne les omettons pas pour cela.
2° « Il sera en butte à toutes sortes de contradictions ».
La Très Sainte Vierge voit d'avance la dureté des hommes, la manière dont son Fils sera traité par eux dans le cours de ses prédications. Qu'il serait bien plus doux pour elle si les contradictions tombaient sur elle seule ! Que ne fait-elle pas pour réparer l'ingratitude des hommes ! Elle se propose de suppléer à leur froideur par l'ardeur de son amour. Que les enfants de Marie imitent leur sainte Mère. Que l'oubli de Dieu, si universel parmi les hommes, excite en eux un redoublement de ferveur et d'amour..
3° « Votre âme sera percée de part en part par le glaive de la Justice. »
Tout ce que doit souffrir son Fils, ses opprobres, sa croix, sa mort ignominieuse et cruelle, tout ce que Marie doit elle-même souffrir, tout est à la fois présenté par ces paroles à l'esprit de la Mère douloureuse du Sauveur du monde. C'est le bouquet de myrrhe que cette divine épouse portera toujours sur son sein. C'est son partage ; elle l'a choisi, il ne lui sera point ôté. Contemplons l'abîme de ses souffrances ; que souffrons-nous en comparaison ? pourrions-
nous désirer les consolations et les joies ? Laissons à Dieu le soin de nous consoler, Il le fera sans doute dans le temps convenable.
« Afin que ce qu'il y a de caché dans le cœur de plusieurs soit manifesté. »
Voilà l'effet que produisent les persécutions et les souffrances. Les méchants, les faibles, ceux qui aiment le repos et les joies de la vie présente se déclarent alors pour le monde et fuient la croix. Les bons, les âmes fortes se déclarent alors pour Jésus et pour sa croix. Jetons les yeux sur J.C., sur son Église ; jetons-les sur ce qui se passe sous nos yeux, sur nos Sociétés. Nous ne douterons pas de cette vérité. Pourrions-nous balancer sur le parti que nous avons à prendre ! Mourir plutôt mille fois que de nous séparer de Jésus et de Marie ! Prier, veiller, nous préparer à souffrir. Demandons-en à Dieu la grâce par l'intercession de Marie.
Adélaïde.
5 février 1808.
Je vous envoie, ma chère fille, ma réponse à Caroline que vous pourrez lire. Voilà aussi la lettre de madame de Rumigny qui est bien touchée ainsi que nous de la perte que nous avons faite. Elle est grande, mais, comme je l'ai dit, elle n'est pas irréparable. Le pouvoir et la miséricorde du Seigneur sont encore plus grands ; espérez en Lui, ne vous abattez pas. Les secours seront proportionnés à vos besoins ; il doublera vos forces et son assistance à mesure que les moyens humains vous seront ôtés. Faites ce que vous pouvez pour surmonter vos peines. Il n'est pas en votre pouvoir de secouer le sentiment, mais vous pouvez avec la grâce vous élever au-dessus de ce sentiment et l'accepter avec soumission, paix et amour.
Vous pouvez croire simplement, comme vous étant dit au nom et de la part du Seigneur, ce que je vous ai marqué dans ma dernière lettre au sujet de vos peines d'esprit.
M. Fauconnier n'avait pas encore reçu la permission signée pour Mme de Saisseval. Il paraît que ces Messieurs veulent qu'elle aille la chercher. Présentez-lui mes respects ; je désire fort la voir sous le bon plaisir du Seigneur.
Je vous remercie de vos figues et vous souhaite une parfaite santé. La mienne est fort bonne. Priez pour moi. C'est aujourd'hui la fête de nos SS. Martyrs et, lundi 8 février, celle du St Cœur de Marie.
Dans les SS. CC. P. CL
Vous renverrez la lettre de M. Vielle quand vous l'aurez lue.
9 février 1808.
Ma chère fille en N.S.
J'ai beaucoup pensé à vous hier, fête du Sacré-Cœur de Marie ; j'ai prié instamment le Seigneur de vous délivrer de vos peines ou de les mitiger si c'est pour sa gloire et pour le bien de votre âme ; et j'ai une ferme confiance qu'il le ferait si vous ne vous opposiez pas vous-même à l'effet de vos propres demandes et des miennes. Vous devriez recevoir comme venant de Dieu ce que je vous dis de sa part et le regarder comme certain ; repousser au contraire comme venant de l'esprit de mensonge et ne faire aucun cas de toutes les impressions, de tous les sentiments contraires, quelque évidents qu'ils vous paraissent. Ce sentiment de vos misères n'est point humble ni vrai, puisqu'il vous empêche de croire ce que nous vous disons de la part de Dieu, ce qu'il vous dit Lui-même par notre organe. Il vous importe non pas d'être délivrée de ces peines qui peuvent vous être très utiles, mais de les supporter avec courage et de vous élever au-dessus d'elles par la foi, la confiance, l'amour dégagé de toute douceur sensible, dans cette partie spirituelle de l'âme d'où le sentiment n'approche pas, mais de laquelle dépend tout le mérite ou le démérite de nos actions. Faites attention à ce que je vous dis au nom du Seigneur et ne vous laissez plus tromper, ma chère fille, par les artifices du démon.
Je ne crois pas pouvoir approuver ces aumônes que vous faites, qui sont si fort au-dessus de vos facultés. Faut-il dépenser aussitôt tout ce qu'on a reçu pour une année quand on n'a point d'autres ressources !
J'ai oublié de vous dire la dernière fois que mes saignements de nez étaient passés.
Plus de foi, de courage et de véritable humilité. Priez pour moi, ma chère fille, et croyez-moi, dans les SS. CC. de Jésus et de Marie.
Tout à vous.
Je joins ici un mot pour mademoiselle d'Acosta, que je vous prie de lire et d'envoyer aussitôt dans une de vos lettres.
Vous ne m'avez pas dit un seul mot de mes considérations sur la fête de la Purification.
16 février 1808.
Ma chère fille, j'ai beaucoup écrit, ce matin et hier au soir, et je ne vois rien de particulier à vous mander. Je vous renvoie vos lettres. Il m'a paru que mademoiselle Amoudru ne s'explique pas franchement au sujet de son démêlé avec madame Garnier. Elle ne dit pas tout comme M. J'Aubonne dans la lettre qu'il m'écrit et que vous avez vue.
J'ai vu hier avec bien de la satisfaction madame de Saisseval. Portez-vous bien et croyez-moi, dans le Seigneur, tout à vous.
Ma santé est bonne. Je vous remercie de votre part de tourte.
19 février 1808.
Ma chère fille,
Vous pouvez dire à mademoiselle Durand qu'elle a bien fait de ne pas envoyer les écrits ; qu'on ne doit point tenter d'établir un rassemblement de F. de M. sans votre participation et votre permission ; et que vous ne donnerez votre permission que quand vous serez instruite de toutes les particularités ; que toutes les réunions sont maintenant trop surveillées et donnent trop d'ombrage pour qu'on en entreprenne aucune ; que d'ailleurs elles ne sont pas assez selon l'esprit des Filles du C. de M. qui ne sont pas faites pour mener une vie de communauté ; que, quand on les permet, c'est pour de graves raisons, et qu'alors on a soin de se couvrir de prétextes plausibles et apparents afin d'écarter toute idée de rassemblement religieux ; qu'il y aurait de l'imprudence à agir autrement dans les circonstances présentes ; que Dieu ne bénirait pas ce qui ne serait pas dans l'ordre. Mlle Durand a raison de penser que M. Mistouflet devrait être prévenu de ce qui se fait, mais, comme rien n'a été fait, il n'était pas encore temps de le prévenir...
Voilà ce que je crois à propos de mander à mademoiselle Durand qui pourra, si vous le jugez convenable, en informer mademoiselle Puesch afin que cela parvienne par elle à M. Beulé qui ne devrait pas agir sans conseil.
J'avais songé à lui en écrire, mais les choses ne sont pas assez tirées au clair pour cela.
Je n'ai vu rien de répréhensible dans les deux livres de made-
moiselle Clipetier. Je vous les renvoie ainsi que les règles de Besançon.
Je vous remercie de vos deux images. Je souhaite bien apprendre des nouvelles de mademoiselle d'Acosta.
J'ai été content des sentiments que vous exprimez dans votre lettre, ils sont bien conformes à ce que je vous avais marqué. Vous pouvez partager par moitié les 30 livres de madame de Clermont, la somme est modique. Il est vrai qu'elle a bien d'autres pauvres à soulager. J'attends pour lui écrire la lettre que madame Louise m'a promise. Je vous remercie de la note que vous avez faite pour madame de Champagny (1) ; c'est tout ce qu'il faut. Je joins aussi ici une réponse à une de nos filles de Tours qui s'est avisée de m'écrire ; lisez-la et envoyez-la quand vous écrirez aux autres.
J'ai été assez content de celle de mademoiselle Pillois ; ma santé est bonne, je souhaite qu'il en soit ainsi de la vôtre, et suis, dans les SS. CC. de Jésus et de Marie, tout à vous.
22 février 1808.
Que puis-je vous dire, ma chère fille, sinon que je compatis singulièrement à vos peines et que le seul remède que vous pouvez et que vous devez y apporter est de croire ce que je vous dis du bon état de votre âme, comme venant de votre bon ange, de Dieu même dont je tiens la place et qui ne peut pas vouloir vous tromper ; je dirai même ni me tromper, en me confiant uniquement en Dieu et en ne cherchant que sa gloire, votre salut et le mien propre ; et de regarder tous les sentiments, toutes les impressions contraires, quelque évidentes qu'elles vous paraissent, comme venant du mauvais ange, du père du mensonge dont elles portent évidemment le caractère puisqu'elles vous portent au désespoir. Je ne cesserai point de prier pour vous afin que Dieu vous délivre des ténèbres qui vous empêchent de voir une vérité aussi claire. C'est par la foi, non par le sentiment, qu'une chrétienne doit se conduire en tout.
Connaissant l'extrême délicatesse de votre conscience, j'ai craint que vous n'ayez pris trop à la rigueur ce que je vous ai dit dans ma dernière lettre que je ne pouvais pas approuver des aumônes trop au-dessus de vos moyens. Je n'ai pas voulu vous faire un crime de ce que vous avez fait avec de pures intentions et d'après les permissions générales que nous vous avons données, mais vous rendre plus circonspecte à l'avenir sur ces sortes de dépenses.
(1) Dame d'honneur de la Princesse Pauline, sœur de l'empereur.
Je ne puis pas faire ce qu'on désire de moi par rapport à madame de Carcado, parce que, dans l'état où je suis, je ne puis consulter personne, ni prendre aucune information, et que j'ignore les dates précises. Voilà la raison apparente. La véritable est que je connais principalement madame de Carcado par ses rapports avec la Société du C. de Marie, et c'est un point dont je ne pourrais parler.
Mademoiselle d'Acosta serait bien utile et bien nécessaire ici par rapport à l'œuvre des enfants, mais, comme il est de la dernière nécessité qu'elle soit absente pour les affaires indispensables de la famille, et qu'on a raison d'espérer que la divine Providence suscitera d'autres secours pour les enfants, vous n'avez pu faire autrement que de lui dire de rester où elle est.
Prions bien pour la bonne et respectable mademoiselle le Noble qui nous était bien attachée et à vous en particulier ; elle ne paraîtra pas les mains vides devant Dieu.
Je vous remercie de votre marmelade de prunes. Je souhaite que votre santé se soutienne. La mienne est bonne, Dieu merci. Je joins ici ma lettre à M. Vielle et à mademoiselle Ernoul, que vous pourrez lire. Il n'y a rien dans la lettre à M. Vielle qui m'empêche de vous la communiquer. Vous y mettrez l'adresse de M. Lamy.
. t L. J. Ch.
Ce vendredi 26 février 1808.
Ma chère fille, je vois bien par la lettre de Fanchette qu'elle a la meilleure volonté du monde, mais qu'elle ne saisit pas assez notre situation vis-à-vis de nos prélats ; vous ferez bien de lui recommander de dire à ces respectables ecclésiastiques de lui donner des lettres qu'elle me ferait parvenir. S'ils le font, ce sera une bonne marque ; s'ils ne le font pas, on aura par là prévenu le danger de toute démarche ultérieure.
Je vous remercie de la note que vous avez faite, mais j'y ai trouvé des choses à changer. Madame de Saisseval vous a rendu compte de notre entretien. Je craindrais maintenant que madame de Champagny ne se compromît en parlant au ministre. Adorons la volonté de Dieu et soumettons-nous paisiblement et amoureusement à elle.
Pour votre état, patience, foi, abandon généreux.
Une longue lettre que je viens d'écrire à M. Bourgeois ne me permet pas de vous en dire davantage.
Pensez devant Dieu au choix d'une assistante. Vous ne m'avez rien dit de ma lettre à mademoiselle Dumouget.
Tout à vous dans les Sacrés-Cœurs de Jésus et de Marie.
Ce mars 1808.
Ma chère fille, vous ne sentez pas ce que vous dites quand t vous désirez que je connaisse l'état de votre âme... et que vous craignez » malgré les assurances réitérées que je vous ai données au nom du Seigneur, « de vous endormir dans une fausse paix ». C'est le langage d'un enfant, je veux dire d'une personne qui ne connaît rien aux voies de Dieu. C'est le langage que vous me tenez depuis plus de dix ans et que vous avez tenu constamment à tous les hommes de Dieu qui vous ont tenu sa place. Il est insultant pour mon ministère ; c'est me dire que je ne sais ce que je dis, que je me trompe et que je ne puis que vous tromper. Il est outrageant pour J.C. même ; vous refusez, en pratique, d'ajouter foi à ce qu'il dit dans l'Évangile que c'est Lui qui parle par ses ministres. Il est bien dangereux pour vous, il vous prive du mérite de l'obéissance et de la foi et marque que vous suivez l'impulsion du sentiment au lieu de suivre les lumières de Dieu, trompée par une humilité fausse et diabolique qui vous retient dans l'abattement, tandis que vous devriez vous élever vers Dieu par une vive confiance. Que n'aurais-je point encore à vous dire ? — Mais je vous l'ai dit cent fois et presque toujours en vain. Dieu vous fasse la grâce d'agir enfin par la foi et d'être plus docile à nos avis !
Je ne sais que vous dire de la demoiselle Langlois dont parle mademoiselle de Fermont. Je ne sais si elle est Fille de Marie ou non ; on vous dit qu'elle est bonne infirmière, cela pourrait être utile, si nous avions des maisons communes, mais nous n'en avons pas. Si elle vient d'elle-même et à ses frais à Paris, à la bonne heure ; autrement je ne vois pas que vous puissiez vous en charger.
Madame de Saisseval vous aura dit tout ce qui me regarde ; c'est de quoi ranimer mes espérances.
Je joins ici une lettre pour M. d'Aubonne, qui en contient deux autres, une pour M. Pochard, l'autre pour un autre confrère. Le monsieur qui a apporté ses lettres ne doit pas tarder à repasser et ne manquera pas, sans doute, de passer chez vous pour prendre vos commissions pour Dôle.
Je vous remercie des bonnes choses que vous m'avez envoyées hier par Angélique, que j'ai vue, et qui m'a paru bien désolée. Ce renfort a fait que j'ai engagé M. de la Neuville à dîner avec moi. Nous avons parlé ensemble de vous... Ménagez votre santé, c'est beaucoup si, en vous accordant bien des soulagements, vous pouviez faire quelques jours de Carême. Suivez l'avis de M. de Jussieu. Ma santé est toujours bonne et je suis, dans les SS. CC. de Jésus et de Marie, tout à vous.
4 mars, Ier vendredi du mois 1808.
Ma chère fille, je vous envoie la lettre que vous m'avez demandée pour Mademoiselle Adenis ; vous la lirez, elle tiendra lieu d'une plus longue lettre que je vous aurais écrite.
J'approuve fort que vous jetiez les vues sur mademoiselle d'Acosta, mais il faut attendre qu'elle soit de retour pour lui en parler. La situation de madame de Saisseval vis-à-vis de madame sa mère ne permettant pas d'y penser ; (entre nous) je ne crois pas que Me Guill. y soit propre, non pas qu'elle ne soit bien bonne et qu'elle ne soit bien attachée à la Société, mais je ne crois pas qu'elle en sente assez les devoirs, ce qu'on a pu voir en plusieurs occasions. J'aimerais assez mademoiselle Adenis, mais il est bon qu'elle donne des preuves de son attachement à sa vocation. Ainsi patientons jusqu'à l'arrivée de mademoiselle d'Acosta.
Ce que je vous ai marqué à son sujet, pour régler un peu son zèle, s'accorde avec ce que vous me dites. Il faut qu'elle y fasse attention... Je n'ai pas grand temps à présent pour m'occuper du petit travail à l'occasion des papiers de mademoiselle d'Esternoz. Je ferai cependant ce que je pourrai...
Adieu, ma chère fille, c'est aujourd'hui doublement un jour consacré au Sacré Cœur, la fête des Cinq Plaies et le premier vendredi du mois.
Agissez par la foi, acceptez la peine qui accompagne la vive impression que vous sentez. Cette peine est utile, mais ne suivez pas, n'écoutez pas le sentiment qui vous abat ; cela ne peut que vous nuire beaucoup et vous priver de bien des mérites. Plus vous vous sentez abattue, plus il faut vous élever en Dieu par une vive confiance. C'est l'unique remède à votre mal qui n'en est pas un. Patience et confiance.
Bien des remerciements de votre poisson et de vos figues de Provence, et de plus de la bonne huile que Laurence m'a annoncée. Dites à Agathe qu'on a trouvé son plat de poisson fort bon et faites-lui mes compliments.
Je me porte bien. Faites-en autant et croyez-moi, dans les SS. CC. de Jésus et de Marie, tout à vous.
Ce 8 mars 1808.
Ma chère fille, je ne crois pas que mademoiselle Durand doive dans les circonstances prêter ceux de nos écrits dont elle n'aurait pas le double ; il y aurait trop de danger de les perdre, il s'en est déjà perdu beaucoup de cette manière. D'ailleurs, par la lettre de mademoiselle Puesch il est manifeste qu'elle n'est pas de la Société du Cœur de Marie et il n'est pas certain qu'elle en soit jamais. Cependant je ne puis désapprouver la conduite de M. Beulé à Nogent ; elle me paraît selon les règles de la prudence chrétienne.
Madame de Saisseval m'a dit hier que les dernières nouvelles venues de Rennes étaient favorables ; que l'affaire de mademoiselle d'Acosta prenait une bonne tournure. Je m'en réjouis et lui en fais mes compliments.
Je partage bien vos peines ; elles sont très vives, mais c'est Dieu qui vous les envoie, il faut s'y soumettre. Je vous le répète, elles sont pénibles mais elles ne sont pas dangereuses. Ce n'est pas un châtiment mais une épreuve. Vous ne l'offensez pas par les sentiments que vous éprouvez. Je vous ai dit des choses qui vous ont affligée ; je l'avais prévu, mais j'ai cru devoir vous les dire, non pas pour vous affliger mais pour le bien de votre âme, afin que, connaissant l'inconvenance de vos paroles, vous sentiez davantage que c'est l'ennemi du salut qui vous les suggère. Je ne crois pas que vous péchiez en cela ; mais en cédant au mouvement de la nature au lieu d'agir par la foi comme je vous l'ai recommandé souvent, vous vous privez d'un grand mérite, vous n'entrez point dans les desseins deDieu et vous prolongez le temps de l'épreuve.
Pour agir par la foi et selon la foi, il n'est pas nécessaire d'avoir le sentiment de la foi. Ce sentiment est une consolation qu'il n'est pas en notre pouvoir de vous procurer et que Dieu refuse dans les temps d'épreuve, afin que les efforts qu'il nous fait faire pour agir selon la foi, sans en avoir le sentiment, soient et plus parfaits et plus méritoires. L'épreuve, la tentation, les ténèbres qui les accompagnent font sur l'âme une vive impression incompatible avec le sentiment de la foi, mais elles ne nous ôtent pas la lumière et la connaissance de la foi. On ne perd pas le souvenir de ce que la foi enseigne et de ce qu'elle prescrit de faire. Qu'on s'en tienne fermement aux vérités que la foi enseigne ; qu'on fasse ce qu'elle prescrit, on agira par la foi et la conduite qu'on tiendra en conséquence sera très parfaite et très méritoire. Voilà ce que c'est que d'agir par la foi ; vous le faites assez souvent quand par exemple vous communiez ou faites quelque autre bonne œuvre parce que l'obéissance ou le devoir le prescrit. Cela est très louable, mais il semble que vous en perdez le
mente quand, vous laissant dominer par l'impression que vous éprouvez et cédant aux suggestions du démon, vous blâmez ces mêmes actions comme si elles étaient mauvaises et vous vous repentez presque de les avoir faites. Évitez, ma chère fille, cette conduite qui diminue beaucoup vos mérites et aggrave vos peines. Faites le moins de réflexions qu'il vous est possible sur vous-même et tout ce que vous éprouvez. Demandez constamment à Dieu la patience des saints et la grâce de connaître comme eux le prix des souffrances.
Votre état de faiblesse me fait souffrir, mais sachez qu'en le supportant vous gagnez plus de mérites par là que si avec une bonne santé vous observiez à la rigueur le jeûne et l'abstinence du Carême.
Pour moi, je me porte bien. La réponse faite à la requête n'est pas aussi favorable que je l'aurais espéré. Dieu soit béni, que sa sainte volonté soit faite ! Je vous remercie de votre bonne huile.
Je suis, dans le Seigneur, tout à vous.
A Mademoiselle Adélaïde.
Ce il mars 1808.
Ma chère fille, je n'ai rien de particulier à vous dire. Je prends toujours bien part à votre état de peines intérieures qui dure, quoique avec des intervalles, depuis un grand nombre d'années. Je m'en occupe souvent devant Dieu et je voudrais pouvoir y apporter du soulagement. Pour moi je ne pourrais que vous répéter les avis que je vous ai tant de fois donnés. Si, conyne je le pense, vous êtes dans la ferme résolution et la sincère volonté de vous y conformer le mieux que vous le pourrez avec le secours de la grâce divine, quoiqu'il vous paraisse que vous ne le faites que très imparfaitement, quoique vous éprouviez en vous-même de grandes révoltes de la volonté, vos peines ne vous seront pas moins avantageuses qu'elles sont amères et difficiles à supporter. Vous en recueillerez, un jour, soit dans cette vie soit dans l'autre, les fruits les plus précieux. Je vous le dis au nom du Seigneur.
J'ai été fort content de la lettre de mademoiselle Oudart. J'ai vu dans la lettre de Fanchette son zèle pour la bonne œuvre. La personne à qui elle s'en est plus particulièrement ouverte paraît douée de prudence et saura s'arrêter où il faut.
J'ai reçu votre beurre et vos pruneaux, et vous en remercie. Ma santé ne se ressent pas du Carême ; j'apprends que la vôtre est très faible ; usez de tous les ménagements qui vous paraissent conve-
nables et ne craignez pas de déplaire en cela au Seigneur. Ce sera au contraire un moyen de Lui plaire en le faisant avec confiance et pureté d'intention.
Je suis, ma chère fille, dans les S. C. de Jésus et de Marie, tout à vous.
15 mars 1808.
Ma chère fille, ce que' vous me dites de madame de Champagny me pénètre de reconnaissance pour elle et plus encore pour le Souverain Maître qui met dans son cœur de si bonnes dispositions en ma faveur. Après Dieu je m'en crois redevable à notre sainte amie qui, je crois, maintenant jouit d'un grand crédit auprès du grand Roi qui récompense d'un éternel bonheur celui qui donne en son nom un verre d'eau à ses serviteurs. Je suis aussi bien touché des soins que madame de Saisseval se donne pour moi ; je suppose que c'est pour m'en donner des nouvelles positives qu'elle est si longtemps sans me venir voir. Je n'ai garde de m'en plaindre, je connais son bon cœur et d'ailleurs je sais qu'elle est bien occupée et qu'elle a bien des devoirs à remplir.
Jusqu'ici je ne souffre point du Carême ; je me porte très bien, ni le jeûne ni le maigre ne m'incommodent. Je dîne à midi ; je fais mon ordinaire avec M. de la Rouzière qui est du pays et de la connaissance de madame de Saisseval : homme pieux et bon chrétien qui fait ici ma consolation. Le traiteur nous sert bien, à vingt-cinq sols par tête ; outre la soupe, qui communément est bonne, il nous donne trois plats : un d'œufs, un de légumes et un de poisson. Une fois, il nous a envoyé un bon plat de quatre œufs à l'oseille, un ample plat de macaroni et un assez bon morceau de saumon ; ce n'est pas tous les jours de même mais c'est toujours bien. En outre, presque tous les jours, je mange un peu de votre thon mariné qui se conserve très bien à cause de l'huile dans laquelle il est trempé. Vos figues, vu ce que nous en mangeons, me dureront le reste du Carême. J'ai de plus un pot de raisinet de Fortunée et du fromage. Je n'ai pas encore entamé votre pot de beurre parce qu'il me reste encore du beurre de Bretagne que j'ai fait acheter. J'entre dans ce détail pour vous faire voir que j'ai tout en abondance et qu'il serait superflu de me rien envoyer.
Ne vous plaignez pas, ma chère fille, de ne point faire de pénitence ; c'en est une grande pour vous de ne pouvoir ni jeûner ni faire maigre et le Seigneur ne vous laisse jamais sans de rudes épreuves d'esprit et de corps. Les croix dont II favorise ceux qu'il aime sont
toujours bien assaisonnées. La plus grande des miennes est de vous savoir si souffrante sans pouvoir vous soulager. Mais, en cela même, j'ai une consolation que Dieu ne vous accorde pas ; celle de savoir qu'au milieu de toutes vos peines vous n'en êtes pas moins agréable à N.S. et à sa très Sainte Mère ; puissé-je la partager avec vous sans altérer votre humilité.
La réponse de M. l'évêque de Rennes m'a fait plaisir ; ce que vous me dites de la maîtresse d'école et de Monsieur Vincent m'en a fait aussi.
Je suis sûr que vous ne m'oublierez pas auprès de madame de Clermont ; témoignez-lui la satisfaction que j'ai de la savoir à Paris avec madame Lise, présentez à toutes deux mes respects. J'aurais plus de satisfaction si j'avais la liberté de les en assurer moi-même.
Il faut que je vous fasse part de mes inquiétudes sur mademoiselle Gauffreau. Elle était bien mal quand elle m'a écrit la dernière fois, il y a je crois six mois. Je crains qu'elle ne soit morte, ce serait une sainte de plus que nous aurions dans le ciel. Informez-vous-en par vos filles de Tours qui pourront en apprendre des nouvelles par M. Guépin.
Il y a aussi bien longtemps que je n'ai entendu parler de mademoiselle Garnier, de Quintin. Vit-elle encore ? Est-elle toujours des nôtres ? Le Père Lange ne m'écrit plus.
Adieu, ma chère fille, priez pour moi et portez- vous mieux.
Je suis, dans les SS. CC. de Jésus et de Marie, tout à vous.
A Mademoiselle Adélaïde.
Vendredi 18 mars 1808.
Ma chère fille, vous ne m'avez rien écrit, mardi, par Laurence ; je ne m'en plains pas, je sais combien vous avez d'occupations, mais je crains que vous n'ayez été plus incommodée qu'à l'ordinaire. Je prie bien le Seigneur de vous assister et de vous accorder quelques soulagements dans les peines de toute espèce que vous éprouvez depuis si longtemps, si toutefois c'est selon son bon plaisir et pour le plus grand bien de votre âme ; autrement nous nous contentons de Lui demander pour vous beaucoup de force, de patience et une parfaite conformité à sa volonté qui vous fasse supporter vos peines dans l'esprit de N.S. et en union avec Lui et avec sa Sainte Mère. Nos prières faites de cette manière sont sûres d'être exaucées et ne peuvent qu'être agréables à sa divine volonté. Je sais d'ailleurs que
vous ne désirez point, autre chose. Ayez confiance, Dieu remplira toutes vos espérances et vous verrez clairement un jour qu'il vous exauçait lors même qu'il paraissait le plus être tout-à-fait sourd à
vos yeux.
La lettre de madame S. -Pierre m'a plu beaucoup. On voit une belle âme à qui Dieu inspire une sainte affection pour la bonne œuvre, parce qu'elle a compris combien elle serait pour la gloire de Dieu et le bien de l'Église.
La mort de son oncle, mon ancien confrère et mon digne ami, m'a bien affecté. J'ai déjà fait deux communions pour lui et j'en suis bien occupé. Faites-en mes compliments de condoléances à madame S. -Pierre. Mes respects à M. Beylot. Je le loue bien de ce qu'il a fait pour les Sociétés ; mille choses à notre cher et digne M. Denys, etc.
La lettre de mademoiselle de Fermont est bien bonne. Ce qu'elle dit de la bonne volonté du curé de St-Aubin me plaît ; mais je vois avec peine que notre petit troupeau dans ce canton-là est disparu. Je craindrais un peu que la bonne demoiselle n'eût de l'éloignement pour entendre patiemment les bonnes filles qui s'adressent à elle pour en recevoir des avis et des lumières sur leur vocation. Touchezlui un mot, comme en passant, sur l'utilité et la nécessité du compte de conscience et de l'obligation des Supérieures à cet égard. Qu'elle relise le petit écrit que nous avons fait sur ce point.
Je n'ai pas besoin de vous dire de prier plus particulièrement pour moi demain, jour de mon St Patron St Joseph. J'avais quelque espoir qu'il m'aurait sorti d'ici, quoique, grâce à Dieu, je sois toujours soumis à sa divine volonté et que j'en attende en paix l'accomplissement ; maintenant que le grand ouvrage que j'avais entrepris depuis celui des Épîtres de St Pierre est achevé, je commence à sentir un plus grand besoin de sortir d'autant plus que j'ai des vues pour le bien de nos deux familles. Fiat Dei voluntas.
Ma santé est bonne ; puissiez-vous aussi vous bien porter, et croyez-moi dans les SS. CC. de Jésus et de Marie, tout à vous.
22 mars 1808.
Ma chère fille,
Je vous renvoie vos lettres avec celles que madame de Rumigny et mademoiselle Ernoul m'ont écrites et les réponses que j'y ai faites. J'y joins la lettre de ma nièce et ma réponse ; lisez, si vous en avez le loisir, toutes ces lettres, il y a dans toutes quelque chose qui vous
regarde. Mes réponses à madame de Rumigny et à mademoiselle Ernoul sont pressées, vous feriez bien d'y ajouter quelques lignes. Mettez l'adresse à celle de madame de Rumigny et faites-la mettre au timbre à la poste ainsi que ma lettre à ma nièce, à moins que vous n'ayez sur le champ une occasion sûre.
Vous avez raison de penser que la personne dont parle mademoiselle Ernoul est M. Desmarets ; mais peut-être a-t-il pris le nom de Duvars afin de n'être pas connu dans son diocèse.
Je vous remercie de votre image, ouvrage de madame de Saisseval, qu'elle avait donnée à madame de Carcado ; — elle m'est par là très précieuse ; — de votre emblème et de vos pruneaux. J'estime encore plus que cela les prières spéciales que vous avez faites pour moi le jour de ma fête. Il m'est venu à l'esprit de vous dire de relever mon cantique sur l'image du B. Jean de la Croix ; votre état y est dépeint, peut-être pourriez-vous le reconnaître. Opposez les actes d'une grande confiance en Dieu à tous les sentiments et impressions contraires que vous suggère l'esprit de malice et qui vous affectent si fort. Écoutez-vous vous-même le moins qu'il vous est possible ettâchez de vous vaincre dans tout ce qui concerne vos filles ; le Seigneur et sa Sainte Mère vous sauront bon gré de ce que vous faites pour elles ; il y a une grâce attachée à vos paroles, soit de vive-voix, soit par écrit.
Mes respects à madame de Clermont et à mademoiselle d'Acosta. Je pense bien à elles et vous les recommande spécialement toutes deux. J'aurais une grande satisfaction à les voir mais je doute fort qu'elles en obtiennent la permission. J'ai vu hier monsieur Creté qui l'a obtenue ; on parle toujours de ma prochaine sortie. Non seulement la commission a remis son travail à l'empereur, mais on nous a assuré comme venant du ministre que le jour de la semaine avait été pris pour la signature.
Portez-vous mieux, ma chère fille ; ma santé est bonne grâce à Dieu et je suis, dans les SS. CC. de Jésus et de Maris, tout à vous
22 mars 1808. Aujourd'hui commencent les trois jours avant la grande fête de l'Annonciation ; je vous la souhaite bonne et heureuse.
A Mademoiselle Adélaïde de Cicé.
Ce samedi 26 mars 1808.
Ma chère fille,
Je suis content de vos dispositions intérieures. Ne vous arrêtez pas à réfléchir et à raisonner sur votre état ; vous nous avez dit bien des fois le jugement que vous en portiez d'après les mauvaises impressions que vous éprouviez ; ne vous en tenez pas là ; par un esprit de foi nue et de confiance en Dieu rapportez-vous en au jugement de celui qui vous tient sa place. Vous devez être assurée qu'il reçoit de Lui les lumières suffisantes pour vous conduire et que vous ne courrez aucun risque en agissant d'une manière si chrétienne. On doit supporter avec patience les peines que Dieu nous envoie, les regarder comme des effets de sa miséricorde et Lui demander sans cesse cette grâce de patience qui nous est en tous temps si nécessaire. Demandons-la Lui par son Cœur et par celui de sa Sainte Mère qui nous ont donné tant d'exemples admirables de patience. Les efforts que nous ferions pour nous délivrer de nos peines seraient inutiles et, loin d'adoucir et d'alléger le mal, ne feraient que le rendre pire et plus long. Notre patience dans les épreuves remplira les desseins de Dieu et sera pour nous à chaque instant une source abondante de mérites.
Vous pouvez accepter la pièce de vin que vous offre madame de Clermont et en faire l'usage que vous marquez. Vous ferez en cela le bien de la famille.
On parle de la démolition prochaine du Temple ; elle doit être faite dans le cours d'avril ; ce sont les ordres de l'empereur ; on a déjà pris les dimensions pour cela ; les prisonniers seront transférés au château de Vincennes. Que la volonté de Dieu soit faite... Je prends bien part à votre mauvaise santé ; la mienne est très bonne.
Je vous remercie de vos deux oranges. Vous faites mal de vous en priver pour moi.
Je suis, dans le Seigneur, tout à vous.
Ce mardi 29 mars 1808.
Ma chère fille,
Vos filles de Mortagne ont bien fait de vous écrire ; louez-les de l'avoir fait et présentez-leur mes respects. Je ne vois rien de mieux à faire que de suivre les avis que donne M. Presleur ; tout ce qu'il dit est vrai : i° On ne peut exiger pareille chose de nos filles, à moins qu'elles n'y consentent, mais on peut les y engager parce que la chose est bonne. 20 II faut que les pères et mères y consentent. 30 Qu'elles soient bien résolues d'être fidèles à leur vocation et assez prudentes pour se bien conduire. 40 Ajoutez qu'il faut qu'elles demeurent toujours sous la direction de M. Presleur et l'obéissance de la Supérieure de Mortagne au moins jusqu'à ce que le pensionnat de Nogent soit conduit par les Filles du Cœur de Marie ; M. Beulé ne peut pas le trouver mauvais. Il faut que, dès qu'elles seront àNogent, ou même auparavant, par lettres elles s'en déclarent à mademoiselle Puesch comme étant la volonté des Supérieurs. Une autre raison que nous gardons pour nous mais qu'on pourrait dire à M. Presleur, c'est la conduite despotique que ledit confrère a tenue à l'égard de celles qu'il conduisait, et qu'il paraît encore tenir à l'égard de mademoiselle Puesch, conduite nullement analogue à l'esprit de la Société ni, je crois, à celui de notre Divin Maître. Faites présenter mes respects à M. Presleur.
Je vous remercie de ce que vous m'avez envoyé, mais, comme je vous l'ai marqué, je n'en avais nul besoin. La mort de mademoiselle le Noble est bien édifiante ; ne manquez pas d'en faire part à vos filles. Tout ce que vous avez répondu à mademoiselle Rivière est très convenable.
Je vous envoie ma réponse à mademoiselle d'Acosta ; vous pourrez la lire et vous la cachetterez ensuite pour la lui remettre. Ses peines ne sont pas à comparer aux vôtres, mais les réponses peuvent en un sens vous convenir, mais non pas le petit reproche que je lui fais.
J'ai lu assez rapidement, mais avec attention, mes lettres et les résolutions de mademoiselle d'Esternoz. J'ai reconnu mes lettres ; elles ont été estropiées en quelques endroits, surtout en deux qui étaient inintelligibles, je les ai rectifiées de mon mieux ; je crois qu'elles peuvent être communiquées, avec les corrections que j'ai faites, et faire du bien à plusieurs. Il y a des choses excellentes dans les papiers de mademoiselle d'Esternoz ; on voit une âme généreuse qui tend au plus parfait ; mais quelquefois elle subtilise trop avec Dieu et travaille à troubler elle-même la paix de son âme ; c'est un reproche que je lui fais dans une de mes réponses. Il y a une de ses lettres qui était
bonne pour son directeur, non pour d'autres ; cette lettre que j'a< notée devrait être retranchée. Le reste en général. est propre à faire du bi^r>. mais seulement dans l'intérieur de la famille.
Dans une de ses élévations, il y avait une erreur formelle dans son expression, je l'ai rectifiée.
Je ne puis, ma chère fille, que vous exhorter à beaucoup de patience et de confiance en Dieu. Lui seul peut mettre fin à vos peines ; tandis qu'elles durent, faites vos efforts pour entrer dans les vues de Dieu et pour vous y conformer par un humble et paisible acquiescement. Unissez vos peines à celles de Jésus en croix et à celles de sa Sainte Mère qui se tient debout à ses pieds. Je ne vous oublie point dans mes prières et je me recommande toujours aux vôtres. Je vous remercie de. votre neuvaine. J'ai bien de la confiance dans les prières de notre saint ami que je révère comme un martyr de Jésus-Christ.
Je suis, dans les Sacrés-Cœurs de Jésus et de Marie, tout à vous.
Vendredi Ier avril 1808.
Ma chère fille,
Les espérances que vous avez de quelque amélioration dans votre santé me font plaisir ; je souhaite qu'elles se soutiennent et se changent en une santé parfaite. J'espère aussi qu'un jour le Seigneur, en se montrant à vous de nouveau, répandra dans votre âme le calme, la joie et l'abondance de ses dons les plus précieux. Attendons ce moment avec une paisible résignation. Il peut tout, Il nous aime, Il sait mieux que nous ce qui convient à sa gloire et à notre salut. C'est assez pour nous porter au plus parfait abandon.
Je vous félicite d'avoir enfin reçu des nouvelles de M. votre frère de Hambourg. Il a raison de se reprocher d'avoir été si longtemps sans vous écrire. Ce que vous me dites de vos petites réunions est une très bonne chose ; que chacune fasse avec prudence la même chose dans son quartier. Dans ces occasions oubliez-vous vous-même ; Dieu vous assistera, Il donne grâce à toutes vos paroles.
Je n'ai point eu de lettre de madame de Clermont comme vous me l'annonciez. J'attendais cela pour lui écrire et lui renvoyer ses papiers. La première communion de la petite de Laigle a suivi de si près le décès de madame de Carcado qu'on serait porté à la lui attribuer.
On travaille déjà à la démolition du Temple. Je ne sais si je serai
transféré ou non à Vincennes ; ne nous en inquiétons pas. La Providence voit tout et règle tout avec douceur, et tout se fait pour le bien de ceux qui L'aiment. Le gâteau d'Agathe était fort délicat, je vous : en remercie et elle aussi. Je me porte bien et suis, dans les SS. CC. de Jésus et de Marie, tout à vous.
Mardi 5 avril 1808.
Ma chère fille,
Je n'ai rien vu, ni dans la lettre de mademoiselle Séjourné (1) ni dans celle de M. Faucheux qui marquât qu'elle eût l'intention de venir à Paris. Sa position actuelle et le bien qu'elle fait où elle est l'empêcheraient d'y penser. Elle vous dit seulement, ce qui est vrai, que je lui ai dit qu'étant seule où elle est, elle doit se regarder comme appartenant à la maison de Paris et que par conséquent il était toutà-fait convenable qu'elle vous écrivît. J'ai dû vous en parler dans le temps et je crois l'avoir fait. Répondez avec bonté à mademoiselle Séjourné.
Je vous remercie de votre tête de saumon. Quoique le traiteur nous traite moins bien depuis qu'il s'agit de nous transférer, cependant nous ne manquons de rien et vos sollicitudes pour nous ne sont point fondées. Notre translation n'est pas éloignée ; on assure qu'elle doit être faite avant le 20 de ce mois. Elle aura sans doute bien des inconvénients pour nous ; nos communications ne pourront plus être les mêmes, mais Dieu le veut et ne doit-on pas s'estimer heureux d'avoir quelque chose à Lui offrir ? Efforçons-nous d'entrer dans ses adorables desseins et de n'avoir point d'autre volonté que la sienne. Il sait comme il lui plaît faire servir tout à sa gloire et au plus grand bien de ceux qui désirent lui plaire.
Voici une petite prière que je fais tous les jours depuis quelque temps et que vous feriez bien de faire à cette intention.
Tarn bona, tum mala, gratissimo animo, de manu tua suscipiam,
(1) Mlle Séjourné naquit à Orléans en 1762 ; elle entra chez les religieuses du Bon Pasteur où elle avait été élevée, y resta jusqu'à 1792, époqu; où la Révolution l'obligea à sortir de son monastère. Elle fit sa Cons. entre les mains du P. de Clor, en 1800 et ses vœux, l'année suivante. En 1806, des raisons de prudence ayant fait suspendre la Soc. à Orléans, notre V. Fondateur écrivit à M. Faucheux qu'il approuvait que Mlle Séjourné restât F. de M. en son particulier et qu'elle serait comme une pierre d'attente pour le rétablissement de la réunion d'Orléans. Aussitôt qu'elle le put, elle se réunit à d'autres F. de M. En 1833, dès qu'il y eut une maison commune, elle y entra avec bonheur et mourut le 30 novembre 1847.
o Christe, sicut et tu, de manu Patris ttti, acerbissinmm Passionis tuae calicem suscepisti. Qui cum eodem Pâtre et Spiritu Sancto, vivis et régnas Deus, in saecula saeculorum. Amen.
La même en français.
Que je reçoive avec une égale reconnaissance les biens et les maux de vos mains, ô Divin Jésus, comme Vous-même avez reçu des mains de votre Père le calice amer de votre Passion. Vous qui, comme Dieu, vivez et régnez avec le Père et le Saint-Esprit dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.
En voici une autre que je fais aussi tous les jours depuis le temps de ma détention.
Gratias Tibi, Domine, maximas ago, pro Ma amantissima cruce, quam mihi benignissime contulisti, ad eamque libentissime perferendam, gratiam ubereni a te posco î Per Christum Dominum nostrum. Amen.
Je Vous rends, Seigneur, de très humbles actions de grâces pour cette croix précieuse que vous m'avez envoyée dans votre grande miséricorde, et je Vous demande une grâce abondante pour la porter avec joie : Par Jésus-Christ Notre-Seigneur. Ainsi soit-il.
Faites-moi le plaisir d'en faire part à notre cher confrère, monsieur Bourgeois. Que le souvenir des souffrances de Notre-Seigneur ranime en nous le désir de souffrir quelque chose pour lui, avec lui et comme lui.
Je compatis bien à votre mauvaise santé, mais quelque peine que vous souffriez de corps et d'esprit, soyez persuadée qu'elle contribue beaucoup à graver sur votre corps et sur votre âme l'image de Jésus souffrant.
Soyons en Lui de plus en plus, en union du Cœur de sa très Sainte Mère, un cœur et une âme.
Le paquet est pour madame de Clermont.
Ce vendredi de la Passion, 8 avril 1808.
i\ia chère fille,
Je ne sais si je dois vous remercier ou me plaindre du gros morceau de saumon que vous m'avez envoyé. C'est une grande dépense et fort inutile, pour ne rien dire de pire, parce qu'elle m'ôte le mérite de la pénitence. Il y en avait pour plusieurs jours ; c'est me faire faire
bonne chère en Carême, ce qui n'est pas édifiant ni convenable. Je ne sais pas non plus si c'est à vous ou à mademoiselle la Carrière que je dois une assez belle carpe frite qu'elle m'avait envoyée la veille. C'est trop, d'autant plus que, par extraordinaire et nullement par besoin, en faveur d'un ami qui prend avec moi son dîner, j'avais dit à Laurence de me faire une étuvée de carpe pour aujourd'hui. J'espère qu'au moins pour le reste du Carême vous ne retomberez plus dans pareille faute. Ce serait peut-être trop vous demander que d'exiger que vous vous en corrigiez pour toujours ; mais c'est trop parler de mangeaille.
J'ai eu le plaisir de voir hier mademoiselle d'Acosta ; ce qu'elle m'a dit de Monsieur Mongendre à Rennes me paraît fort bon. Il sera je crois à propos que je lui écrive une lettre un peu détaillée, quand mademoiselle d'Acosta retournera à Rennes, pour lui donner une juste idée de nos Sociétés, supposé alors»que je sois en état de le faire.
Soumettons-nous, ma chère fille, de bon cœur au sacrifice que le Seigneur exige de nous, s'il faut que j'aille à Vincennes ; car, si ce qu'on dit est vrai, les communications è*eront très difficiles ; abandonnons-nous à la conduite de la divine Providence : elle sait mieux que nous ce qui est le plus convenable pour sa gloire et pour notre bien spirituel. Les moyens qu'elle prend d'ordinaire sont tout-à-fait opposés à ceux que choisirait la sagesse humaine, et d'ailleurs la foi nous apprend qu'il n'y a point sur la terre de trésor plus précieux que celui des privations et des souffrances. Disons de grand cœur : ' Dieu soit béni ! » La peine involontaire que vous pourriez ressentir en le disant ne diminuerait en rien votre mérite.
Je vous remercie de l'extrait sur madame de Carcado que vous m'avez envoyé. Je pense comme vous qu'il ne la montre qu'à demi, que l'élévation de son âme et ses sentiments pour Dieu n'y sont pas développés, mais cela ne pouvait pas être autrement.
Vous ne me dites rien de M. votre frère de Hambourg, à qui cependant je prends un vif intérêt. Je prie Dieu de vous donner une meilleure santé ; la mienne est fort bonne et je suis, dans les S. S. Cœurs de Jésus et de sa douloureuse Mère, ma chère fille, tout à vous.
A Mademoiselle Adélaïde.
Mardi 12 avril 1808.
Ma chère fille,
Je vous ai fait dire par Laurence qu'il n'était plus question de Vincennes pour moi ; on m'en a donné depuis de nouvelles assurances ainsi qu'à madame de Saisseval et à mademoiselle d'Acosta. Vous savez les démarches qu'elles ont faites et que, pour plusieurs raisons, j'ai fait choix de la maison près de la Salpétrière, et que monsieur Fauconnier, qui lui-même était content de ce choix, comptait le faire approuver de Desmarets. Voilà où en sont les choses ; tout paraît assez sûr, mais, comme tout ce qui dépend des hommes est peu fixe, vous avez bien fait d'engager à prier pour cela. Je n'attends rien que de Dieu ; les hommes sans s'en douter ne font qu'exécuter sa volonté. On m'avait donné d'une autre part, comme je l'ai dit à madame de Saisseval, des espérances d'une entière liberté, mais je sais maintenant qu'elles se sont évanouie^... Joséphine pourrait vous en donner d'autres qui viennent d'une autre source. Je les crois mieux fondées ; c'est à elle à vous en faire part et peut-être l'a-t-elle déjà fait. On ne peut cependant pas y reposer une entière assurance et cela ne doit pas préjudicier aux prières ni même aux démarches que la prudence semblerait demander. Vous êtes la seule à qui j'en aie parlé.
Cela ne doit pas se publier.
Je vous remercie de votre compote et de votre petit pot de beurre ; il m'en reste encore de l'autre. Je compatis toujours à vos peines mais je vous exhorte à la patience et à la confiance. Unissez-les à celles de Jésus et de Marie et le Seigneur prendra en vous ses complaisances. Pour moi, je me porte bien et j'attends en paix quel sera le résultat de tout ceci. Dieu me fait la grâce d'être prêt à tout et de vouloir tout ce qu'il voudra. C'est le fruit de vos bonnes prières. Tout à vous dans les SS. CC. de J. et de M.
A Mademoiselle Adèle.
Laud. J. Christus.
Ce vendredi saint 15 avril 1808.
J'ai reçu hier votre beau cadre, ma chère fille. J'ai reçu avant-hier le dîner que vous m'avez envoyé ; j'étais alors à table ; je me suis contenté de prendre les œufs au lait, qui ne pouvaient pas se remettre à cause du temps, et le reste a servi à mon dîner d'hier, la soupe, le
carrelet, qui était frais et fort beau, et la salade. Il me reste encore une partie du carrelet... Votre cadre est déjà placé dans le lieu le plus apparent ; l'objet qu'il représente m'est bien cher. Ce sont toujours de nouveaux remerciements à vous faire, mais ils ne coûtent point à mon cœur parce que je connais la bonté du vôtre.
Je ne crois pas qu'il soit besoin de vous recommander ma nièce et son fils. J'ai appris avec plaisir qu'elle vous avait été voir et qu'elle avait songé à donner un confesseur à son fils. C'est dommage que M. Delpuy n'ait pu s'en charger ; mais il est en bonnes mains, étant dans celles de M. de Villers.
Je suis bien touché de votre état de maladie, mais, comme je le vois en J. Ch. crucifié et que je le regarde comme une disposition particulière de la divine Providence, ainsi que tout ce que vous avez à souffrir dans votre âme, je ne saurais trop m'en affliger et je l'accepte dans le même esprit que vous, avec une entière résignation aux ordres du Seigneur. Que son bon plaisir s'accomplisse parfaitement en nous et que, dans ce saint jour, par le mystère de sa Croix, il répande en nos cœurs avec une grande plénitude l'amour et la grâce de la croix et des humiliations. Demandons cette grâce pour nous et pour nos chers amis, demandons-la par le divin Cœur de Jésus et par celui de sa sainte Mère, et elle nous sera abondamment accordée, au delà même de nos espérances et de nos désirs. Qu'on est riche quand on la possède ! Qu'on est fort et puissant contre tous les ennemis du salut ! Qu'on est dans un état agréable aux yeux de la Divine Majesté qui voit en nous des enfants chéris, l'image de son Fils Bien-Aimé ! Qu'on est alors inébranlable dans le bien et dans les bonnes résolutions qu'on a prises !
Je finis parce que Laurence est arrivée.
Tout à vous.
Je vous renvoie ce que je puis de votre poterie.
A Mademoiselle Adélaïde.