‹ Lettres du P. de Clorivière, 1787-1814Chapitre 7 sur 116 · L. J. Ch · texte numérisé non relu

L. J. Ch

Ce 8 mai, apparition de St Michel.

Ma chère fille.

Vous avez raison de regarder la commission de M. Lamy comme délicate. Il ne faut pas mettre de vinaigre dans le feu. Dans l'objet dont il s'agit, il devrait s'en rapporter à Monsieur le curé, ou du moins ne rien faire qui soit contre son avis, et par là, le fâcher davantage et contre lui et contre nous. Ses vues sont louables, mais la fondation qu'il propose est de peu d'importance et peu convenable. On se plaint avec raison de la longueur des offices de l'Église de Paris, les dimanches et fêtes. Elle provient en partie de ce chant des Petites Heures qu'il veut établir. Les temps ne sont plus les mêmes ; les prêtres sont en petit nombre et peuvent à peine suffire aux nécessités des fidèles... C'est ce qu'un curé doit regarder avant toutes choses ; et sans doute c'est ce qui occasionne le refus de M. le curé...

Faire une fondation quelconque, surtout pour le culte, ce n'est qu'une amorce de plus pour ceux qui ont juré de le détruire. D'ailleurs je doute fort que la fondation soit acceptée de l'autorité civile... De plus, entre nous, il est peu séant à un laïque d'épi loguer de si près quelques omissions des prêtres à l'église ; ce sont peut-être des négligences, mais il est possible aussi qu'en des cas particuliers, la nécessité les ait forcés d'agir... Vous ferez de ce que je dis l'usage

que vous croirez convenable ; mais je vous conseille de ne faire aucune démarche auprès de l'évêque de Rennes sur cet objet. Je suis sensible à ce que M. Lamy vous dit pour moi ; offrez-lui mes sincères compliments et ma reconnaissance.

J'ai su par Fanchette les détails de la mort de votre respectable fille et sœur, Mlle Deshayes ; je la crois vraiment précieuse devant le Seigneur. J'ai même un pressentiment qu'elle a obtenu un plein pardon du Dieu des miséricordes. Ce qui ne doit pas vous empêcher de demander pour elle les suffrages de la Société ; il faut se hâter de le faire. Ce que j'ai admiré le plus en elle est i° son humble simplicité qui la rendait enfant ; 2° son constant attachement à la famille ; 30 son entière et parfaite obéissance.

Témoignez à toutes nos sœurs combien je suis satisfait du soin qu'elles ont eu de la visiter dans sa maladie ; et bien particulièrement à mademoiselle Adenis qui a passé la dernière nuit auprès d'elle. Vous avez aussi rempli à son égard l'office d'une bonne mère et d'une tendre amie ; le Seigneur sera votre récompense.

Vous avez tort, ma chère fille, de ne pas prendre sur vous de décider au sujet de mademoiselle Gaillard et autres choses semblables. C'est pusillanimité, c'est manque de confiance, parce que c'est le devoir de votre charge, et vous devez attendre de la bonté de Dieu les lumières qui sont nécessaires pour cela ; sa grâce sera attachée au choix que vous ferez. Faites ce que vous pourrez pour éviter les inconvénients à craindre. Je n'ai point d'objection contre mademoiselle G. Avant de rien déterminer, il est nécessaire que vous lui parliez et que vous sachiez d'elle ce qu'elle pense, et s'il n'y aurait point d'obstacle que nous ignorions.

J'ai su, par une lettre de M. le Large, que notre bonne fille, mademoiselle Ernoul, est bien attaquée de la poitrine. Il m'en fait l'éloge. Je vais envoyer sa lettre à M. Bourgeois qui vous en fera part... Je vous envoie la lettre que m'a écrite mademoiselle Ernoul ; je n'ai pas le loisir de lui répondre ; faites-le pour vous et pour moi, et n'attendez pas pour cela le départ de Me Xavier dont le voyage sera trop long puisqu'elle s'arrête à Tours. Dites-lui que je suis bien sensible à son état, qu'elle doit omettre ses écritures qui la fatigueraient trop, que j'ai été parfaitement content de sa lettre et que je redoublerai mes prières pour elle, que vous en ferez autant de votre côté ainsi que toute la famille. Dites-lui aussi, de votre part et de la mienne, que nous approuvons fort la décision de M. Bodinier et que vous êtes prête à lui remettre les 700 livres.

Ce que vous me marquez des Carmélites de Nantes prouve bien, comme vous le dites, que Dieu s'intéresse singulièrement à la conservation du Carmel. On le doit, je crois, aux prières de Madame Louise.

Témoignez à M. d'Astros mon entier dévouement et ma vive

reconnaissance ; il y avait les plus justes droits ; ce qu'il vient de faire à votre demande les augmente encore. Que Dieu le comble de ses plus douces bénédictions ainsi que vous, ma chère fille. Te suis dans le Seigneur, tout à vous.

Ce mardi 12 niai 1807.

Ma chère fille,

Je vous remercie de tous les détails précieux que vous me donnez de la mort de notre respectable défunte (1). Madame de Carcado et Fanchette m'en ont aussi donné de très édifiants ; on fera bien de les recueillir. J'ai dit à Fanchette de le faire, mais je crois qu'il vaudra encore mieux que ce soit vous qui le fassiez. Au reste il n'y a point d'inconvénient que deux le fassent. Vous y ajouteriez ce que vous avez vu de plus édifiant dans sa conduite, comme Fille de Marie. On pourrait même, dans quelque temps, l'envoyer à nos filles comme lettre circulaire ; elle était votre assistante, cela demande des égards .. Je remercie bien Dieu qui me conserve encore la quatrième, ou plutôt la première de mes quatre premières filles, et je Le prie instamment qu'il daigne encore me la conserver longtemps. Je le lui demande comme une grande grâce pour moi et pour la Société. Mais serait-il possible que la nièce ne revînt pas à nous, après les désirs si bien manifestés de sa tante, et je crois aussi du Seigneur ? Prions pour cela, mais toujours sous le bon plaisir du Seigneur, car Lui seul voit ce qu'il y a de plus opportun pour sa gloire ; mais selon mes faibles lumières, il conviendrait mieux à mademoiselle Lejay d'être ce qu'elle était auparavant que toute autre chose. Fiat voluntas ...

J'ai aussi perdu ma « Bonne mort », je crois pour l'avoir prêtée. Faites-moi le plaisir de m'en faire venir de Saint-Malo, chez Valais, au moins six exemplaires. Je regrette de ne point l'avoir.

Je vous recommande instamment une conversion que j'ai entreprise ici, très difficile mais bien intéressante à bien des égards. Priez et faites prier pour cet objet.

Vous vous êtes encore donné des soins infinis auprès de M. d'Astros et de M. l'évêque de Rennes. J'en suis bien reconnaissant ; mais vous avez très bien fait de ne pas insister auprès de M. d'Astros.

Je suis bien aise comme vous du retard de la communion de votre filleul...

(1) Mlle Deshayes.

Je vous remercie de votre second pot de beurre. Je l'ai reçu avec plaisir ; mais c'en est bien assez, ne vous en privez pas davantage. Je m'occupe bien de M. Appert.

Travaillez avec confiance à votre perfection et à l'augmentation et l'édification de la petite famille de Marie qui vous est confiée. Ne vous avancez pas trop vis-à-vis de celle qui vient de Rennes pour être sœur grise ; sondez le terrain. Cependant le bien qu'en dit votre respectable fille, mademoiselle de Fermont, est propre à donner de la confiance. Je crois que si vous pouvez la retenir vous ferez une bonne œuvre...

Bien des respects et remerciements à mademoiselle de Fermont, Monsieur Bourgeois a dû vous dire de ma part que dans vos lettres à vos filles, pour leur édification, vous pouviez parler de l'avertissement donné à mademoiselle Deshayes.

Je suis, en union des Cœurs Sacrés, tout à vous.

Je me porte parfaitement, grâce à Dieu ; puissiez-vous en dire autant.

Ce vendredi 15 mai 1807.

Je vous renvoie, ma chère fille, la lettre de Xarine qui est aimable mais assez insignifiante. Je garde encore les avis de mademoiselle d'Esternoz à ses filles, qui sont excellents. Je sais bien bon gré à M. de Chaffoy de les avoir recueillis ; il sera bien bon que vos filles en aient connaissance... Je vous souhaite une meilleure santé ; la mienne est fort bonne. J'ai reçu tout ce que vous m'avez envoyé, je vous en remercie et suis, dans les SS. CC. de J: et de M., tout à vous.

Laurence vous remettra une quittance sur papier timbré pour madame d'Alérac.

A Mademoiselle de Cicé, rue Mézières N° 909 à Paris.

16 mai 1807.

Je vous envoie, ma chère fille, une lettre pour M. Denys. J'ai reçu la vôtre par madame de Carcado, et je vous ai envoyé par elle ma circulaire. Je souhaite que vous en soyez contente et qu'elle rallume de plus en plus en vous le feu de la divine charité. Je n'ai pas fait encore la lettre que je dois y joindre pour vous et celle pour

M. B. Que le Saint-Esprit, au jour de sa grande solennité, vous remplisse de ses dons, et qu'il en verse la plénitude sur l'Église en général, sur celle de France, et en particulier sur les deux familles qui en ont tant besoin pour prendre quelque force et quelque accroissement qui les mettra en état de servir Dieu et son Église. Cor unutn et anima ima.

P. Jos.

Ce 19 mai 1807.

Je vous envoie, ma chère fille, ma lettre à notre C. Confrère M. Appert, parce que je souhaite qu'on la lui remette le plus tôt possible, et que je me méfie un peu de la diligence de M. Bourgeois, qui d'ailleurs pourrait être embarrassé.

Je vous remercie de la petite tourtç que vous m'avez envoyée par Laurence ; c'est encore une dépense inutile.

J'ai bien demandé pour vous comme pour moi, dans ces grandes fêtes, la plénitude du St-Esprit. Ce doit être l'objet de nos désirs. Je vous souhaite aussi une meilleure santé, la mienne est fort bonne. Ma nièce de Virel me charge de vous présenter ses très humbles respects et me parle de son grand attachement pour vous. Ma santé est fort bonne. Je n'ai pas le temps de vous en dire davantage.

Soyons, dans les divins Cœurs de Jésus et de Marie, Cor iinum et anima una.

P. Jos.

21 mai 1807.

Ma chère fille, je vous renvoie vos lettres de Hambourg et de Rouen. Vous pouvez répondre à mademoiselle Rivière qu'elle n'a nulle inquiétude à avoir, n'étant pas sortie de son gré. Ses Supérieurs sont censés avoir annulé la promesse qu'elle avait faite à Dieu, et les refus qu'elle a depuis essuyés de leur part ne lui laissent là-dessus aucun doute.

Je vous envoie aussi la lettre que m'a écrite mademoiselle de Fermont ; lisez avec attention la réponse que j'ai faite. En conséquence d'un mot de mademoiselle de Fermont, je l'ai faite en forme de testament ; et comme j'y dis des choses qui conviennent à tout le monde dans nos Sociétés, il m'a paru qu'on pourrait en tirer des

copies et les envoyer en différents endroits par forme de petites lettres circulaires. On m'en enverrait une copie, et une à M. Bourgeois, qui, avec de légers changements, pourrait s'adapter à notre Société. Je vous autorise aussi à lire mes autres lettres à M. le Large, à madame de Virel et à Mlle Sophie de Virel, ainsi que celle que mademoiselle Sophie m'écrit. Elle s'y plaint de ce que je ne la regardais plus comme étant de la Société. Je lui ai écrit en conséquence ; la lettre est incluse dans celle de sa belle-sœur.

Ce que vous me dites de mademoiselle Lejay me surprend. Il faut adorer les secrets de Dieu sans vouloir les sonder. Je compatis bien à vos souffrances, et suis dans le Seigneur, tout à vous.

N'oubliez pas de demander à St-Malo mes livres de la Bonne Mort. Je pense bien que vous avez fait tenir ma lettre à M. Appert.

A Mademoiselle Adèle.

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