L. J. Ch
Ce vendredi 22 mai 1807.
Quelque part que vous soyez, ma chère fille, je suis toujours près de vous ; le Seigneur rapproche ceux que la distance des lieux sépare, Il nous réunit dans son divin Cœur. C'est là notre agréable prison dont nous ne voulons pas être délivrés ; que son divin amour nous y tienne toujours captifs !...
Je ne sais où Laurence a pris que j'avais dessein de l'envoyer à Versailles la semaine prochaine ; jamais je n'en ai eu la moindre pensée. Agathe m'aurait fait plaisir d'accepter le petit présent que je lui faisais pour sa fête ; je ne prétendais pas payer ses peines, je sais qu'elle les prend de bien bon cœur. Je ne me tiens pas quitte pour cela de la petite dépense des cœurs, mandez-moi ce que je vous dois pour cela. Si vous n'avez pas été à Versailles, vous me ferez grand plaisir d'y aller et de dire pour moi à madame de Nermont tout ce que vous verrez de mieux.
Vous avez bien fait d'écrire à M. S. -Placide ; il y a longtemps que je vous prie de le faire pour moi à mademoiselle Gauffreau et je n'ai pas su que vous l'ayez fait ; il y a eu une occasion pour cela, mais quand vous ne l'auriez pas su, on peut écrire de manière à ne point se compromettre.
On me demande deux scapulaires ; je croyais en avoir, mais je n'en ai point trouvé ; voyez si vous pourriez me les envoyer.
Mille choses à toutes nos amies ; je suis en union avec elles dans les Sacrés Cœurs de Jésus et de Marie, tout à vous.
Ce samedi 23 mai 1807.
Ma chère fille, ma lettre à ma nièce doit partir avec celle de mademoiselle de Fermont, ainsi que celle pour M. le Large. Je vous remercie de la diligence que vous avez mise pour celle de M. Appert ; je vous remercie aussi de vos asperges et de vos artichauts. Il est vra que j'ai dit bien peu de chose à madame de Saisseval, parce que j'avais de la peine à l'entendre et à m'en faire entendre. Je n'avais pas lu votre lettre et je ne lui ai point offert le crucifix ; la pensée ne m'en est pas venue et je n'aurais pas cru convenable de le faire.
Je regarde comme un scrupule la peine que vous avez eue de votre entretien avec votre neveu au sujet de M. l'archev. Le motif en était bon, vos vues charitables, vous parliez en confiance et à une personne qui ne pouvait pas en abuser.
Que le Seigneur bénisse la démarche que va faire mademoiselle le Jay. Je l'estime trop pour douter qu'elle n'ait eu en cela des vues bien droites et bien pures ; mais si je m'en rapportais à mes lumières, je croirais qu'elle aurait agi plus conformément à la volonté de Dieu si elle fût rentrée dans la Société. Ce n'est pas en vain que le Seigneur nous en inspirait le désir à vous et à moi ; peut-être l'événement le fera-t-il connaître. Cela ne m'empêchera pas de lui souhaiter mille bénédictions et de prier bien sincèrement pour elle. Ce que vous me dites de mes lettres m'a fait plaisir. Il suffira d'envoyer mon « Testament » à vos filles tel qu'il est, à l'exception de quelques fautes légères qui se sont glissées dans la copie qu'en a faite madame de Carcado.
Votre état de gêne et de souffrance me fait peine ; mais recevons tout avec reconnaissance de la main du Seigneur, comme Lui-même a reçu des mains de son Père le calice amer de sa Passion.
La bonne demoiselle Pillois paraît bien dans la peine, je lui écrirai dans peu. Notre chère fille madame de Buyer est bien souffrante ; consolez-la, fortifiez-la de votre mieux. Un cœur et une âme dans les Sacrés-Cœurs de Jésus et de Marie ! Ne vivons que pour les aimer et les faire aimer !
Tout à vous dans le Seigneur.
P. Jos.
La proposition faite par M. de la Sausse m'a paru fort bonne ; faites-lui-en mes remerciements. Je crois que vous feriez bien de faire avec madame de Carcado la démarche qu'il vous conseille.
Ce vendredi 29 mai 1807.
Ma chère fille,
Je vous envoie ma réponse à mademoiselle Gaillard ; il est de votre devoir de la décider, selon les raisons que vous me dites et que je trouve très solides. Autrement vous renverseriez l'ordre de l'obéissance. J'ai répondu à mademoiselle le Jay ; vous ne m'avez pas bien compris si vous avez cru que je pensais qu'elle nous reviendrait après la démarche qu'elle se propose de faire.
Vous devrez rassurer madame de Buyer sur l'article de la Pauvreté. Ce qu'elle croit devoir faire pour le bien de son fils et celui de sa santé ne blesse point la pauvreté. Preésentez-lui mes respects.
On ne peut pas payer l'honoraire d'un médecin avec une relique, quelque précieuse qu'elle soit. Ces choses ne sont plus réputées estimables à prix d'argent.
Je me porte bien et vous souhaite une meilleure santé.
Tout à vous dans les SS. CC. de J. et de M.
Ce mardi 2 juin 1807.
Ma chère fille,
Je n'ai pas assez bien compris la lettre de mademoiselle Durand pour pouvoir y répondre, quoique je l'aie lue et relue plusieurs fois ; je craindrais de faire des quiproquos. Tout ce que j'ai bien entendu, c'est ce que M. Presleur lui a répondu « que je m'étais chargé moimême de parler à ces MM. ». La chose est vraie ; c'est en conséquence que j'ai écrit à M. Beulé, et c'est par lui que je comptais agir auprès des autres. Il y a bien trois mois que je lui ai écrit et je n'en ai reçu aucune réponse ; ainsi je n'ai pu rien faire ; c'est ce dont il est nécessaire d'instruire M. Presleur. Dans ma lettre à M. Beulé je lui donnais connaissance de la nomination de M. Presleur comme supérieur de nos familles de Chartres, et je l'engageais à en écrire à M. Presleur et à en informer les deux autres, messieurs Pellerin et Miette. Ainsi il n'y a point à leur en faire un mystère. Voilà tout ce que je puis vous dire sur cette lettre.
J'avais expressément chargé Laurence de remettre elle-même ma lettre à mademoiselle le Jay et je suis fâché qu'elle ne l'ait pas fait. Il ne fallait pas lui donner à penser que vous aviez vu la lettre que je lui écrivais.
Je vous renvoie la lettre d'Angélique Goyon sur laquelle je n'ai rien à dire... Je prends bien part à votre mauvaise santé, mais je remercie Dieu de ce qu'il vous donne un peu plus de paix intérieure.
Des huit cents livres que Bourgeois vous a remises, tant de madame de Virel que de M. de Nermont, je vous prie de vouloir bien m'en garder cent cinquante livres, et de remettre les autres six cent cinquante livres à M. Bourgeois. S'il vous restait encore quelque peu d'argent de celui que vous avez entre les mains, ce que j'ignore, je vous prie de me le faire tenir.
Les choses en étant comme vous me le dites, il n'y a plus de difficultés. Vous pouvez donner à M. de Jussieu votre reliquaire de la vraie Croix.
Je ne pourrai répondre à M. Guépin que quand nous pourrons compter sur la détermination de mademoiselle Gaillard. Elle a bien peu l'esprit d'obéissance si, après ma lettre, elle veut encore consulter M. Bourgeois.
Tout à vous en N.S. J.C.
Pour Mademoiselle Adélaïde.
Ce 5 juin, fête du Sacré-Cœur 1807.
Je vous envoie ma réponse à madame de Goësbriand avec sa lettre qu'il serait inutile de me renvoyer ; je crois qu'elle vous fera plaisir. Si vous voulez joindre quelques mots à ma réponse, vous en êtes la maîtresse.
J'ai fait réflexion que, sur le voyage de madame de Buyer, nous aurions mieux fait d'en remettre la décision à MM. Pochard et Bacoffe ; il n'est plus temps d'y penser. Je vous souhaite une bonne fête.
Demandons l'un pour l'autre, demandons pour tous les membres des deux familles, une parfaite ressemblance de sentiments avec le divin Coeur de Jésus. Si nous l'avions, cette ressemblance, que de bien ne ferions-nous pas ? Que de bénédictions n'attirerions-nous pas sur nous ?
Je n'ai pas su quel avait été le résultat de ce que M. de la Sausse vous avait mandé au sujet de mon épître de St Pierre qu'il avait proposée à M. Nyon, ni si on avait parlé à Desmarets au sujet de l'œuvre des enfants délaissés ; faute de cela on n'a point écrit ; ni enfin si, dans son temps, ma lettre à M. Mistoufiet lui a été remise...
Je désirerais être informé de toutes ces choses qui m'intéressent.
Tout à vous.
Je vous prie de mettre l'adresse à la lettre pour Dôle et de l'envoyer.
A Mademoiselle Adèle de Cicé.