État actuel de la Société, etc
4. On se propose, dans cette Société, de porter un grand nombre, dans toutes les classes de la vie civile, à pratiquer les Conseils Évangéliques de Pauvreté, de Chasteté, d'Obéissance ; à exercer hors du cloître, autant que la chose est possible, les mêmes vertus qu'on devrait exercer dans le cloître. Si c'est là une nouveauté, est-ce une nouveauté qui puisse avoir rien de suspect ? Ces vertus ne sont-elles pas recommandées dans l'Évangile à tout le monde ? Serait-il impossible de s'y astreindre par vœu, hors du cloître ? La pratique du Vœu de Chasteté n'a-t-elle pas été assez commune dans l'Église dans tous les temps, même dans le siècle ? C'est cependant la vertu qui semblait plus difficile à accorder avec sa perversité et sa corruption. Au reste, ce n'est point une nouveauté, on ne fait que se proposer de faire, dans ces derniers âges, ce qu'une multitude de fidèles y ont fait dans les premiers âges de l'Église, lorsqu'il n'yavait point encore de cloîtres religieux. Si l'on ajoute l'Obéissance à des Supérieurs, c'est un moyen de perfection de plus qu'on a emprunté de la vie cénobitique pour faciliter la pratique du renoncement à soi-même.
5. Mais une pareille Institution ne serait-elle point contraire ou préjudiciable aux autres Ordres Religieux ? — Nullement. Parce qu'on se fera toujours un devoir de porter à une plus parfaite séparation du monde ceux que Dieu y appellerait ; que ceux même qui auraient été reçus dans la Société seraient libres de suivre cette vocation comme plus parfaite, et que ce serait même pour plusieurs comme un degré qui les disposerait à être de ferventes religieuses. Partout où la Société serait établie, elle se ferait un de ses principaux devoirs
(1) Tant que le Souverain Pontife ne l'aura pas encore approuvés et reconnue comme telle.
de témoigner son respect et son attachement à toutes les personnes consacrées à Dieu dans le cloître. Cela suppose le rétablissement des Ordres religieux pour lequel la petite Société formera les vœux les plus ardents. Mais pour peu qu'on ait connaissance de ce qui est prédit de l'état de l'Église dans la suite des âges, on sait que ses derniers temps seront semblables aux premiers, qu'elle sera dans l'oppression, comme dans les trois premiers siècles qui étaient pour elle des temps de persécution. Il n'y aurait point alors d'asiles sacrés comme dans cette longue suite de siècles où le gouvernement civil se faisait gloire de sa soumission à l'Église. Ainsi une Société telle que celle du S. C. de Marie serait une ressource générale pour toutes les Religieuses et pour toutes les âmes qui aspireraient à la pratique des Conseils Évangéliques.
6. Il est important de bien saisir la manière de pratiquer les Vœux dans la Soc. du C. de Marie. La difficulté ne peut tomber que sur ceux de Pauvreté et d'Obéissance. Ce qui en est dit dans le plan de cette Soc. se réduit à peu de chose, c'est pourquoi je joins à ce plan un exemplaire français de celui de la Soc. du Cœur de Jésus dans lequel vous trouverez quelques détails sur la pratique des vœux dont vous pouvez aisément faire l'application aux Filles du C. de Marie, l'une et l'autre de ces Sociétés ayant à cet égard la plus grande ressemblance. Qu'on conçoive bien que, par le Vœu de Pauvreté, on se dépouille, dans le for de la conscience et devant Dieu, de tout ce qu'on a et de tout ce qu'on peut avoir, aussi parfaitement qu'il est possible, quoiqu'on ne s'en dépouille pas dans le for extérieur et devant les hommes et que, par rapport à eux, on conserve les mêmes droits civils, la même propriété. En conséquence de ce dépouillement intérieur, on considère tout ce qu'on a comme s'il était tout consacré à J. Ch. On ne peut plus en disposer librement, même en choses licites, mais selon la volonté du Divin Maître, marquée par les Conseils Évangéliques, l'Obéissance, les Règles de la Société. On ne peut réserver pour son usage qu'un honnête nécessaire, chacun selon son état et ses besoins ; le reste, en vertu du V., doit être employé en bonnes œuvres de miséricorde ou de piété. Vous voyez bien que c'est quelque chose de plus que ce détachement spirituel qui est de précepte pour tous les chrétiens... Pour ce qui est de l'Obéissance, on se dépouille de sa volonté, on la soumet, pour l'amour de Dieu, à sa Supérieure, dans toutes les choses dans lesquelles la volonté est maîtresse d'elle-même et ne dépend pas de la volonté d'autrui ; de manière qu'une Supérieure ne peut rien commander de contraire à l'obéissance qu'on doit à ses supérieurs naturels, civils, ecclésiastiques, ni à ce qu'exige ou permet généralement la nature et l'esprit de la Société. Cela concilie l'Obéissance relig. avec toute autre obéissance, et n'empêche pas que les devoirs n'en soient encore bien étendus. Qu'on soit fidèle à un règlement qu'on a soumis à sa Supé-
rieure, qu'on se conforme en tout aux Règles de la Société ; qu'on fasse connaître toutes ses démarches un peu considérables à sa Supérieure et qu'on les soumette à ses ordres et à ses avis ; alors toutes les actions auront le mérite de l'Obéissance... Je ne m'étendrai pas davantage sur cet article, vous pouvez aisément en inférer les principales obligations.
7. Il n'est pas nécessaire que je m'étende beaucoup sur les moyens de perfection que fournit cette Société. Ils naissent de sa nature, des liens mêmes qu'on y contracte, des grâces que cela attire, des secours qu'on trouve dans la vigilance et la charité des Supérieures, dans l'édification et les prières mutuelles, etc.. Ces moyens sont bien partie, détaillés dans le 3e Chapitre de la Règle de Conduite.
Vous serez peut-être surprise de ce que, dans le plan, la Soc. a le nom de Soc. de Marie, et que dans le frontispice et la Règle de conduite elle est appelée Soc. du C. de Marie : c'est que ce dernier n'a été adopté par la Société que peu après son commencement, lorsque la nôtre prit celui du Cœur de Jésus.
Je joins ici l'acte de Consécration qu'on fait quand on est admis dans la Soc. Elle est parmi nous ce qu'était dans les Comm. la prise d'habit. On commence dès lors son Noviciat. Les épreuves qui l'ont précédé doivent servir à connaître si on est appelé à la Société. On s'y dispose plus prochainement par une Retraite, ou du moins par un recueillement de trois jours... Le temps de la Postulance n'est pas fixé ; il dépend des dispositions différentes des sujets qui se présentent pour être reçus. La Consécration n'est point un Vœu, mais seulement une résolution plus solennelle après laquelle on doit commencer à observer les Vœux comme si on les avait déjà faits.