MONSEIGNEUR
Il y a déjà quatre ans, je quittais le beau Canada pour les grandes prairies du Nord-Ouest, en compagnie de l'excellent et tout dévoué P. LE Corre. J'aurais bien voulu suivre ce père jusque dans sa chère Mission ; mais le divin Maître ne fut pas de mon avis. Je me rendis donc directement au poste que m'avait assigné S. Gr. Me Faraun. C'était Dunvegun, sur la rivière de la Paix. Je n'y demeurai que peu de temps, l'obéissance m'ayant,
après six mois, appelé au petit lac des Esclaves. Avec l’aide du bon Dieu, j'ai pu apprendre la langue crise assez vite pour faire un peu de bien à nos chers sauvages et métis, J'aurais voulu avoir una école immédiatement ; mais, faute de livres et de local, je dus me résigner à attendre l’année suivante (1886).
Ayant recu, à cette époque, quelques livres et autres ebjets de classe. Je me mis à l'œuvre aussitôt après notre retraite annuelle. Un ministre protestant venait de s'installer au Fort et d'y ouvrir une école. Dès ce moment, a commencé une lutte sans trêve ni merci, qui n'est pas près de finir. J1 m'en a coûté bien des courses et bien des pourparlers, pour empêcher nos chers catholiques d'envoyer leurs enfants à l'école protestante, et tout n’est pas encore gagné. Le ministre a bâti une jolie maison de l’autre côté ou plutôt à l'extrémité de la baie, où se trouvent une quinzaine de familles catholiques. H va tâcher d'attirer leurs enfants, non seulement à l’école, mais encore à ses instructions. [ a un assortiment complet de petits habillements pour ceux qui consentiront à le suivre. Cependant je dois dire, à la louange de nos sauvages, que, l'hiver dernier, il a complètement échoué,
Quatorze enfants sont demeurés à la Mission durant tout l’hiver. Ils se fournissaient de poisson, et nous leur donnions des pommes de terre; ils ont pu ainsi apprendre leurs prières et le catéchisme. Lo ministre fut obligé de venir prendre ses quartiers d'hiver au Fort. Là, il pouvait faire la classe aux protestants et à quatre ou cinq de nos petits coureurs de chemins. Il a essayé de tous les moyens pour détourner les enfants de venir à notre Mission, disant tantôt qu’ils n'apprenaient rien chez nous, tantôt que le Père enseignait un autre auglais. Ennuyé de toutes ces tracasseries, j'Aî fini par annonesr un sxamen publie,
et j'ai invité le ministre à y venir avec ses élèves. Il s'agissait de constater si ses élèves en savaiont plus que les miens, ét s'ils parlaient différemment l’angiais. Trois fois j'ai renouvelé l'invitation, st il a fini par se cacher, à la grande risée de nos sauvages, qui ne se gônent pas pour se moquer de lui.
Maintenant le ministre a un socius, Vous voyez si la lutte promet d'être sérieuse l'hiver prochain. Je crains que nos chers métis ne se laissent enfin gagner ; car vous les connaissez, ils sont bien changeants. Pardonnez-moi si je vous parle longuement de cette œuvre; c’est l’œuvre du jour, et je dois y mettre toute mon âme et tout mon cœur pour la mener à bonne fin. Le bon P. Durin, mon compagnon, est sur son départ pour 8aiïnt-Albert et le lac la Biche, où il doit prendre tous les renseignements qui peuvent nous être utiles au sujet de notre école. Je vais donc rester seul ici pour les travaux extérieurs et pour la classe, qui me prend de quatre à six heures chaque jour. Si nous pouvions avoir un bon et saint Frère convers, sachant un peu tout faire, quels services il nous rendrait! Me permaeltrez-vous une demande d'un autre genre ? Je voudrais orner le sanctuaire, les jours de fête surtout, de beaux petits anges vivants. Mal. heureusement je n'ai pas de quoi les habiller. Oh! si quelque personne charitable pouvait avoir la bonne pensée de nous envoyer quelques surplis, quelques soutanes noires et rouges, quelle joie pour nos pauvres chrétiens, et quelle reconnaissance dans le cœur du missionnaire!
Le 15 novembre 1888,
il faut vous parler encore dea efforts surhumains que font les ministres protestants pour ravir la Foi à nos chers sauvages de La Mission Saint-Bernard. Ils s’altaquent sur-
tout à nos enfants, multipliant les séductions pour les attirer à leurs écoles. De nôtre côlé, nous ne négligeons rien, le R. P. Dupin et moi, pour protéger notre troupeau, et particulièrement les petits enfants, contre les dangers dont ils sont menacés.
Je vous ai déjà dit que, malgré notre extrême pauvreté, nous avions cru devoir fonder une école. J'en suis chargé, aidé dans cette œuvre difficile par le F. Ryan. Après deux années de luttes, nous avons réussi à réunir dans notre école tous nos chers petits enfanis. Grâces en soient rendues à Dieu, les écoles protestantes sont à peu près désertes. Et cependant, quel contraste au point de vue matériel 1 Les ministres reçoivent des caisses remplies de mille et mille objets destinés à attirer nos pauvres sauvages et à les récompenser, s'ils succombent à la tentation ; et moi, qu’ai-je à donner à ceux qui, ne voulant pas abandonner la Mission, refusent ces beaux habits qu'on leur offre au prix de leur âme? Faut-il le dire ? Je crains qu'on refuse de me croire, et c’est pourtant la vérité toute simple: à peine quelques légumes, dont ne se contenteraient pas les plus pauvres parmi les pauvres de notre Canada; et encore ne suis-je pas certain de pouvoir en donner toujours. Je crains que notre provision ne soit épuisée avant le printemps, car nous avons quarante enfants à l'école, dont quatorze pensionnaires et douze demi-pensionnaires entièrement à notre charge. Maintenant, que vous dirai-je de leur dénuement? Un grand nombre d’entre eux ne peuvent pas changer de vêtements. Que s’epsuit-il? Votre longue expérience, Monseigneur, vous le faitcomprendre mieux que je ne pourrais vous le dire, mais je n’en souffre pas moins de voir ces pauvres enfants en proie à certains parasites dont, à leur insu, ils nous font une trop large part. C'aritas patiens est, omnia sperat, omnia sustinet, Quand l'heure aura sonné, celui qui nour-
rit les petits oiseaux du Ciel et revêt les lis des champs saura bien nous secourir. En attendant, je me recommande à vos bonnes prières et aux prières de tous ceux qui liront ces lignes écrites à la hâte, pendant la nuit, alors que tous mes petits enfants des bois dorment, les poings serrés, et ronflent à qui mieux mieux là, près de la porte de ma chambre. Chers petits enfants, ils reposent tous bien doucement, couchés autour du potle, que j'ai soin d'entretenir bien chaud toute la nuit; car, comme vous le savez, ils n'ont ordinairement qu'une couverture pour se protéger contre un froid qui atteint facilement de 40 à 56 degrés.
Le 29 avril 1889.
Je suis en possession de vos deux lettres depuis quelque temps, et j'y réponds par la première occasion. Je ne sais comment vous remercier pour toutes vos bontés à mon égard. Merci, Monseigneur, de l'intérêt que vous portez à notre Mission et surtout à nos chers petils sauvages. L'hiver est passé, et les beaux jours du printemps ramènent les charmes de la nature, sans alléger, hélas! le poids de nos misères. La disparition prématurée de la neige et quelques jours de chaleur torride ont suffi pour faire gâter une grande quantité de poissons que nos chers sauvages tenaient en réserve pour l’époque où le poisson frais viendra à manquer. Il n’y a pas eu famine complète, mais nos gens ont été et sont encore réduits à ne manger que de mauvais poissons. Ges chers sauvages n'ont jamais été si pauvres : pas d'animaux à fourrures, cet hiver, pas d'orignaux non plus. De là, difficulté de se procurer des souliers. Mais les plus malheureux de tous sont toujoursles enfants : pas de vêtements, pas de chaussures, et. pas beaucoup de quoi manger, voilà le sort qui leur est échu. Comme je le prévoyais, nos provisions se sont
épuisées avant le temps. 11 faudra attendre l’autorne prochain pour les renouveler. Que faire ? J’ai encore un peu de riz,que j'avais ménagé comme la prunelle demes yeux; nous avons des vaches, qui nous donnent un peu de lait. Je vais partager cela avec eux. La divine Providence ne m'abandénnera pas, c'est là toute mon espérance.
Jamais nous n'avons eu plus de difficultés pour soutanir la lutte avec le protestantisme. Je vous ai déjà dit qué, pour empêcher nos enfants d’aller chez le ministre, je n'avais à leur donner que quelques misérables légumes, tandis que le ministre leur offrait toutes sortes de hardes. 1l est allé plus loin encore : il a proposé de les garder chez lui, de les bien nourrir et de les habiller, Le bon Dieu n’a pas permis qu'il réussit. Deo gratias ! Les enfants sont venus à la Mission et y viennent encore. N'est-ce pas consolant? Vous savez, Monseigneur, vous dont les cheveux ont blanchi au milieu des pauvres sauvages, vous savez toute l'affection que le missionnaire éprouve pour ces chers enfants des bois. Avant de les voir, de les connaître, de vivre au milieu d'eux, je ne croyais pas qu'il pût en être aïnsi ; mais, à présent, je le crois, et je donnerais volontiers jusqu'à la moelle de mes os, pour leur faire tant soit peu de bien, au double point de vue temporel et spirituel.
J6 me propose de faire un grand jardin, et tout cela, vous le savez, Monseigneur, ce sera pour mes chers enfants. Si je ne puis ieur fournir tout ce dont ils ont besoin, j'aurai, du moins, la eonsolation d’avoir fait ce que je pouvais. Je laisserai à la divine Providence le soin de faire le reste.
Pour venir en aide à nos chers chrétiens, et pour faciter le salut de ceux d'entre eux qui, étant plus éloignés de l'église, restent plus exposés aux suggestions erronées du protestantisme, Msr ParauD a jugé à propos de bâtir
une chapelle à la rivière du Cœur, où s’est établi le ministre, C'était donner la chair de poule au révérend. Aussi, prévoyant les difficultés qu'il ne manquerait pas de nous susciter, surtout pour l'emplacement que je convoitais, avais-je pris mes mesures pour qu'il ne sût rien de nos projets jusqu'au jour où, tout étant absolument arrêté, il ne pourrait plus en empêcher l'exécution.
Tout le boisnécessaire à la construction avait été Coupé,
équarri et transporté sur la glace, et seuls le P. Duruis «
et le F. Rvax savaient quel usage nous voulions en faire, Pour donner le change, nous avions parlé d'agrandir notre église de Saint-Bernard, et on pensait généralement qua c’était le but de nos travaux, Mais, quand il nous vit transporter du bois de construction vers sa demeure, je vous assure que le brave homme n'était rien moins que content. Ne sachant pas encore si nous avions acheté l'emplacement, il se rendit chez un vieux sauvage qui répond au nom harmonieux de Paul Kamiyotactuske (celui qui pose bien le pied en marchant), et lui conseilla de ne pas nous vendre de terrain, disant que, plus tard, il pourrait le céder à des Anglais, qui le lui payeraïent bien davantage. « C'est trop tard, répondit le sauvage ; je le ui ai déjà vendu, et nous sommes bien contents d'avoir une église et un prêtre près de nous. » Quelle déception pour le révérend ! Si le terrain n’avait pas été acheté et payé, il est probable qu'il nous aurait coûté bien plus cher; peut-être même n'aurions-nous pas pu l'obtenir. Vous voyez donc, Monseigneur, que nos difficultés ne diminuent pas ; le diable fait tous ses efforts pour entraver notre action. J'ai pu faire transporter en six jours tout le gros bois de la construction, qui doit avoir 40 pisds de long sur 24 de large. J'ai fait aussi équarrir le bais et préparer les autres matérianx nécessaires pour une nouvelle maison d'école, dont le hesoin so faisait vivement
sentir. Elle aura 30 pieds sur 24 et sera à deux étages.
Je vous ai dit que, pour tous ces travaux, nous comptons sur la divine Providence. Nous n'avons rien pour payer ceux qui nous aident ! Et ce n’est pas tout: nous pouvons bien élever les murs de notre chapelle, comme nous avons transporté le bois, dans l’eau glacée jusqu'à la cheville; mais qui nous donvera de quoi l’orner? Qui nous donnera une cloche pour appeler nos chrétiens aux heures marquées pour la prière? Qui nous donnera un beau chemin de croix, des statues, des ornements, des fleurs, en uu mot, tout ce qu'il faut pour rendre notre petite chapelle le moins possible indigne de la présence de Notre-Seigneur? Qui nous donnera tout cela ? Je compte beaucoup sur la générosité de mes compatriotes. Étant presque le seul Canadien dans cette partie la plus pauvre du monde, j'ose espérer qu'ils seconderont mes efforts, pour soutenir la cause de Notre-Seigneur et m'aider à travailler davantage au salut des âmes. Je compte aussi sur vous, Monseigneur, sur les bons conseils que vous savez si bien donner.
Le 22 du courant, le bon P. Dupuis quittera Saint-Bernard pour aller au Vermillon, et je reslerai seul jusqu'à l’arrivée du P. CoLriGNon, nommé supérieur du district de la rivière de la Paix. Je ne saurais vous dire la peine que j’éprouve à la pensée d’être seul durant l’été, surtout lorsque je vois tant de travaux à faire el tant de tracasseries à supporter de la part de nos gens et des miaistres.
L'hiver dernier, le P. Dupuis a donné la mission au lac des Esturgeons. Le bon Dieu a béni ses travaux; il a fait dix-sept baptêmes, y compris ceux de plusieurs adultes de quarante à quatre-vingts ans. Peu s’en est fallu qu’à son retour il ne me trouvât plus de ce monde. Appelé pour une malade à 50 milles sur le bord du lac de Saint-
Bernard, j'étais parti à deux heures de l'après-midi. J'avais déjà fait une trentaine de milles sur le lac, quand tout à coup, vers neuf heures du soir, nous sentimes, mon guide et moi, la glace nous manquer sous les pieds ; nous étions dans l'eau! Nous sortons comme nous pouvons de ce mauvais pas, et nous nous hâtons de rebrousser chemin jusqu’à environ 6 milles. Là se trouvait une maison où nous pûmes faire sécher nos habits et nos couvertures et prendre quelque repos. Le lendemain, en repassant à l'endroit où la veille nous avions failli perdre la vie, nous avons trouvé que l’eau avait 20 pieds de profondeur. Quelques pas de plus, et nous étions perdus. Il y avait là une de ces sources d’eau chaude qu'on trouve quelquefois dans les lacs et qui, empêchant la glace de se former, ménagent aux voyageurs des surprises peu agréabies. J'ai pu donner les derniers sacrements à ma malade, et, à mon retour, je n'ai pas manqué de remercier Notre-Seigneur de nous avoir sauvé la vie. J'ai appris avec plaisir qu'il y avait deux harmoniums au Landing : un pour Dumigan et l'autre pour Saint-Bernard. Merci, Monseigneur.
Le 2 septembre 1889.
L'automne est toujours un temps d’angoisses pour mon pauvre cœur ; C’est l'époque de la lutte avec nos voisins les ministres au sujet des écoles. Dans quelques jours, je vais commencer à battre la campagne pour ramener dans le bercail que je viens de faire construire mes chères brebis dispersées pendant les mois d'été. Je me propose d'aller au Poisson-Blanc et au lac des Esturgeons pour recruter de nouveaux enfants. Ce sont des centaines de milles à parcourir ; mais je ne crains ni le
travail, ni la misère, ni les souffrances, Je ne redoute T. XXVIU. 18
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qu'une seule chose : laisser se perdre une de ces brehis dont le hon Dieu m'a confié la garde. Quand je pense à quels dangers elles sont exposées, je sens mon âme à l’agonie.
La divine Providence, qui agit de temps en temps à mon égard comme une bonne mère à l'égard d’un enfant gèté, m'a ménagé dernièrement une bien douce surprise. C'était le 2 août, fête de mon saint patron. Le soleil s'était levé plus radieux que de coutume ; une brise légère agitait le vert feuillage ; il me semblait que tout était en fête dans la nature comme dans mon âme. Je venais de célébrer la sainte messe, lorsque, dans le lointain, j’aperçus une voile poussée vers nous par le vent de l’est. Une pensée me traversa l'esprit : si c'était le père CauiGnon! Hélas! je suis seul depuis si langtemps {mon Dieu, paurquoi cette parole? L'homme n'est jamais seul, puisque vous lui avez donné un bon ange pour le garder), Mon cœur ne m'avait pas trompé ; c'était bien le P, Coxienow, et avec lui le P. Farmer et les FF. NEuQg, Nicsens, Brian et Guen. Vous dire ma joic est impossible. Jarpajs il n’y avait au réunion si nombreuse à Saint- Bernard, et notre maison est devenue heureusement trop petite,
Le 2 février 1890.
Paas la première quinzaine de janvier, naus avons eu notre retraite annuelle, sous la présidence du R. P, Coz- LIGNON, supérieur du distriet de Ja rivière à la Paix. Y ont pris part : les PP, Lesspnreg, FALHER, Ausson, les FF. NE Moz, Ryax, BEnAN, HENRI et votre serviteur; en tout, dix Oblats, qui on goûté, pendant buit jours, les charmes fa cette vie de famille dont ils sont trop souvent privés dans ces régions.
Le jour même de Ja elôture de Ja retraite, profitant de
la présence du R. P. CoLLiGnon, qui voulait bien faire la classe à mes quarante-cinq enfants, je chaussais les raquettes et partais pour le lac Esturgeon, en compagnie d'un métis. Notre traîneau, attelé de quatre chiens, étant suffisamment chargé par les effets et provisions que nous devions emporter, 11 nous fallut faire à pied un trajet de plns de 100 milles. Quand j'arrivai au lac des Esturgeons,après quatre jours de marche par un froid des plus vifs, j'avais les pieds tellement crevassés, que, pendant une partie de la première semaine, je dus rester au repos. Chaque pas que je faisais me donnait la sensation de marcher sur des éclats de verre. Je ne parle pas de mon nez, que j'eus la maladresse de laisser geler en route, et qui fit peau neuve.
Le lac des Esturgeons, ainsi nommé à cause du séjaur d'un sauvage du pom de Namen (Esturgeon}, est un joli petit lac bordé de belles épinettes. Son étendue est d’environ 25 à 30 miiles de longueur,sur 15 de largeur. Le feu y a fait de grands ravages l'été dernier. Plusieurs maisons ont été détruites, et c’est à peine s’il en reste une quinzaine debout. Il s'est passé, dans cette circonstance, un fait Que je ne crains pas de regarder comme merveilleux. Le feu ayant envahi le cimetière, tout le bois qui se trouvait sur la tombe des sauvages sans baptême a été la proie des flammes, tandis que les croix plantées sur la tombe de nos chrétiens sont restées intactes. Vous devinez sans peine l'effet que cet événement a produit sur nos sauvages Les chrétiens ont été fortifiés dans leur foi, et ceux qui n'avaient pas encore reçu le baptême se sont hâtés de le demander. Ces pauvres gens sont admirablement disposés pour notre sante rehgion. J'ai passé avec eux deux semaines, faisant le catéchisme aux enfants dans la matinée, et, le soir, donnant des instructions à tout le monde, avec récitation du chapelet. Dans l'après-midi,
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j'allais voir dans leur domicile ceux que la maladie, l’âge et, il faut bien le dire, un trop grand dénuement empèéchaient de venir à la réunion. Je n’ai eu que des consolations au milieu de ce bon peuple.
Et maintenant me voilà revenu à Saint-Bernard, où j'ai trouvé tout le monde bien portant et en grande activité; le P. Couuexow, qui, en mon absence, s'était chargé de l'école, trouve que les semaines passent plus vite ici que partout ailleurs. Le P. Fazñer étudie le cris et promet de se tirer d'affaire au printémps prochain. Le F. Nemoz, aidé des FF. Ryan et BEuAN, achève notre maison, sous la direction du P. Husson, qui a bien voulu venir à notre secours pendant les mois d'hiver. Dans quelques jours, nous commencerons l'église.
Bénissez-nous, Monseigneur, et demandez pour nous la grâce de devenir des saints et de faire des saints de tous nos chrétiens.