‹ Lettres du séminaire, 1838-1846Chapitre 4 sur 11 · L E T TU E S DU S E M 1 N A I II E · texte numérisé non relu

L E T TU E S DU S E M 1 N A I II E

Assurez tous ces Messieurs que, quoique je ne sois plus dans leur établissement, mon cœur y sera toujours attaché.

Dites au cher Guyomard que la prochaine fois je lui écrirai, quand il sera rentré en classe. Hélas! je le quittais bien gaiement, je ne savais pas que c'était pour si longtemps. Mille amitiés de ma part à mon ancien confesseur Monsieur Le Borgne. N'oubliez pas Monsieur le Recteur et Monsieur Guichet. Je n'ai pu encore me rendre chez Monsieur Tresvaux, je m'y rendrai le plus tôt que je pourrai. J'ai donné la lettre de Monsieur le Recteur à Henriette pour la faire passer à Monsieur Tresvaux, craignant qu'elle ne fût pressée.

Faites mes compliments à toutes les personnes qui s'intéressent à moi, et n'oubliez pas tante Périne, ni aucun de mes parents de Guingamp, non plus que ma tante Morand.

Ah! ma bonne mère, qu'il est dur d'être séparé de vous, mon cœur est bien triste. Adieu, adieu, mon excellente mère. Votre fils qui vous aimera toujours, oui, toujours.

ERNEST

ni

Paris, le 1 1 septembre i838.

Ma chère maman,

Je commence de bonne heure à vous écrire, parce que je trouve une grande douceur à m'entretenir avec vous; d'ailleurs je ne tarderai pas à expédier ma lettre, car Henriette devant passer par Saint-Malo, s'y arrêtera peut-être, et vous tarderez trop à recevoir celle que je vous ai écrite par elle. O ma chère mère, qu'il est pénible d'être séparés, je le sens bien maintenant! Quand je pense à la vie douce et heureuse que j'ai menée avec vous à Tréguier, mon cœur est pris d'une tristesse qui ne laisse pas d'avoir

pour moi quelque charme. Gomme j'avais de

l'ardeur pour l'étude, comme j'étais heureux,

quand j'étais avec vous, comme nous avons

passé d'heureuses soirées, d'heureux moments,

et nos petites promenades, comme elles étaient

douces, encore je me reproche qu'elles aient

été si peu fréquentes, et que j'aie toujours

montré si peu d'empressement pour aller

faire avec vous de petits tours de promenade,

quand je me rappelle Liart, Guyomard, Le

Gall, et tant d'autres, quand je pense à un

collège où j'ai été si heureux, à cette ville où

j'ai goûté tant de bonheur, je m'écrie de tout

mon cœur : Ah! j'étais heureux à Tréguier!

Le souvenir de tout cela me fait plaisir,

mon excellente mère, quoiqu'il me remplisse

de tristesse. Car, ma chère maman, il me

vient quelquefois une pensée déchirante,

c'est que ce bonheur ne reviendra plus pour

nous. Enfin, soumettons-nous à la volonté

de Dieu qui a voulu nous séparer et qui

nous réunira aussi quand il lui plaira.

Le i3 septembre.

Je ne veux rien cacher, mon excellente mère, de tous mes chagrins, et vous voyez comme je viens de vous ouvrir franchement mon cœur. Oh! je vous en prie, usez-en de même à mon égard ; je suis résolu, pendant que nous serons séparés, de vous dire tout franchement et sans vous rien cacher, soyez-en bien assurée, ma chère maman. Je ne sais trop, ma chère maman, où vous adresser ma lettre, peut-être serez-vous à Guingamp, attendant Henriette, peut-être aussi serez-vous à Tréguier. Probablement à présent vous avez embrassé Alain et Henriette. O ma bonne mère, quelle joie vous avez dû ressentir à les revoir après avoir été si longtemps séparée d'eux! Je suis un peu consolé de notre séparation par l'espérance de vous voir sans tarder. Car je pense que vous viendrez bientôt ici. Je tremble quand je pense que vous êtes seule à Tréguier où vous n'avez personne pour vous soigner et vous tenir compagnie; je sais bien que la bonne Ma-

dame Le Dû aura bien soin de vous, mais ii n'en est pas moins vrai que vous ne pouvez rester ainsi seule.

D'un autre côté, ma bonne mère, j'aimais à vous songer à Tréguier, au milieu de vos amies. Si vous venez à Paris, je n'ai plus d'espoir de mener jamais cette vie heureuse que nous avons menée ensemble dans notre modeste demeure. Si vous venez à Paris, je n'ai plus l'espérance de passer des vacances si douces dans ma ville natale que j'aime tant. Mais il est vrai, ma bonne mère, vous seule, n'importe où vous serez, suffisez pour me rendre heureux. Cependant, ma chère maman, venez, venez, nous passerons des moments bien doux ensemble, j'ai besoin de votre présence et la chère Henriette aussi sera bien contente. Enfin, ma bonne mère, vous savez mieux que moi ce que vous devez faire, faites comme vous jugerez le mieux, tout ce que vous ferez sera bien fait. Nous avons composé avant-hier, demain on donnera les places. J'attendrai le résultat pour expédier ma lettre. Le collège est extrêmement fort, et si quelque chose sur la terre pouvait me conso-

1er d'être séparé de vous, ce serait la manière paternelle dont on est traité ici. La pension est très bonne, les dortoirs d'une propreté admirable. Nous avons des lits de fer qui sont extrêmement commodes. L'établissement a une maison de campagne à Gentilly où nous allons nous promener. Enfin, on prend tous les moyens de rendre heureux les élèves. Mais, hélas ! je ne peux l'être loin de ma chère maman.

Et toi, mon cher Liart, toi avec qui j'ai passé de si doux moments, que j'ai souvent pensé à toi! Tu ne m'as pas aussi oublié, j'en suis sûr, ton cœur est trop bon pour cela. Je t'ai écrit par ma sœur, je ne sais si tu as déjà reçu ma lettre, mais ne manque pas de m'écrire, je t'en prie. Fais mes compliments à tous nos condisciples, quand tu les verras, n'oublie pas surtout les professeurs du collège. Ah I quand nous reverrons-nous? Espérons en Dieu, mon bon ami, il ne nous abandonnera pas. — Je reviens à vous, ma chère maman. Je sors de chez mon confesseur, qui m'avait appelé non pour me confesser, mais pour faire connaissance avec moi. Quelle

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bonté et quelle douceur j'ai trouvées dans ce monsieur! Qu'il me rappelle bien le bon Monsieur Le Borgne! Nous ne voulons pas, dit-il, avoir des écoliers, mais des enfants. Cet esprit d'affection pour les élèves règne cbez tous les professeurs comme chez ceux du collège de Tréguier. Adieu pour ce soir, ma chère maman, je vais travailler à mon devoir, je continuerai demain.

i5 septembre.

J'ai éprouvé un petit échec, ma bonne mère, j'ai été le cinquième, dans la première composition en version latine sur vingt élèves. J'espère réparer mon honneur la semaine prochaine, dans la composition en vers latins, quoique je sois un triste poète. Hier au soir surtout, j'étais plein d'ardeur, car ici on donne les places devant toutes les classes rassemblées ; ce matin, je vous l'avouerai, j'ai un peu moins d'ardeur, en pensant à vous, à Tréguier, à Liart, à Guyomardet à tant d'autres choses; car tel est mon état : il y a des moments où j'ai du courage, d'autres où je

suis abattu. !-es me sont ordinai-

blés et les soirées plus calmes, maman* venez vite -,i;

je quand je vous aurai vue, j'aurai

plus de c j"il eh

séparé - - e mère.

.nd respec d attaeheme

Paris, le iG septembre i838.

Ma chère maman,

Vous serez peut-être étonnée de recevoir ainsi lettre sur lettre de moi, mais je ne vous écris qu'un mot à la hâte pour vous informer d'utiles innovations qui ont été introduites dans le séminaire. Les mathématiques et l'histoire naturelle vont y être décidément enseignées, et vous sentez que, je ne me ferai pas beaucoup prier pour les étudier. On va aussi enseigner l'allemand, l'anglais et l'italien et on a dit a ceux qui désiraient apprendre ces langues d'écrire aussitôt à leurs parents. Je vous prie donc, ma chère maman, de me

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faire connaître laquelle de ces trois langues vous préférez que j'apprenne, pour moi peu m'importe absolument. On enseignera aussi le dessin et la musique instrumentale, telle que le piano, etc r. Dites-moi si vous jugez à propos que je suive ces cours, ainsi que celui d'histoire naturelle, que je pourrais bien peutêtre garder pour l'année prochaine. Enfin, ma chère maman, j'attends votre décision; et je suivrai tout à fait vos conseils. Je n'ai encore aucun détail sur tout cela, on vient de nous en avertir, et à l'instant je vous écris. Tout cela me fait bien plaisir, surtout les mathématiques. Je ne sais encore quelles parties on étudiera.

Oh! ma chère maman, si je ne vous écris pas longuement, ce n'est que le temps qui me manque, mon cœur a toujours de quoi vous dire. Je vous apprendrai aussi, ma bonne mère, que j'ai maintenant plus de courage, quand je pense que je vous verrai bientôt. Oh! que mon espérance ne soit pas déçue,

i. Le petit séminaire Saint-Nicolas ne recevait pas seulement des futurs prêtres, mais aussi des jeunes gens de bonne famille.

je vous en prie. Je me réjouis de pouvoir bientôt embrasser une mère qui fait l'objet de toutes les pensées de son Ernest.

P. -S. — Alain et Henriette sont avec vous et pourront vous donner leur avis.

Que Liart ne m'oublie pas et qu'il prie quelquefois pour moi. Quand vous verrez Guyomard, assurez-le que je pense bien souvent à lui.

Adieu, ma bonne mère, adieu.

Je compose demain en vers, et je me propose de laver mon honneur; je ferai toujours mon possible ; malheureusement quelquefois Pégase est rétif.

Oh! que je vous aime, ma chère maman.

Adieu. ERNEST

Paris, le 16 octobre i838.

Ma chère maman,

Quel agréable déluge de lettres est venu pleuvoir sur moi. Ohî je vous promets que je n'ai jamais passé de récréation plus délicieuse que celle d'aujourd'hui que j'ai employée à lire ces lettres chéries. Joignez à cela le plaisir de voir Henriette et de la voir bien portante, et vous jugerez du bonheur que j'ai eu dans cette journée. Les nouvelles que j'ai reçues m'ont rempli de plaisir. J'ai vu que vous vous portiez bien, ma chère maman, et cette pensée me console d'être éloigné de vous. Mais hélas! je ne puis penser sans être

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attristé que vous êtes seule, et qu'à cette heure où je vous écris vous clés peut-être tristement à penser à vos enfants. Henriette m'a dit qu'elle ne vous croyait pas éloignée d'aller passer quelques mois auprès d'Alain à Saint-Malo. Vous savez ce que vous avez à faire, ma bonne mère, faites tout pour le mieux, mais je souffre en pensant que vous êtes seule.

Nous avons reçu la semaine dernière une bien grande grâce, je veux parler d'une retraite qui a eu lieu dans le séminaire, qui a commencé mardi soir et fini hier. Je me trouve bien plus tranquille et plus calme depuis ce saint exercice ; je m'étais imposé pour règle non d'oublier ma chère maman, mais de faire trêve à mes regrets pour ne penser qu'à mon Dieu. Hélas! je n'y ai pas toujours été fidèle, mais enfin le bon Dieu a béni mes efforts en me donnant une paix profonde et plus de courage qu'auparavant. Je vous assure que j'ai trouvé bien du plaisir ce matin à penser plus librement à vous et à me rappeler tous mes souvenirs. Je commence à m'habituer non à être séparé de vous, ma bonne mère, mais à mon nouveau genre de

vie qui serait bien doux si je pouvais être près de vous. La communion de la retraite a été donnée par Monseigneur l'Archevêque, et le soir nous avons eu une instruction faite par Monsieur Tresvaux, qui est le protecteur particulier du séminaire. Ce bon Monsieur me témoigne le plus grand intérêt, et j'ai bien du plaisir à m'entretenir avec lui dans le langage de notre bon pays. J'oubliais toujours de vous dire que j'avais eu le plaisir de le voir, cependant je vous assure que ses visites me font bien plaisir.

Vous m'avez l'air assez contente de mes places, ma chère maman, mais j'ai encore baissé; imaginez-vous que dans une détestable composition en version grecque j'ai été le dixième, je me suis un peu relevé en fable française, où j'ai été septième. Tout cela ne vaut pas grand'chose, mais demain nous composons en fable latine, et je suis résolu de combattre de toutes mes forces pour me relever. Mon excellent professeur tâche de m'inspirer du courage, et me disait avant la retraite, qu'une fois ce saint temps passé, il voulait me faire obtenir les mêmes succès que j'avais

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obtenus à Tréguier. Je ne sais si sa prédiction se vérifiera, mais de mon côté je ferai tous mes efforts. Vous savez, ma chère maman, que c'est quand j'ai reçu quelque échec que je suis le plus enflammé pour relever mon honneur. Aussi, vais-jc travailler en enragé, ne craignez pas que je me décourage. Nous aurons cette semaine trois promenades, l'une demain après la composition jusqu'au soir, l'autre jeudi pour toute la journée, et enfin une petite promenade vendredi aprèsmidi. Mais j'emporte toujours de quoi travailler. Quand on va à la maison de campagne, je fais bien quelque chose, mais quand on va au Jardin des Plantes, je vous assure que j'ai assez à faire à regarder toutes les merveilles qui m'entourent, serres, plantes, ménageries, lions, tigres, éléphants, girafes, ours blancs, etc. Toujours je pense que vous êtes avec moi ainsi que Liart et Guyomard, et cette pensée me remplit de plaisir.

Faites bien mes compliments , ma chère maman, a tous mes excellents professeurs, n'oubliez pas surtout le bon Monsieur Pasco, avec qui j'ai passé deux années si heureuses;

Monsieur Potier qui, je crois, m'aimait bien, malgré les étourderies que j'ai commises à son égard, quand j'étais son élève ; Monsieur Duchêne, dont j'ai tant exercé la patience. Je le prie de me pardonner toute la craie que je lui ai cassée. N'oubliez pas le bon Monsieur Gouriou et remerciez bien Monsieur Auffret de toutes ses bontés pour moi.

Je recommande bien à la bonne dame Le Dû d'avoir bien soin de vous et de vous tenir compagnie. N'oubliez pas toutes les autres personnes qui s'intéressent à moi.

Il n'y a encore rien de réglé dans le séminaire par rapport aux divers cours ; quand tout cela sera arrangé je vous le ferai connaître. Hélas ! ma chère maman, je n'ai plus que dix minutes d'étude et je n'ai rien dit à mes chers camarades Liart et Guyomard. La prochaine fois, je réparerai ma négligence, oh ! qu'ils ne croient pas que c'est mon cœur qui les oublie. Que je passerais volontiers à m'entretenir avec eux la récréation que j'aurai après mon souper ! mais la règle ne le permet pas. Que Liart m'informe bien de tout ce qui se passera en classe, de celui qui aura

été le premier (il est vrai, je suis sûr que c'est lui). Guyomard me parlera de la congrégation et tous deux prieront bien le bon Dieu pour moi.

Adieu, ma chère maman, le papier et le temps me manquent, oh ! mais mon cœur trouve toujours de quoi vous dire. Adieu, quand il plaira à Dieu de nous réunir, oh ! que nous serons heureux ! Adieu , adieu, soyez persuadée du respect et de l'attachement de votre Ernest.

J'oubliais, ma chère maman, quelque chose de bien important. Le règlement exige quatre paires de souliers et plusieurs autres choses qu'Henriette vous indiquera ; vous serez peutêtre bien gênée pour me procurer tout cela, et c'est bien dommage que le règlement exige tant de choses ; enfin il faut se conformer aux règles, mais ne vous faites pas de privations, ma bonne mère, ah! je vous en prie. Prenez tous les jours votre petite goutte de café, quand vous aurez mal à la tête et quand vous n'aurez pas. Quand vous aurez mal, pour le chasser, et quand vous n'aurez pas, pour l'empêcher de venir. Envoyez-moi aussi par

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Henriette mes autres livres, je trouverai place où les mettre. Faites mes compliments à la bonne dame Le Dû et à ma tante Moullec. Que j'aurais eu du plaisir, si j'avais été à Tréguier, à causer sur les classes, les mathématiques et la physique avec Alain. Mais Dieu ne Fa pas voulu et il m'a encore fait une grande grâce en envoyant, contre notre attente, ce cher Alain à Paris. Ah! ma bonne mère, comment pourrai-je vous témoigner mon affection et mon respect, tout ce que je puis vous dire, c'est qu'après Dieu, vous, Henriette et Alain, vous occupez tout mon cœur.

ERNEST

Paris, le 5 novembre i838.

Ma chère maman,

Il y a bien longtemps que je n'ai goûté la plus grande des jouissances qui est de recevoir des lettres de vous. Henriette, que j'ai vue samedi dernier, était fort inquiète, et moi, mon excellente mère, je vous assure que je ne le suis pas moins. Quoique je cherche à chasser les pensées noires, hélas ! ma chère maman, bien des inquiétudes viennent encore m'agiter. Seriez- vous malade? Oh! si vous l'étiez, écrivez-nous, je vous en supplie, et ne nous cachez rien. Qu'il est pénible, ma bonne mère, d'être séparés!

Quand j'ai vu Henriette, elle était très bien portante, seulement il y a à peu près huit jours elle avait eu une indisposition qui n'a pas eu de suites. Je ne puis vous exprimer les soins qu'a pour moi cette excellente sœur. Vraiment elle vous remplace auprès de moi, ma chère maman. Je lui ai occasionné bien des frais soit pour compléter mon trousseau, soit pour acheter des livres dont il faut ici une quantité prodigieuse, mais je tâcherai, ma bonne mère, de n'être point ingrat envers elle et de faire en sorle qu'elle ne se repente pas de tous ses soins pour moi. Oh ! quel bienfait le bon Dieu m'a accordé en me donnant une si bonne sœur!

Je vous prie, ma chère maman, de m'envoyer mon extrait de baptême, et cela le plus tôt possible. On le demande dans l'établissement. Je continue à me bien porter et à me plaire, quoique encore quelquefois, pensant à vous, à mes amis de Tréguier, à mon collège, je sois un peu attristé; mais ce sont de petits nuages qui se dissipent, et quand je pense au plaisir que j'aurai à vous revoir, cela me donne un nouveau courage. D'ailleurs, on est

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si bien dans cet établissement qu'il y aurait une véritable ingratitude à ne pas s'y plaire. Courage donc, ma chère maman, l'espérance de n'être pas toujours séparé de vous me soutient, mais quand je pense que vous êtes seule, je ne puis m'empêcher d'être attristé. Je supplie la bonne Madame Le Dû d'avoir bien soin de vous ; ne vous laissez manquer de rien, ma chère maman, l'hiver approche, déjà même il s'est fait fortement sentir ici, je vous en prie, ne vous laissez pas souffrir du froid. Si votre petite provision de bois était diminuée, renouvelez-la, ma bonne mère, en un mot n'épargnez rien pour nous conserver une santé si précieuse. Ne manquez pas tous les jours de prendre la guttule, oh ! je vous en prie, ma chère maman. Mes places n'ont pas été brillantes depuis ma dernière lettre. J'ai été le quatrième, mais ensuite j'ai bien baissé, j'ai été deux fois douzième. Mais ici il ne faut point s'effrayer de ces mauvaises places, car tous les élèves font de ces sortes de sauts : ainsi dans une composition un élève, après avoir été premier, fut le dix-septième, un autre, après avoir de même occupé

la première place, passa à 3a quatorzième. Aussi je ne me décourage pas, ma chère maman, d'autant plus, je vous l'avouerai sans vanité, que mon professeur, qui à la plus grande bonté joint un rare mérite, me donne de bonnes espérances. Enfin, ma bonne mère, je travaillerai de mon mieux, la volonté de Dieu soit faite pour le reste.

... Je ne vous écris qu'une demi-lettre, ma chère maman, réservant l'autre moitié pour Henriette à qui je vais la faire passer. Adieu, ma bonne, mon excellente mère, ah ! quand pourrai-je vous revoir, vous embrasser ! En attendant cet heureux moment, soyez persuadée du respect et de l'attachement que vous porte votre

EKNEST RENAN

10 novembre.

La réception de votre heureuse lettre, mon excellente mère, vient tout changer. Henriette me l'a fait passer et me dit en même temps de ne point vous écrire que je ne l'aie vue.

J'ai eu ce plaisir avant-hier. Elle m'a chargé de vous dire qu'elle se porte bien et qu'elle vou9 écrira dans quelque temps, quand elle aura quelque chose de positif à vous annoncer. Elle m'a dit de vous dire que la bonne que vous lui aviez proposée pour mademoiselle Ulliac ' ne lui est pas nécessaire, cette demoiselle en ayant déjà une.

La mort de M. Desbois m'a fait le plus grand chagrin. Hélas! ma chère maman, je ne pensais pas en l'embrassant quand je partis que ce fût pour la dernière fois. C'est une bien grande perte pour le collège, mais il faut espérer qu'il la réparera. Je vois aussi avec bien de la peine que le collège est toujours chancelant, mais j'espère qu'on ne réussira pas dans les tracasseries qu'on lui suscite. Vous me demandez, mon excellente et chère maman, si ma santé est toujours bonne et si j'ai aussi bon appétit qu'à l'air de la mer. S'il faut juger de la santé par l'appétit, je vous assure qu'aucun n'en a une meilleure que moi. La pension est fort bonne et je vous

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