‹ Lettres du temps de la Fronde [par] Gui Patin. Introd. et notes de André Thérive. Avec un port. gravé sur boisChapitre 10 sur 41 · GUI 1>AT · texte numérisé non relu

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un certain Ladislaus, sous ombre qu'il était un de ceux qui ont travaillé à la mort du feu roi d'Angleterre.

Un avocat du conseil, nommé M. Bernard Bautru, natif de Sens, accusé, ou plutôt découvert par quelque colporteur, d'avoir fait imprimer ici un libelle depuis un mois, dans lequel M. le Prince et M. le chancelier sont offensés, a été mis prisonnier dans le Châtelet, par ordre du lieutenant civil. On lui a fait son procès : combien qu'il n'ait pas été convaincu d'être auteur dudit libelle (et de fait on dit qu'il ne le peut être, n'étant pas assez habile homme pour cela), son affaire était en mauvais état, la pluralité des avis allait à l'envoyer aux galères. Un conseiller du Châtelet, encore jeune homme, nommé Joli, venant à dire son avis, parla si hardiment, si librement et si bien pour ce pauvre avocat, que la plupart des autres, qui le condamnaient, revinrent ad mitiorem sententiam 1, et ordonnèrent qu'il serait plus amplement informé, et que cependant Bautru serait élargi à sa caution juratoire. Le procureur du roi du Châtelet, nommé Bonneau, fils d'un riche et grand voleur de partisan, en a appelé a mïnima, et le prisonnier a été conduit à la Conciergerie. Son procès donc lui a été fait à la Tournelle. De deux présidents, l'un, nommé M. Longuevil, sieur de Maisons,

près de Saint- Germain-en-Laye, était d'avis que cet avocat fût traité rudement et comme un criminel, qu'il fût mis sur la sellette, interrogé et traité comme une victime patibulaire ; et semblait en tout cela n'agir qu'à la sollicitation de ceux qui semblaient avoir eu occasion de se plaindre de ce libelle, en tant qu'ils s'y sentaient offensés, savoir, M. le Prince et M. le chancelier. L'autre président, qui est un gascon sourcilleux, homme de bien et de grande réputation, et qui peut être appelé justement et méritoirement integer vitce scelerisque purus 1, qui est M. de Nesmont, fils d'un premier président de Bordeaux, fut d'avis qu'on le traitât seulement comme un avocat qui était accusé, mais qui avait été déjà absous par ses premiers juges au Châtelet, lequel avis fut suivi, au grand profit de l'avocat accusé, en faveur duquel la sentence du Châtelet fut confirmée. M. de Maisons, qui était d'avis contraire, en gronda fort ; mais M. de Nesmont lui imposa silence, en lui reprochant une bonne partie de ce que je vous ai dit ci-dessus, et entre autres que cet avocat l'aurait pu refuser pour juge, vu le parti qu'il avait tenu durant notre guerre, et qu'il s'en était fui à Saint- Germain, au lieu de tenir ici sa place au parlement, etc. Enfin l'avocat est délivré, qui a eu belle peur, et qui est fort accusé par ses amis mêmes

de ne s'être pas bien défendu comme il devait et pouvait faire, en une affaire et pour un crime dont il ne pouvait être convaincu, vu qu'il n'en est pas l'auteur, et qui néanmoins n'a pu être découvert parmi toutes ces formalités. Je ne sais qui est le vrai auteur, mais je lui conseille de se bien cacher.

Pour l'imposteur qui s'est servi de mon nom, je vous assure que je ne lui veux point de mal, non equidem invideo, miror magis. J'ai pitié de lui, et souhaite à ce pauvre jeune homme une meilleure fortune que de mendier, alieno nomine supposito. C'est peut-être quelque chimiste ou quelque apothicaire qui pense me jouer de la sorte ; mais ce sont gens dont je ne fais pas grand compte. Pour Montpellier, je pense qu'il n'est pas besoin que vous preniez la peine d'y écrire qu'ils se gardent de pareil accident que vous, vu que je n'y connais personne que M. de Belle val, à qui j'ai seulement écrit depuis quinze ans environ huit fois, en lui recommandant des candidats qui s'y en allaient prendre leurs degrés ; .et néanmoins on m'a dit céans, depuis deux ans, que M. Courtaud disait qu'il voulait écrire contre moi un livre sous le nom du Bedeau de leur Faculté, faisant ses plaintes de ce que ï 'empêchais que de jeunes hommes allassent prendre leurs degrés à Montpellier. Je ne sais si

ce bonhomme a songé cela, si ce n'est peutêtre que le gazetier lui aura mandé telle sottise, pour tâcher de m'y rendre odieux. Quoi qu'il en soit, je ne le crains point, et s'il ne fait contre moi tout autrement mieux qu'il n'a fait contre défunt M. de La Vigne et notre arrêt, je ne ferai point provision de plumes taillées pour lui répondre. J'ai autrefois connu feu M. Ranchin, qui était un homme d'honneur, et même l'ai vu deux fois en cette ville. Il m'a aussi quelquefois honoré de ses lettres, et lui ai quelquefois recommandé ces candidats qui allaient passer docteurs à Montpellier, qu'il a toujours reçus de bon œil, et quand feu M. le président Miron était intendant de justice en Languedoc, l'an 1631-32- 34 et 35, etc., de qui j'avais l'honneur d'être médecin et allié d'assez près. M. Ranchin lui demandait souvent de mes nouvelles, et le bonhomme M. Miron me l'a maintes fois ici raconté depuis son retour ; et je crois certainement que si feu M. Ranchin, qui était habile homme, eût encore vécu l'an 1644, il eût bien empêché que ceux de Montpellier ne se fussent adjoints au procès contre nous avec le gazetier *. Je n'ai point encore la nouvelle édition de YOphthalmographie de M. Plempius, et ne sais même s'il en est encore arrivé à Paris aucun exemplaire. Cet auteur me fit l'honneur de m 'écrire, l'hiver

passé, une lettre de compliment sur mes deux thèses, et me priait de lui en envoyer aussi quelques exemplaires. J'avais ici l'an passé traité un Flamand, qui se disait son parent, et qui m'a lié d'affection et d'amitié avec lui ; je lui ai fait réponse, et n'en ai rien ouï depuis. Ce Plempius est natif hollandais, né de parents catholiques, et ipse catholicus, mais qui est tout prêt de se faire du parti contraire, pourvu que ceux de Leyden le veuillent, avec une bonne pension, faire professeur en leur Académie: c'est M. Heinsius le fils qui m'a dit le savoir de sa propre bouche. Je n'ai rien ouï dire de l'Epitome de la pratique de Sennertus, mais il sera vrai là ou jamais, ce que l'on dit des abrégés : Compendia sunt dispendia. Pour la pratique de L. Rivière, je m'étonne qu'on la réimprime à Lyon, ce ne sera point l'avancement des lecteurs, ce livre est trop empirique ; nimis pauca continet de morborum naturâ, causis et signis : nimis multa de remediorum formulis. M. Bouvard m'a dit qu'il lui en avait refusé l'approbation pour ces défauts, et plusieurs autres qu'il y avait remarqués. Pour le livre du père Fichet, je l'ai reçu par l'ordre de M. Falconet, et l'ai vu. C'est un loyolite qui a fort mal fiché. J'en ai écrit mon avis fort franchement audit M. Falconet, auquel j'ai fait réponse tout exprès : eum, si pîacet, meo

nomine salutabis. Surtout ce Père a très malheureusement rencontré sur le fait de la médecine, il vaudrait mieux qu'il s'amusât à dire ses patenôtres. Je vous prie, nisi molestum fuerit, de faire mes recommandations à MM. les deux nouveaux associés, MM. Huguetan et Ravaud ; je suis bien aise qu'ils aient fait ce bon accord ensemble, et qu'il dure longtemps à leur contentement et profit : j'espère aussi que le public s'en ressentira. Je suis de toute mon âme, monsieur, votre très humble, etc.

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