LETTRE VI. -- A M. SPON
Ce 7 de juin 1649.
Depuis ma dernière, datée du vendredi 14 de mai, je ne vous puis dire autre chose, sinon que l'archiduc Léopold a repris Ypres le 11 de mai. Il s'en va assiéger Dunkerque : s'il le prend encore aussi aisément qu'il a obligé Ypres de se rendre, n'aurons-nous pas grande obligation à la conduite et au gouvernement politique de ce très grand, très incomparable et éminentissime cardinal Mazarin, qui fait si bien nos affaires, que rien ne se peut mieux pour le profit des Espagnols ? Il assiège Paris, il emplit la campagne de France de troupes et de soldats plus déréglés que ne seraient les Turcs, et néanmoins il n'a personne pour opposer en Flandre à nos ennemis, tandis que le Poitou, la Provence, et la Guyanne, le pays du Maine, la Normandie, la Picardie et la Champagne, sont pleins de gendarmes sans aucune nécessité, qui ruinent et ravagent tout.
Nouvelles viennent d'arriver que le mariage est arrêté de M. le duc de Mercœur avec la nièce du Mazarin, moyennant cent mille écus que donne l'oncle, et la reine deux cent mille livres avec la charge que l'on donne à M. de
Vendôme et des lettres de survivance du même office pour son fils aîné, lequel sera vice-roi de Catalogne, où il s'en ira tôt après que le mariage sera consommé.
Avez-vous reçu mon portrait que je vous envoyai l'an passé par M. Ravaud ? Il me semble que vous ne m'avez point mandé que l'ayez reçu. Je vous prie aussi de vous souvenir que vous m'avez promis le vôtre, et que je m'y attends. J'espère que vous ne frustrerez point mon espérance ; j'ai déjà une place apprêtée dans mon cabinet pour cet effet juxta suavissimos parentes et mihi carissimos atque colendissimos, secundum quos amicos constituo, in quorum ordine primatum tenes et familiam ducis1. Pensez donc à vous acquitter de votre promesse, afin que je ne sois point trompé en mon attente, vu même que je ne vous ai point envoyé mon portrait qu'à condition que j'aurai le vôtre de même.
Je viens d'apprendre une nouvelle qui m'afflige, savoir, la mort de M. Spanheim en Hollande : c'était un honnête homme et très savant, qui méritait de vivre plus longtemps. Je désirerais volontiers que ces grands personnages ne mourussent jamais que quand ils ne pourraient plus être utiles au public. Le même personnage m'a dit qu'il y a du bruit en Hollande pour le massacre que quelques Anglais ont exercé sur