‹ Lettres du temps de la Fronde [par] Gui Patin. Introd. et notes de André Thérive. Avec un port. gravé sur boisChapitre 15 sur 41 · LETTRE X. — A M. SPON · texte numérisé non relu

LETTRE X. — A M. SPON

Ce 23 de juillet 1649.

Je crois que vous avez reçu ma dernière lettre datée du mardi 13 de juillet, que j'avais enfermée dans une autre que j'écrivais à M. Ravaud touchant son Sennertus et celui de Rouen. Depuis ce temps-là M. de Beaufort a été à Nanteuil, qui est devers Compiègne, fort bien accompagné, sur la parole de M. le duc d'Orléans, qui y a accommodé une querelle que ledit sieur de Beaufort avait eue aux Tuileries le mois passé avec le marquis de Vetzay, qui lui en a fait telle satisfaction que ledit M. de Beaufort en a désiré. Le roi, la reine, le Mazarin et toute la cour, qui n'est point fort grosse, sont à Compiègne ; on dit qu'ils y seront encore tout le mois qui vient, et puis après qu'ils s'en iront passer septembre et octobre à Fontainebleau ; et la Toussaint venue, consiliiun calent in arena, du lieu où ils iront passer l'hiver ; ce que je dis, d'autant que je doute fort si la reile reviendra à Paris, qu'elle hait si fort qu'elle a fat qu'elle aimerait mieux périr que d'y revenir \ aussi pourra-t-il arriver que jamais elle n'y rentrera, au moins est-ce chose certaine que le Mazarin ne fera jamais bien d'y rentrer. Ah ! qu\ je serais fort aise de

faire un petit voyage à Lyon et de vous entretenir tous deux ; il me semble que cela me ferait rajeunir. Ne vous étonnez point si M. Riolan a rudement traité notre bon ami M. Hofmann ; ce dernier avait commencé et a eu tort de cinq ou six picoteries contre Riolan le père dans ses Institutions. M. Riolan le père était un bon Picard, doux et savant ; mais celui-ci est un homme acre qui ne saurait épargner ni pardonner à personne : qui malit amicum perdere quam verbum, et je ne doute pas que, par ci-après quelqu'un ne lui rende. Il me semble bien vieux, il commence à se casser, et est fort asthmatique, c'est pourquoi j'ai bien peur pour l'hiver prochain. C'est lui qui a parlé des casuistes, et qui eût bien voulu y mettre mon nom tout du long, mais je ne le voulus point permettre, et même il m'en grorda quelque temps et fut près d'un mois à ne me plus envoyer ses épreuves, combien qu'il ne fût guère capable de les corriger, il bredouilb trop et n'y voit tantôt plus. Le troisième 'ome des Conseils de Ballonius n'est pas infaillblement achevé, et M. Thevart, qui l'a fait imprimer, n'est pas capable d'y mettre une oonne main. Il m'a avoué qu'il y avait ajoutées vers de la bière d'un poète allemand nomme Eobanus Hessus ; qu'il v a fourré l'antimoin< en un certain endroit, duquel il n'est pas bi-n détrompé, combien que

le petit Camus ne gagne pas cent écus par an en son métier. Il dit qu'il en a ôté la saignée de quelques endroits et quelques fatras de remèdes en d'autres ; ce que je crois volontiers d'autant qu'il n'est pas capable de faire mieux ; il a l'esprit aussi court que le nez, et néanmoins il est malin. Je vous conseille de ne lire de ce livre-là que la table que j'en ai faite, dans laquelle j'ai mis et ramassé tout ce que j'ai trouvé de bon dans ces livres ; j'en ai fait autant à l'Anthropographie de M. Riolan et sans moi il n'y eût point eu d'index, M. Riolan disant qu'il n'avait point le loisir d'en faire un, qu'il ne se souciait point qu'il y en eût, et le libnire alléguant qu'il ne connaissait personne qui fût capable de le faire, si bien que sans la peine que j'en ai voulu prendre il n'y en eût point eu.

Les œuvres du bonhomme M. J. Leschassier, avocat, ont été ramassées et mises en lumière par son neveu, maître des comptes, M. Leschassier, à Paris, qui^est un fort homme de bien, cujus familiœ soleo fac\ye medicinam. Ce M. l'avocat Leschassier était un vieux frondeur, bon Gaulois, homme de bien mais acre et fantasque, qui ne fut jamais marié\ vieux chrétien, ennemi juré des fourberies de Rtme. Son neveu, maître des comptes, est un horrtne fort doux et poli, rusé et grand ménager, q\i a une des dignes

femmes du monde, fille de feu M. le président Miron, et par conséquent petite cousine de ma femme. Si vous en voulez quelque autre exemplaire, je pourrai bien vous l'envoyer. Tout cet ouvrage n'est pas fort poli, mais il y a là-dedans quelque chose de bon ; je vous assure que par ci-devant vous ne m'avez jamais rien mandé d'avoir reçu mon portrait. Il me ressemble assez bien ; mais croyez-moi, vous n'avez pas mieux la copie à Lyon, que l'original est à votre service à Paris. Il ne se passe jour que je ne pense à vous plusieurs fois.

Le cardinal Mazarin partit hier au matin de Compiègne, pour aller à Saint-Quentin, accompagné de M. de Vendôme, de M. de Mercœur. du maréchal Duplessis-Praslin, de M. de Villeroi et autres, pour aller traiter de h paix avec Pigneranda. Il en faut attendre le boiteux. Je vous baise les mains de tout mon c<eur, et suis de toute mon affection, monsieur, votre, etc.

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