LETTRE XXIX. —AU MÊME
Ce vendredi, 1er de juillet 1650.
Depuis ma dernière, je vous dirai que M. l'évêque de Beauvais est mort âgé de soixante-trois ans. M. de Buzenval, son neveu, a le brevet de l'évêché il y a près de deux mois : il attend ses bulles de Rome. M. le président de Blancmesnil l'a refusé par cinq diverses fois. Il se' contente de 20.000 livres de rentes, à trois lieues de Paris, sans être ni prêtre ni marié. Je viens de recevoir deux portraits de M. Saumaise, qui m'ont été envoyés de Hollande, dont il y en a un pour vous. On me mande que M. de Sorbière viendra ici le mois qui vient, qui m'en apportera de M. Grotius et de quelques autres. M. Saumaise faisait ses adieux pour s'en aller en Suède avec
sa femme, mais une nouvelle maladie l'a arrêté. Madame d'Aiguillon a obéi à l'arrêt du parlement ; elle a remis le duc de Richelieu, son neveu, entre les mains de M. le duc d'Orléans, lequel sans doute le rendra à sa nouvelle femme, sauf à madame d'Aiguillon à se pourvoir par voie de justice contre ce mariage, qu'elle prétend ne pouvoir ni devoir subsister. Madame la princesse la mère, qui est ici alentour, près de Nemours, en Gatinais, en une maison particulière, laquelle appartient au président Perraut, lequel est avec les trois princes en prison, a mandé à M. Guénaut qu'il lui envoyât un médecin : ce qu'il a fait. Il lui a envoyé M. le Gaigneur, qui était ici bien empêché de sa personne, et qui avait bon appétit à la pratique, mais elle ne lui venait point ; si bien que voilà trois des nôtres employés en cette maison dispersée, savoir, M. Ch. Dupré, près du prince de Conti, en prison; M. le Gaigneur, avec la mère douairière, et M. Bourdelot, à Bordeaux, avec madame la princesse la femme et M. le duc d'Enghien son fils. Le comte d'Harcourt est allé en diligence en Basse-Normandie, pour empêcher quelques désordres qui s'y commettent par les gentilshommes qui y arment, et qui font semblant de se vouloir déclarer pour les princes, à cause de M. de Longueville ; ils disent aussi qu'ils veulent aller
trouver M. de Bouillon en Guyenne. On dit ici que le prince de Conti se meurt, et qu'il n'en peut plus ; ses bénéfices sont déjà donnés à un enfant qui n'est point encore né, comme luimême n'est point encore mort. C'est au fils de M. le duc d'Orléans, en cas que madame la duchesse sa femme, qui est grosse, en accouche d'un, et non point d'une fille, comme elle a fait jusqu'à présent. M. le duc d'Orléans se servira de ce revenu. Enfin le duc de Richelieu est retourné à sa femme, et a protesté à M. le duc d'Orléans que jamais il ne consentirait à être démarié ; et ainsi le duc d'Orléans l'a laissé aller. C'est de quoi madame d'Aiguillon enrage, disant qu'elle quittera tout, et qu'elle abandonnera le soin de ses autres neveux et de tout leur bien. Elle mérite bien ceia, et encore pis, qu'elle aura peut-être quelque jour, s'il y a justice. Son oncle, le cardinal de Richelieu, a volé toute la France pour l'enrichir : elle mériterait qu'on lui fît rendre gorge jusqu'au dernier denier. Nous avons ici nouvelle qu'il y a grand bruit à Bordeaux ; que M. le maréchal de la Meilleraye et M. de la Valette avec leurs troupes, sont fort près de la ville, et semblent la bloquer des deux côtés ; que M. de Bouillon est en Médoc, où il a pris Castelnau, et que MM. de Sauvebeuf et de Sillery sont allés en Espagne faire avancer le secours
que l'on a promis à M. de Bouillon pour les princes. Le marquis de Gerzé a été arrêté prisonnier à Péronne, où il passait déguisé et chargé de lettres : il est en grand danger d'avoir la tête coupée. Les Espagnols sont toujours devant Guise, que l'on croit qu'ils prendront bientôt, vu que nos troupes ne sont pas assez puissantes pour les chasser ni leur faire lever le siège. Il y a ici un conseiller député du parlement de Bordeaux nommé M. de Voisin, qui a demandé audience au parlement de Paris, et qui lui a été promise, de peur que ces nouveaux griefs ne causent quelque nouveau mouvement. Le duc d'Orléans a fait revenir le roi, lequel est ici arrivé le mercredi 29 de juin à neuf heures au soir, lorsque l'on n'y pensait guère et qu'on ne l'attendait plus, vu que deux jours auparavant les officiers du roi qui étaient en chemin de revenir avaient été remandés, si bien que la reine et le Mazarin sont ici et toute la cour. Conservez-moi en vos bonnes grâces, et tenez pour certain que je serai toute ma vie, monsieur, votre très humble, etc.
Page 37. — (x) C'est un de ces silènes dont parle Albiciade. — Allusion .à la description de Socrate dans le Banquet.
Page 41. — (x) Jean Riolan, 1577-1(357, second du nom, fils d'un doyen, fut un anatomiste célèbre ; Patin l'eut pour fidèle ami et lui succéda au Collège Royal. C'avait été un serviteur de Richelieu. Il soigna Marie de Médicis. Tallemant parle de lui.
Page 54. ■ — (1) Ainsi donc les préceptes des chimistes sont de ridicules mensonges et des chimères.
Page 81. ■ — (l) Que jadis nous connûmes des jours brillants.
Page 96. — (x) La nièce de Mazarin, la Mazarinette aînée, était Laure Mancini, qui devait dès lors épouser le duc de Mercœur, plus tard duc de Vendôme. Sa fortune et celle de ses quatre sœurs, Olympe, Marie, Hortense et Marie-Anne, ont été retracées par M. Am. Renée en 1856 {les Nièces de Mazarin).
Page 99. — (x) Tout à côté de mes chers et respectables parents, aussitôt après eux je place mes
amis, et parmi eux vous tenez la première place, vous conduisez la troupe.
Page 100. — (x) A de plus doux sentiments.
Page 101. — - (*) Pur de tout crime, et d'une vie sans tache.
Page 103. — -(:) Théophraste Renaudot, que G. Patin fit condamner dans un, procès célèbre, était docteur en médecine de la Faculté de Montpellier.
Page 106. — (x) La traduction latine dont se servent les papistes est la plus infidèle au texte. Même le nom hétairidion signifie courtisane.
Page 108. — (*) Il faut absolument rogner ce nombre incalculable de moines.
Page 115. — - (*) D'une fièvre chronique accompagnée de vomissements, de syncopes, et de vers qu'elle a fini par évacuer. Elle a enfin pris le dessus.
Page 117. — (*) Le bon duc Gaston d'Orléans (1608- 1660) était le vieil ennemi de Richelieu et a droit comme tel à l'admiration de notre auteur. Il fut père de la Grande Mademoiselle. Mais il devint mazarin...
Page 119. — (*) Manuel de Médecine, ou Nature et guérison des maladies intimes (trois livres) ; partant d'un petit nombre de remèdes, mais choisis et éprouvés, et surtout de l'usage des grands procédés, saignée et purgation, comme aussi d'un régime délicat, pour constituer une méthode thérapeutique simple et fondée, il ramène donc les médecins, comme par la main, à la vraie source
pure de leur art. Le tout illustré d'exemples rares et d'observations cliniques, et accru d'une réfutation des alchimistes arabes ou indiens, de toutes ces futilités inutiles au salut des malades et inventées, semble-t-il, à seule fin d'enrichir les droguistes... Suit une citation de Scnèque.
Page 120. — (1) Il a mauvais renom et ses aisselles sentent le bouc.
(2) Ce fut le vice jadis de Diagoras et de Protagoras (sceptiques et agnostiques célèbres].
Page 122. — (*) Je crois que son dessein fut d'inspirer à tout le monde la terreur par la dureté du supplice et de ramener à la santé morale les gens touchés de la même folie.
Page 133. — (*) Dans l'enseignement des lettres et des sciences, ce n'est pas toujours une tautologie que de répéter en plusieurs endroits la même chose : au moins n'est-ce pas un crime si le précepte vient en temps opportun.
Page 144. — (x) Le roi donnait semestre en doublant le nombre des charges et forçait ainsi les titulaires à ne siéger qu'un semestre par an.
Page 147. — (x j Mais on dit que Condé proteste encore.
Page 150. — (r) Ce que font les Sères et les Thraces. Pline fait aussi mention de la mer Sérique. Les Sères sont les habitants du Cathay.
(2) Mais personne ne mentionne les Chinois ou Sinois avant l'époque de Ptolémée.
Page 153. ■ — (x) Le fisc vous prend ce que la religion ne vous vole pas.
Page 162. — (1) On le réputait jadis pour saint, et comme s'abstenant de toute amour défendue.
Page 165. — (i) Saumaise (1588-1658), ami de Casaubon et de Gruter, fut commentateur d'Hippocrate. Cet érudit, médecin, philologue, juriste, est un homme digne de la Renaissance. Ce fut une célébrité européenne.
Page 169. — (x) Je suis par nature un ami de la
vérité.
Page 173. — (x) Mais il est choquant de le voir si
avant plongé dans l'erreur et si tristement versé
dans cette ridicule doctrine des Arabes qui ne sert
qu'aux apothicaires, à la lie de l'humanité. Page 174. — (1) Ce ne sera qu'un bienfait de la
saison printanière.
Page 177. — (x) Olympe Mancini.
Page 181. — (*) Piètre artisan et piètre partisan. Page 184. — - (x) Desmarets de Saint-Sorlin, l'auteur de
Clovis, d' Ariane et des Visionnaires, fut secrétaire
intime du cardinal. Il finit sa vie dans la dévotion
militante (1596-1676).
Page 189. — (1) L'art de mener, ou plutôt de duper
les gens.
(2) Un art pour se moquer même des hommes
d'Etat.
Page 200. — (i) LaMotheLe Vayer (1588-1672), précepteur du roi et du duc d'Orléans, fut le modèle
de l'humaniste à l'ancienne mode. Il professait un scepticisme léger cpii l'apparente à Charron.
(2) Je ne sais quelle puissance mystérieuse me joue ce tour.
Page 206. — (1) Vous m'avez rendu la force et même la vie.
Page 208. — (x) Pourvu qu'il fasse ses affaires ! il a un front de fille, et ne sait pas rougir.
Page 214. — ■ (x) Il est toujours permis de différer d'avis sur certaines choses, et l'amitié n'en souffre point.
Page 218. — (*) Comme il arrive entre ignorants : un compère des médicastres, égaré comme un âne parmi des guenons.
Page 223. — (x) Mais il manque bien des choses aux médecins, sans parler de l'obligation où ils sont de rentrer à la ville.
Page 226. — (*) Engager sa parole, c'est bien dangereux.