‹ Lettres du temps de la Fronde [par] Gui Patin. Introd. et notes de André Thérive. Avec un port. gravé sur boisChapitre 5 sur 41 · LETTRE III. - AU MÊME · texte numérisé non relu

LETTRE III. - AU MÊME

Ce 2 d'avril 1649.

C'est pour vous assurer que MM. nos députés sont enfin arrivés à Paris, et qu'ils ont rapporté la paix conclue et arrêtée à Saint- Germain : ils sont ici arrivés le mardi 30 de mars. Le lendemain 31, ils ont fait leur rapport à la cour, laquelle a remis au lendemain jeudi absolu la délibération sur les articles de ladite paix, laquelle a passé, et a été publiée et déclarée : même les feux de joie en ont été commandés d'être faits entre huit et neuf heures du soir, en chaque quartier, ce qui a été exécuté avec grande joie et réjouissance de tout le monde, voire même plus grande que je n'eusse pensé. Vous pouvez bien vous imaginer que tout le monde qui est ici, dans une si grande ville, n'est pas de même humeur, les uns prenant intérêt à la paix, les autres à la guerre. Quant à moi, je suis pour la

paix, et ne puis goûter l'opinion de ceux qui disent qu'il fallait plutôt crever et faire la guerre éternelle, afin de perdre le Mazarin, que de s'accorder comme on a fait. Ce n'est pas que je sois pour lui ; numguâm, si quid mïhi credis, amavi hune Imminent. Mais puisque nous n'avons pu le chasser par l'opposition que nous en ont faite les deux premiers princes de sang, je me console d'une chose, qu'il n'oserait revenir à Paris, et je pense que je ne l'y verrai jamais, ou bien le temps changera bien. Tout le parlement et MM. les généraux ont tous été unanimement d'accord de la paix que nos députés ont faite, et je ne doute point qu'il n'y ait quelque article secret, que nous ne saurons qu'avec le temps. Il y a ici horriblement de libelles contre le Mazarin. Quand on ne prendrait que les bonnes pièces, il y en a pour en faire un recueil de cinq ou six tomes in-quarto, à quoi j'apprends que l'on travaille, en ôtant et retranchant les mauvaises pièces. Cela est merveilleux et sans exemple qu'on ait pu dire tant de différentes choses contre un homme. Je ne vous parle point des conditions de la paix, vu que je n'en sais aucune, et même je ne m'en soucie point, pourvu qu'elle dure. Toutefois j'apprends que l'on imprime une déclaration du roi, qui a été vérifiée en parlement, laquelle nous instruira par ci-après de quelques

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particularités. On me vient d'assurer que la paix durera pour Paris et pour le parlement ; mais que le Mazarin n'est pas à la fin de ses maux, qu'il est en aussi grand danger que par ci-devant, pour les puissants ennemis qu'il a à la cour, qui sont ceux mêmes qui l'ont favorisé par cidevant. Plura alias. Je vous baise les mains, et à tous nos bons amis, vous étant de toute mon âme, monsieur, votre très humble, etc.

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