Ç2 LETTRES DU TEMPS
heureux imposteur. Je ne me souviens pas d'avoir jamais connu votre imprimeur, M. Carteron, et néanmoins je vous prie de le remercier de ma part de ce qu'il me veut donner. Je m'étonne de l'honnêteté de vos libraires, qui donnent si volontiers des livres : pour les nôtres de deçà, ils ne font rien de pareil. Je pense qu'ils sont ladres fieffés, ils ne donnent ni n'agréent ; et néanmoins ils sont si superbes et si sots, qu'ils croient que tout leur est dû.
La lettre d'avis à MM. du parlement, par un provincial, a été ici réputée la meilleure pièce avec le Théologien d'état, la Décision de la question, la Lettre d'un religieux à M. le Prince, la Lettre du chevalier Georges, la Lettre du P. Michel, ermite de Camaldoly, le Manuel du bon citoyen et son épilogue, etc. Je pense que nous en aurons à la fin un recueil.
M. le maréchal de la Meilleraye, qui n'est plus surintendant, est ici. C'est chose certaine qu'il est mal avec le Mazarin, et à la cour. Il est allé voir M. de Beaufort en sa maladie. Les femmes, sachant que c'était lui, et se souvenant des barricades du mois d'août passé, ont commencé à crier qu'il fallait le tuer à coups de couteau, ce qu'elles auraient pu faire s'il ne fût rentré tout-à-1 'heure dans son carrosse et ne s'en fût vitement enfui,
Tandis que ce mal a duré, les prêtres mêmes ont gagné à dire des messes pour sa santé, et s'il en fût mort, je pense que de toutes les créatures mazarinesques, pas une n'en fût échappée de ce qui eût pu se trouver ici, et même notre premier président qui est suspect et déplaît à plusieurs. Je plains les grands qui sont obligés de céder et d'abaisser leur grandeur au caprice d'un Pantalon botté, tel qu'est ce malencontreux et malheureux Mazarin, a cujus furore libéra nos, domine !
Le bonhomme M. Vossius le père est mort à Amsterdam, âgé d'environ soixante-douze ans, il laisse des enfants fort savants. Il y avait de lui quelques traités sur la presse, et entre autres son beau traité en trois parties, revu et augmenté, de Historicis grœcis et latinis. On imprime ici la harangue funèbre de M. de Châtillon, qui fut tué à Charenton, le 8 février, et laquelle fut prononcée à Saint-Denis. L'auteur en est un P. Faure, cordelier, suivant la cour en qualité de pensionnaire de la reine, et qui voudrait bien être évêque. C'est celui qui dit à la reine fort effrontément, comme tous les moines, sunt hominum genus impudentissimum, qu'en assiégeant et affamant Paris, elle ne faisait pas un péché véniel, dont il a été sanglé bien serré par un libelle qui a été fait exprès contre lui. Et fiez-vous
à la théologie de telles gens, qui n'ont ni honneur ni conscience. Je vous baise les mains de tout mon cœur, et vous prie de croire que je suis sans aucune réserve, monsieur, votre très humble, etc.