Roland, de Quinault (I, m
3. Remarquons toutefois qu'il est toujours loisible au musicien de ne
pas placer cette désinence sur un temps fort, afin de ne pas produire l'effet désagréable que Voltaire redoute avec raison.
VOLTAIRE. 133
que vous accusez d'avoir dit que la rime est une invention des siècles barbares; mais, si je ne l'ai pas dit, permettezmoi d'avoir la hardiesse de vous le dire.
Je tiens, en fait de langue, tous les peuples pour barbares, en comparaison des Grecs et de leurs disciples les Romains, qui seuls ont connu la vraie prosodie. Il faut surtout que la nature eût donné aux premiers Grecs des organes plus heureusement disposés que ceux des autres nations, pour former en peu de temps un langage tout composé de brèves et de longues, et qui, par un mélange harmonieux de consonnes et de voyelles, était une espèce de musique vocale. Vous ne me condamnerez pas, sans doute, quand je vous répéterai que le grec et le latin sont à toutes les autres langues du monde ce que le jeu d'échecs est au jeu de dames, et ce qu'une belle danse est à une démarche ordinaire.
Malgré cet aveu, je suis bien loin de vouloir proscrire la rime, comme feu M. de la Motte ' ; il faut tâcher de se bien servir du peu qu'on a, quand on ne peut atteindre à la richesse des autres. Taillons habilement la pierre, si le porphyre et le granit nous manquent. Conservons la rime; mais permettez-moi toujours de croire que la rime est faite pour les oreilles, et non pas pour les yeux.
J'ai encore une autre représentation à vous faire. Ne serais-je point un de ces téméraires que vous accusez de vouloir changer l'orthographe ? J'avoue qu'étant très dévoué à saint François2, j'ai voulu le distinguer des Français] j'avoue que j'écris Danois et Anglais3 : il m'a toujours semblé qu'on doit écrire comme on parle, pourvu qu'on ne choque pas trop l'usage, pourvu que l'on conserve les lettres qui font sentir l'étymologie et la vraie signification du mot.
Comme je suis très tolérant, j'espère que vous me tolérerez. Vous pardonnerez surtout ce style négligé à un Français ou à un François qui avait ou qui avoit été élevé à Paris, dans le centre du bon goût, mais qui s'est un peu
i. Voir la note 1 de la page i3.