M. le chevalier de Lally-Tollendal
a7ôi-i83o) : fils du malheureux général (voir la note suivante); il consacra les années de sa jeunesse à la réhabilitation de la mémoire de son père. Il fut député aux états généraux, quitta la France quand la Révolution devint sanglante, et voulut cependant revenir pour défendre Louis XVI. Il se tinta l'écart sous l'empire; il fut nommé pair de France soms la restauration. Il était membre de l'Académie française.
2. M. de Lally (1702-1766) était le fils du colonelGérald Lally commandant d'un régiment irlandais. Sa brillante conduite, ses talents militaires lui assurèrent un avancement rapide. Il était maréchal de camp lorsqu'en 1706 le comité de la Compagnie des Indes vint supplier le ministre d'Argenson d'obtenir du roi que Lally commandât les troupes envoyées aux Indes pour en chasser les Anglais.
Le ministre, qui connaissait la droiture, la sévérité et la franchise de Lally. prévit les intrigues et les trahisons dont le général allait être victime. En effet, malgré des prodiges de valeur, d'activité, de science stratégique, malgré un dévouement de tons ti s instants et le sacrifice de sa forlune personnelle, Lally dut aban-
donner ses complètes, capituler dans Pondichéry et revenir en Europe. Ses ennemis le firent accuser de concussion et de haute trahison. Lally vint lui-même s'offrir à la justice. On l'enferma pendant dix-neuf mois sans l'interroger, on lui refusa par trois fois un conseil. Au bout de cette longue détention, il n'obtint pas même huit jours pour préparer sa défense. Il fut condamné, au mépris de toutes les règles juridiques.
C'était, comme il le disait, « la récompense de cinquante-cinq ans de service. » Le roi pouvait faire grâce, et le maréchal de Soubise l'avait demandée à genoux, au nom de l'armée. Il répondit qu'il était trop tard. Lally fut exécuté le [) mai 1766.
3. A une entreprise. Il s'agit d'une expédition contre l'Angleterre, organisée en 17^5, après la bataille de Fontenoy. pour soutenir les prétentions du chevalier de Saint- George, fils de Jacques IL Le fils du chevalier. Charles-Edouard, venait de débarquer en Eco--r avec une poignée d'hommes et il avait proclamé son père roi. Le plan échoua et Lally ne put qu'aider le prétendant de ses ciiiseils. Sa tète fut mise à prix mais il parvint à s'échapper grâce à un heureux stratagème.
de la Compagnie des Indes, et sacrifié par le parlement. Ces deux Compagnies ne subsistent plus, ainsi le temps paraît favorable i ; mais il me paraît absolument nécessaire de ne faire aucune démarche sans l'aveu et sans la protection de M. le chancelier.
Peut-être ne vous sera-t-il pas difficile, monsieur, de produire des pièces qui exigeront la revision du procès ; peut-être obtiendrez-vous d'ailleurs la communication de la procédure. Une permission secrète au greffier criminel pourrait suffire. Il me semble que M. de Saint-Priest 2, conseiller d'État, peut vous aider beaucoup dans cette affaire. Ce fut lui qui, ayant examiné les papiers de M. de Lally, et étant convaincu non seulement de son innocence, mais de la réalité de ses services, lui conseilla de se remettre entre les mains de l'ancien parlement. Ainsi la cause de AI. de Lally est la sienne aussi bien que la vôtre : il doit se joindre à vous clans cette affaire si juste et si délicate.
Pour moi, je m'offre à être votre secrétaire, malgré mon âge de quatre-vingts ans, et malgré les suites très douloureuses d'une maladie qui m'a mis au bord du tombeau. Ce sera une consolation pour moi que mon dernier travail soit pour la défense de la vérité.
Je ne sais s'il est convenable de faire imprimer le manuscrit que vous m'avez envoyé; je doute qu'il puisse servir, et je crains qu'il ne puisse nuire. Il ne faut, dans une pareille affaire, que des démonstrations fondées sur les procédures mêmes. Une réponse à un petit libelle inconnu ne ferait aucune sensation dans Paris. De plus, on serait en droit de vous demander des preuves des discours que vous faites tenir à un président du parlement, à un avocat général, au rapporteur, à des officiers; et, si ces discours n'étaient pas avoués par ceux à qui vous les attribuez, on vous ferait les mômes reproches que vous faites à l'auteur
i. Voltaire avait applaudi à la destruction de l'ancien parlement de Paris par le président Maupeou C1771).
?.. Saint-Priesi (Guignard de), conseiller d'Etat, intendant du
Languedoc, administrateur habile et connu par sa longue expérience des affaires. Il était parent du comte de Saint-Priest. qui fut ministre de Louis XVI et qui mourut eu 1821.
VOLTAIRE
loi
du libelle. Cette observation me parait très essentielle.
D'ailleurs ce libelle m'est absolument inconnu, et aucun de mes amis ne m'en a jamais parlé. Il serait bon, monsieur, que vous eussiez la bonté de me l'envoyer par M. Marin1, quivoudrait bien s'en charger.
Souffrez que ma lettre soit pour Mme la comtesse de La I Ieuze - comme pour vous. Ma faiblesse et mes souffrances présentes ne me permettent pas d'entrer dans de grands détails. Je lui écris simplement pour l'assurer de l'intérêt que je prends à la mémoire de M. de Lally. Je vous prie l'un et l'autre d'en être persuadés.
J'ai l'honneur d'être, avec tous les sentiments que je vous dois, monsieur, votre, etc.
A M. BOURGELATs.
A Ferney, 18 mars 1770.
Mes maladies continuelles, monsieur, m'ont empêché de vous remercier plus tôt du mémoire '* utile et digne de vous, que vous avez eu la bonté de m'envoyer. Il y a quatre-vingt et un ans que je souffre, et que je vois tout souffrir et mourir autour de moi. Tout faible que je suis, l'agriculture est toujours mon occupation. J'étais étonné qu'avant vous les bêtes à cornes ne fussent que du ressort des bouchers, et que les chevaux n'eussent pour leurs
1. Marin (1721-1809), avocat au parlement de Paris, nommé censeur royal par le comte de Saint- Florentin, à qui il avait dédié son principal ouvrage, Histoire, de Saladin. En 1763 il recevait le titre de secrétaire général à la direction de la librairie. Lié avec Voltaire, fréquentant les philosophes et les encyclopédistes, il leur rendit de nombreux services, ce qui le lit accuser de partialité. Il obtint en 1771 la direction de la Gazelle de France. A la mort de Louis XV on lui retira toutes ses fonctions.
Voltaire, pour le récompenser de ses bons offices essaya, mais sans succès, de le faire recevoir à l'Académie française.