‹ Lettres du XVIIIe siècleChapitre 159 sur 381 · Il y était arrivé au mois de janvier · texte numérisé non relu

Il y était arrivé au mois de janvier

2. L'établissement de l'impôt du timbre ( 1 7^5) avait ouvert la série des démêlés de l'Angleterre et des colons américains.

:{. Sa servante. Entendez : la servante d'auberge qu'il a épousée (Thérèse Levasseur).

',. Son habit d'Arménien, qu'il <'i\ ;iit affecté de porter à Paris.

r>. Le président Hénault (voir la noie :i de la page 56).

6. Sur Horace Walpole, voir page 10T). Rappelons seulement ici <|ue. désireux par-dessus tout de

se garder du ridicule, il avait peur que le public ne vît matière à railler dans l'affection que lui témoignait Mme Du Deffand : il se plaignait, fort injustement d'ailleurs, du « ton tragique » de ses lettres et lui remontrait sans ménagement que « les soupçons et les inquiétudes perpétuelles » conviennent sans doute à l'amour, mais que l'amitié ne s'en accommode point.

7. Allusion à un passage de la lettre à laquelle elle répond :

« Qu'on ne dise jamais, écrit Walpole, que les Anglais sont durs et féroces. •

pas comment vous aurez trouvé ma dernière lettre; c'était un examen de conscience ; elle vous aura peut-être ennuyé à la mort, mais je m'amusai beaucoup à l'écrire : je suis devenue si dissimulée depuis votre départ, que, quand je vous écris, je me laisse aller à dire tout ce qui me passe par la tête : s'il faut encore que je me contraigne, même avec vous, cela m'attristera bien. Vous voulez toujours rire; l'extravagance est votre élément, et moi je suis triste et mélancolique; de plus, je ne me porte pas bien; je vous l'avais mandé, mais cela ne vous fait rien; vous ne vous informez pas seulement de mes nouvelles. Vous êtes un original où je ne comprends rien; je crois quelquefois que vous avez de l'amitié pour moi, et puis tout de suite je pense tout le contraire : je n'aime point tous ces virevousses-là ; cependant, à tout prendre, vous me divertissez.

Vous êtes étonnant avec votre Lally1. Si vous saviez toutes les horreurs dont il était coupable, combien il a ruiné et fait périr de malheureux ! Joignez à cela que le public était persuadé que son argent le tirerait d'affaire, vous conviendrez qu'il fallait un exemple : qu'importe qu'il fût officier général? il en méritait davantage un plus grand châtiment. Je suis persuadée que Pondichéry n'a été pris que par ses trahisons; enfin on ne devrait jamais condamner au supplice aucun malfaiteur si on lui avait fait grâce. A l'égard des trois années qu'il a été en prison, elles ont été nécessaires pour l'information de son procès ; il fallait faire venir les preuves des Indes; enfin, je suis, je crois, tout aussi compatissante que vous, je ne pense pas qu'il soit selon la loi naturelle de faire mourir personne ; mais puisque la loi civile s'en est arrogé le droit, M. de Lally a dû avoir la tète tranchée. A l'égard du bâillon et du tombereau, je les désapprouve; mais ne croyez point qu'il y ait été fort sensible ; il a fini en enragé : de tous les hommes c'était le moins intéressant et, je crois, le plus coupable. Je me perds dans votre esprit ; qu'importe? je veux toujours vous dire ce que je pense

i. Voir la note 2 de la page i/,o. 1 moigné de son horreur pour l'exé- Walpole avait, dans sa lettre, te- I cution du malheureux général. ^

Ne m'écrivez plus d'impertinences; il y a tel moment où elles me feraient beaucoup de peine. Ne me parlez plus de votre retour; il y a cinq mois d'ici au mois de novembre, et sept jusqu'au mois de février; je ne veux pas plus penser à cela qu'à l'éternité.

Je vous prie d'être infiniment persuadé que vous ne m'avez point tourné la tête, et que je prétends bien ne me pas plus soucier de vous que vous ne vous souciez de moi : adieu.

Mardi 27 mai 1766.

Voyez ce qui m'est arrivé hier au soir : je fais copier

la lettre que j'ai écrite au président, pour ne pas faire deux éditions.

« Je vais vous causer un moment de trouble, mais il ne durera pas : je ramenai hier Mme de Forcalquier1 ; elle était dans le fond du carrosse, et moi sur le devant. Visà-vis de M. de Praslin2, l'essieu de derrière rompit tout auprès de la roue ; la roue tomba, nous versâmes sans que la glace de devant, ni que celle de la portière, du côté que la voiture versa, aient été cassées : mon cocher fut jeté par terre, ainsi que les trois laquais qui étaient derrière, personne n'a été blessé, et les chevaux, à qui tout cela ne fit rien, s'en revinrent tout seuls avec l'avanttrain à la porte de Saint-Joseph3 : le portier les reçut très honnêtement, et leur tint compagnie jusqu'à ce que mes gens les vinssent rechercher pour ramener la voiture. Nous ne fûmes pas si heureuses, Mme de Forcalquier et moi ; le suisse de M. de Praslin nous refusa l'hospitalité : Monseigneur trouverait mauvais qu'il nous reçût;

1. Mme de Forcalquier, femme du lils aîné du maréchal de Brancas, amie de M016 Du Defland, plus distinguée par sa beauté que par son

sieur, lui dit-elle, voilà votre

soufflet ; je n'en peux rien faire. »

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