‹ Lettres du XVIIIe siècleChapitre 164 sur 381 · Ami de Crawford et de Walpole, membre du Parlement · texte numérisé non relu

Ami de Crawford et de Walpole, membre du Parlement

eh bien! vous vous trompez ; il y en a une autre qui vous aime cent fois davantage, et d'un amour si aveugle, qu'elle ne vous croit aucun défaut, et certainement je ne suis pas de même. Avant de vous la nommer, il faut que je vous y prépare par une petite histoire que peut-être vous savez, car tout Paris la sait ; mais vous pouvez l'avoir oubliée, et le pis, c'est que vous l'entendiez pour la seconde fois. — La voici :

L'archevêque de Toulouse1 avait un grand-père, ce grand-père était mon oncle, cet oncle était un sot, et ce sot m'aimait beaucoup ; il me venait voir souvent. Un jour il me dit : « Ma nièce, je vais vous apprendre une chose qui vous fera grand plaisir; il y a un homme de beaucoup d'esprit, du plus grand mérite, qui fait de vous un cas infini ; il vous est parfaitement attaché ; vous pouvez le regarder comme votre meilleur ami, vous le trouverez dans toute occasion ; il n'a pas été à portée de vous dire lui-même ce qu'il pense pour vous, mais je me suis chargé de vous l'apprendre. — Ah ! mon oncle, nommez-le-moi donc bien vite. — C'est, ma nièce... c'est le sacristain des Minimes. » Eh bien, mon tuteur, cette personne qui vous aime tant, c'est M1Ie Devreux2; c'est à son état qu'il faut attribuer cet apologue, car sa personne et son mérite la rendent bien préférable à toutes les princesses et idoles de comtesses. Cette pauvre Devreux vous adore, et elle ne veut pas que je sois jamais fâchée contre vous; elle trouve que vous avez toujours raison.

Savez-vous, mon tuteur, à quoi je vais m'amuser? à faire des portraits. Je fis hier celui de l'archevêque de Toulouse 3 ; on le lut en lui donnant à deviner de qui il

i. Loménie de Brienne (1727-1794), archevêque de Toulouse depuis 1763, il devait être nommé archevêque de Sens et contrôleur général des finances en 1787. Mmc de Brienne, sa mère, était fille de M. de Brulart. fils du premier président Brulart, et frère de Mmc de Luynes (voir page 179, note 2) et de la mère de M"" Du DefTand.

Page 1