‹ Lettres du XVIIIe siècleChapitre 171 sur 381 · Parente du savant jésuite · texte numérisé non relu

Parente du savant jésuite

Sanadon, auteur d'élégantes poésies latines, M"0 Sanadon était établie chez M'°° Du Deffand comme demoiselle de compagnie.

Mes soupers des dimanches sont déplorables, j'en faisais hier la réflexion ; je me tourmente pour avoir du monde, nous étions douze, il n'y avait personne que j'écoutasse ni dont j'eusse envie de me faire écouter, et cependant, je l'avoue, j'aime mieux cela que d'être seule. Je n'ai point mal dormi cette nuit, et ce matin j'ai lu une trentaine de lettres de Mme de Maintenon. Ce recueil est curieux, il contient neuf années, depuis 1706 jusqu'à 1715. Je persiste à trouver que cette femme n'était point fausse; mais elle était sèche, austère, insensible, sans passion ; elle raconte tous les événements de ce temps-là, qui étaient affreux pour la France et pour l'Espagne, comme si elle n'y avait pas un intérêt particulier ; elle a plus l'air de l'ennui que de l'intérêt. Ses lettres sont réfléchies; il y a beaucoup d'esprit, un style fort simple; mais elles ne sont point animées, et il s'en faut beaucoup qu'elles soient aussi agréables que celles de Mme de Sévigné. Tout est passion, tout est en action dans celles de cette dernière, elle prend part à tout, tout l'affecte, tout l'intéresse : Mmede Maintenon, tout au contraire, raconte les plus grands événements, où elle jouait un rôle, avec le plus parfait sang-froid; on voit qu'elle n'aimait pas le roi1, ni ses amis, ni ses parents, ni même sa place. Sans sentiment, sans imagination, elle ne se fait point d'illusions, elle connaît la valeur intrinsèque de toutes choses, elle s'ennuie de la vie et elle dit : 77 n'y a que la mort (jui termine nettement les chagrins et les malheurs. Un autre trait d'elle qui m'a fait plaisir : Il y a clans la droiture autant d'habileté que de vertu. Il me reste de cette lecture, beaucoup d'opinion de son esprit, peu d'estime de son cœur, et nul goût pour sa personne ; mais je le dis, je persiste à ne la pas croire fausse. Autant que je puis vous connaître, je crois que ces lettres vous feraient plaisir; cependant je n'en sais rien, car depuis feu Protée, personne n'a été si dissemblable d'un jour à l'autre que vous l'êtes.

i. L'accusation paraît injuste.

yimt de Maintenon, dit M. Gréard dans l'étude qu'il lui a consacrée,

« était passionnée pour la grandeur du roi, qu'elle ne séparait pas de la grandeur de la France. ■

Vous avez actuellement votre Pétrarque !, je ne comprends pas qu'on puisse faire un aussi gros volume à son occasion. Le fade auteur ! que sa Laure était sotte et précieuse ! que la cour d'amour était fastidieuse ! que toul cela était recherché, agrimaché2, maniéré ! et tout cela vous plaît ! Convenez que vous savez bien allier les contraires

Adieu. Je ne sais quand je reprendrai cette lettre ni même si je la continuerai.

Mardi 22.

Oh ! oui, je la continuerai, parce que la demoiselle Sanadon dîne encore dehors.

J'ai fait plusieurs connaissances nouvelles ; je suis comme Mme de Staal3, qui cherchait à en faire, parce qu'elle était, disait-elle, fort lasse des anciennes ; on parierait, sans crainte de perdre, qu'on ne serait pas plus content des unes que des autres, mais il y a le piquant de la nouveauté.

Je viens d'écrire à Voltaire, je lui demande s'il n'a pas le projet d'aller voir sa Catherine v ; je lui dis que ce serait le comble de la folie ; on soupçonne que c'est son projet, mais je ne le crois pas.

On dit qu'il va paraître un arrêt du parlement pour diminuer le nombre des couvents et fixer l'âge où l'on pourra faire des vœux ; ce sera l'ouvrage de M. de Toulouse 5 ; je vous renvoie à la Gazette pour ces sortes de nouvelles, je ne saurais m'occuper de ce qui ne m'intéresse point. Je suis à peu près comme un homme que connaissait mon pauvre ami Formont; il disait : Apprenez que je ne m'intéresse qu'aux choses qui me regardent.

1. Allusion à la publication de l'abbé de Sade (1700-1778), OEuvres choisies de Pétrarque, traduites de l'italien et du latin, avec des Mémoires sur sa vie. On sait que Pétrarque (i3o'ri374) s'est surtout illustré par les canzone que lui inspira son amour pour la belle Laure de Noves.

■>.. Mol forgé, à rattacher sans doute à grime, grimace, grimacer.

3. Mlle Delaunay, plus tard Mme de Staal (1684-1700), confidente de la duchesse du Maine, auteur de piquants et célèbres Mémoires.

Mme Du Deffand avait eu pour elle beaucoup d'affection.

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