‹ Lettres du XVIIIe siècleChapitre 185 sur 381 · M"° de Lespinasse · texte numérisé non relu

M"° de Lespinasse

drai plus parler d'eux, et bientôt en effet on n'en parlera plus.

Je reçus hier une très aimable lettre de M. Necker, il me parle beaucoup de vous ; je ne sais si vous avoueriez tout ce qu'il m'en dit ; il y a un article que je ne crois pas, et qui est fait pour plaire, n'eût-il que le son l.

J'attends dimanche pour continuer, votre lettre m'en fournira le moyen.

Dimanche.

Cette lettre arriva hier. Je vous passe vos préventions sur2 les deux renvoyés3; ce sont d'honnêtes gens, je le crois; mais lisez la fable dixième du huitième livre de la Fontaine \ Vos prédictions pourront arriver, mais il faudra qu'elles soient précédées d'un nouvel événement. Je ne m'intéresse pas plus que vous à la politique ; mes souhaits se bornent à bien digérer, à bien dormir, et à ne point m'ennuyer.

Je suis fort aise du retour des Necker ; ils débarqueront à Saint-Ouen; ils m'ont fait dire que ce serait samedi ou dimanche. Ils ne vous plaisent pas beaucoup, je le vois bien ; tous les deux ont de l'esprit, mais surtout l'homme ; je conviens qu'il lui manque cependant une des qualités qui rend le plus agréable, une certaine facilité qui donne, pour ainsi dire, de l'esprit à ceux avec qui l'on cause ; il n'aide point à développer ce que l'on pense, et l'on est plus bête avec lui que l'on ne l'est tout seul, ou avec d'autres.

Vous avez dû être surpris de l'auteur du portrait5; elle en a fait un de notre Pomone 6 qui est une vraie enseigne

i. Sans doute quelque phrase de Necker sur l'amitié, froide, au gré de Mœe Du Deffand, mais très sincère et très profonde que Walpole avait pour elle.

Page 1