‹ Lettres du XVIIIe siècleChapitre 209 sur 381 · Voir page a45, note · texte numérisé non relu

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3. En fait Thomas partagea le prix avec l'historien (rail laid, qui entra, lui aussi, à l'Académie en 1771.

\. Barlhe (173^-1785), auteur comique très en faveur auprès des philosophes.

pis... Voilà Barthe lui-même qui m'interrompt, et il faut que j'entende la lecture d'une comédie et que je rie.

Eh bien, mon amie, il a lu sa comédie, et j'ai ri ; c'est le genre de Molière pour le fond avec le ton d'aujourd'hui. Vous croyez qu'il n'y avait plus rien à dire sur les maladies et les médecins ; vous verrez.

Le pis pour Thomas et pour moi, c'est qu'on ignorait qu'il eût concouru ; c'est qu'il a des ennemis dans l'Académie; c'est que, parmi les Eloges, il y en a de la plus grande force et qu'on pourrait bien préférer au sien ; c'est que, quelque bien fondée que cette préférence puisse être, à moins qu'elle ne soit justifiée par un suffrage universel, Thomas croira toujours que c'est mon indiscrétion qui lui ôte le prix et qui peut-être l'éloigné de l'Académie, où il eût été reçu s'il ne se fût retiré lorsque Marmontel se présenta1. Je verrai Marmontel aujourd'hui; je ne lui dirai que deux mots, mais ils sont propres à faire impression : c'est qu'il risque, si Thomas n'est pas couronné et qu'il le mérite, à passer non seulement pour un homme sans goût, reproche qu'il partagera avec le reste des juges, mais pour un ingrat, reproche infiniment plus cruel, qui restera sur lui seul.

Vous croyez que c'est là tout? Franchement, c'en était bien assez ; mais écoutez. Je vais avant-hier dîner chez le baron. Après le dîner, Marmontel me tire à l'écart et me dit : u Mon ami, je suis perdu. — Qu'est-ce qu'il y a? — Je suis perdu, on a une copie de mon poème2. C'est Damilaville qui l'a dit à Merlin3, et c'est Merlin qui me l'a dit. Je ne l'ai prêté qu'à vous et à un autre. Ne l'avez-vous confié à personne ? — Non, je l'ai lu à des amis, mais je ne le leur ai pas laissé. Grimm, Mme d'Epinay, Damilaville, M. de Saint-Lambert '* l'ont lu, mais sous mes yeux. Qui est-ce cet autre à qui vous l'avez encore confié? — J'étais

i. Sur Marmontel, voir page 178, note 3. Il était entré à l'Académie en 1763, malgré l'opposition des ennemis des philosophes, qui engageaient vivement Thomas à se présenter; mais celui-ci avait refuse de se faire l'instrument de la cahale dirigée contre son ami.

2. Marmontel avait composé un poème fort lihre qu'il ne destinait pas à la publication ; il avait peur qu'on n'en prît une copie et qu'on ne l'imprimât malgré lui.

3. Sur Damilaville, voir page n5, note 1. Merlin n'est pas connu.

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