Amédéc Van Loo, fils du
célèbre Jean-Baptiste Van Loo (1684-1745), venait de peindre à Berlin le portrait du roi de
Prusse. Il était le frère de Michel Van Loo, qui lui était bien supérieur.
tiste, que vous connaissez mieux que moi. Il attend qu'on lui fasse signe. Il n'est pas riche. Il a une femme et une poussinée d'enfants ; et je le croirais au moins aussi propre que Michel, son frère, à conduire une école.
Est-ce là tout? Non, je vous confie en secret que le prince de Galitzin travaille à mettre en russe la vie des plus célèbres peintres italiens, flamands et français ; tâche à laquelle il trouve toutes les difficultés d'une langue qui n'est pas faite et qu'il fera.
Puisque je suis en train et qu'il me reste encore de la marge, disons tout, ne fût-ce que pour ne pas envoyer si loin du papier blanc. Les ânes fourrés de Sorbonne ont extrait trente-sept impiétés de Bélisaire1, parmi lesquelles celle-ci : « La vérité brille de sa propre lumière, et les esprits ne s'éclairent point par la flamme des bûchers ; » d'où vous voyez que ces tigres, que j'appelais des ânes, sont toujours également altérés de sang hérétique, et qu'ils ont un grand goût pour les autodafés. On a beaucoup murmuré, mais comme les philosophes ont vu qu'on ne poursuivait pas ces onagres 2 à coups de pierre dans les rues, ils se sont mis à leur jeter de la boue, et à présent que je vous parle, les fourrures sorboniques en sont honnêtement mouchetées.
On a fait l'épitaphe du comte de Gaylus 3 en deux vers d'une harmonie tout à fait analogue au caractère de l'homme :
Ci-gît un antiquaire acariâtre et brusque.
Ah ! qu'il est bien placé dans cette cruche étrusque !
Si l'on vous dit que ces deux vers sont de moi, c'est une médisance.
Adieu, adieu; voilà Mme Diderot qui dit que je vous fais un livre, et non pas une lettre.
i. Bélisaire, roman philosophique de Marmontel, que la Faculté de théologie venait de condamner.
2. Le bon goût et la justice exigeraient plus de modération, mais on songera que Diderot parle
ici dans l'ardeur de la lutte.
3. Le comte de Caylus (1692-1765), antiquaire et critique d'art célèbre.
Les deux vers sont probablement de Diderot, malgré ses dénégations.