‹ Lettres du XVIIIe siècleChapitre 258 sur 381 · Roland · texte numérisé non relu

Roland

seconds sont trop lents ou trop lâches, et nous ne pourrons soulever le fardeau à nous seuls.

Je ne sais si la nomination des juges * obligera bientôt notre ami de retourner dans cette ville ; jusque-là nous n'avons de projets que pour notre domaine et les travaux de cabinet, et déjà notre existence sera modifiée suivant notre situation. Redevenus fermiers, nous rendons aux soins agraires et domestiques l'activité que nous donnions aux spéculations politiques. Cependant j'avoue qu'à mon arrivée la campagne m'a paru triste ; les fleurs du printemps sont passées, celles de l'automne ne sont pas encore venues, et l'été de ce climat n'a que des ardeurs stériles. Nous n'avons point de ces grandes scènes champêtres, de ces lieux romantiques,

Where heav'nly pensive contemplation dwells And ever musing Melancholy reigns 2.

Le pays est austère, sans majesté ; le sol y est dur et ingrat ; c'est la retraite du sage laborieux qui se fait un bonheur sévère et qui embellit son séjour par sa conscience bien plus qu'il ne reçoit de ses entours des impressions délicieuses. Mais passé le premier moment où cette âpreté fait quelque peine, la raison s'accommode de l'ensemble, et le cœur, toujours électrisé dans les champs, même les plus agrestes, fait aisément les frais du reste.

Notre ami a repris son travail sur les pelleteries; je vais étudier les mœurs de ces pauvres animaux que le besoin des contrées boréales et le luxe de nos pays tempérés fait chasser pour leurs fourrures3 ; l'aimable botanique aura quelques-uns de mes regards, et je conserve sur ma table Thompson et le Tasse 4 pour ne pas oublier entièrement leurs langues.

J'ai dans ce moment devant ma fenêtre, mais à un éloi-

1. L'Assemblée constituante avait rendu les fonctions de juge électives.

:>.. Vers fin poète anglais Pope fifWH-ij^) : " Où divinement pensive la rêverie se prolonge, où la Mélancolie rè^ne sans cesse et médite. »

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