Roland et ses amis
',. Journaliste lyonnais, qui
é] -a pins tard Eudora Roland
(voir noie :>. pair»' 34i) et publia les Mémoires de M" Roland (voir la note /, de la page 369).
vignerons, qui ont été courbés toute l'année sur leur pioche, paraissent satisfaits de recueillir cette modique subsistance achetée par tant de sueurs, vous en seriez attendri. Quand verrons-nous les gouvernements tellement organisés que le sort de l'homme rustique soit accompagné de toute la félicité que lui méritent ses travaux et sa simplicité ! Il me semble que les législateurs ne se reportent pas assez souvent dans les campagnes; embarrassés dans le mécanisme de l'administration, obsédés d'une foule de choses et de gens subsidiaires, ils perdent trop aisément de vue la base de l'édifice et la sévère économie qui peut seule l'assurer.
Depuis que vous nous avez quittés, j'ai pris pour lecture le procès-verbal des électeurs de 89 ; j'aime à me retracer ces grandes scènes, ces moments sublimes et solennels où tout un peuple indigné brise ses fers et reprend ses droits; j'aime à voir, dans les noms de ceux qui se sont généreusement dévoués à cette terrible époque, le nom d'un ami qui nous est devenu si cher; c'est ajouter au grand mérite d'une superbe histoire l'intérêt touchant d'un sentiment particulier, c'est réunir au patriotisme qui généralise, élève les affections, le charme de l'amitié qui' les embellit toutes et les perfectionne encore.
J'ai vu quelque part que l'Opéra de Londres a donné dernièrement une représentation de la fédération française au Champ de Mars ; c'étaient des bravos sans fin et un enthousiasme inexprimable dans les spectateurs ; des députés d'une société de Bretagne1 à celle de la Révolution de Londres 2 y étaient présents et furent accueillis, fêtés en frères, en hommes libres, par des hommes qui se connaissent en liberté.
i. Il s'agit sans doute ici d'une société révolutionnaire de Bretagne, et non du célèbre club Breton, qui, fondé par les députés de cette province aux premiers jours de la Révolution, donna naissance ensuite à deux sociétés divergentes, la Société de 89 (Feuillants) et la
Société des Amis de la Constitution (Jacobins).
2. Société fondée par les partisans anglais de la Révolution française, et sur laquelle, jusqu'en 17112.
on compta beaucoup pour une alliance éventuelle de la France et de l'Angleterre.
Paris, le i5 mars 1791.
Il y avait peu de jours que notre première de cette ville vous avait été adressée, lorsque nous avons reçu celle de vos lettres qui nous apprend votre retour à Londres1, vos projets ultérieurs, et votre constance à poursuivre leur exécution. Celle-ci ne sera pas troublée par une prochaine convocation de la seconde législature ; il n'est pas vraisemblable que l'Assemblée nationale ait fini sous quatre mois les travaux constitutionnels, et, assurément, aucun de ses membres ne saurait assigner l'époque de cet achèvement2. Tous et chacun travaillent au jour le jour, à bâtons rompus, sans ordre prévu et souvent au rebours de celui qui avait été arrêté ; c'est une grande machine mise en jeu par les circonstances et dont les effets seraient difficilement calculés. Malheureusement ce qui paraît le plus clair aujourd'hui, c'est que la masse s'altère et se corrompt toujours davantage, en même temps qu'elle est plus livrée à elle-même. Le peuple a fait la Révolution par lassitude de l'esclavage ; la nation éveillée a forcé ses représentants de s'élever à la hauteur où l'indignation l'avait portée ; maintenant que les bases de la constitution sont posées, elle regarde faire les législateurs qu'elle s'est donnés ; ceux-ci, abandonnés à leurs propres facultés, ne sont plus généralement que les hommes médiocres ou corrompus du régime passé...
89 ou les impartiaux 3 sont devenus nos plus dangereux ennemis ; leur nombre s'est prodigieusement accru ; il y a, parmi eux, une faction puissante qui regrette les pas que nous avons faits vers la démocratie ; qui tend à faire rendre, le plus qu'il lui sera possible, au pouvoir monarchique ; qui voudrait que nous nous rapprochassions du
1. Bancal était alors en Angleterre — Sur le premier séjour des Roland à Pari-, voir la notice.
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