A M. BANCAL DES ISSARTS
Au clos La Platière, i3 octobre 1790.
J'ai reçu hier, bon et digne ami, votre lettre du 5, expédiée par Paris ; vous aurez eu maintenant de nos nouvelles, et par l'ami Lanthenas1 qui vous a écrit d'ici, et par mon bon ami2 qui a dû répondre de Lyon à votre première. Je prends votre seconde pour moi et je vous renvoie la balle; peut-être nos voyageurs3 arriveront-ils avant que j'aie terminé mon expédition, car ils ne m'ont point donné signe de vie depuis leur départ et j'en augure un très prochain retour.
Je suis pourtant un peu scandalisée de ce parfait silence, j'ai peine à y croire, j'ai fait renverser les poches du commissionnaire, en songeant à la trouvaille faite la veille, au fond d'une besace qui va souvent à la ville, d'une lettre de Champagneux v, datée du mois de septembre; mes recherches ont été vaines et je suis dans l'attente.
J'imagine que nos patriotes apostolisent de leur mieux, je ne sais s'ils feront beaucoup de fruits. Je suis tout occupée de ramasser ceux de l'année; ces soins économiques ne me déplaisent pas, ils sont vraiment dans notre destination naturelle, et, malgré ce qu'il y a de pénible dans ces tracas champêtres, j'échangerais bien contre eux toute la science des hommes et toutes les écritoires des savants. La récolte ne sera pas fort abondante ; mais elle aura un bon prix ; si vous voyiez comme nos pauvres
1. Lanthenas, médecin, ami intime des Roland (voir page S^o, note 4) ; il fut membre de la Convention, où il se révéla comme un caractère des plus médiocres.