‹ Lettres du XVIIIe siècleChapitre 269 sur 381 · Voir la lettre précédente · texte numérisé non relu

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bune si longtemps qu'on a dû voir avec indignation le dessein de faire perdre la séance en tumulte, et d'ôter aux autres orateurs le moyen déparier. Enfin, Brissot a paru ; Brissot, que des jaloux et l'austérité de ses principes n'ont fait écouter quelquefois qu'avec défaveur aux Jacobins, où d'ailleurs il va rarement ; Brissot a entrepris de prouver les vices de la doctrine des royalistes sur l'inviolabilité, mais après avoir établi préliminairement que les patriotes monarchistes et républicains ne différaient point au fond, que tous voulaient également la constitution, dont les bases sont républicaines et les formes représentatives ; il a fait voir ensuite que même en admettant l' inviolabilité , telle qu'elle est décrétée, elle n'est point applicable dans ce cas-ci ; il s'est appuyé de l'exemple des Anglais que nos adversaires avaient voulu citer, et il a bien prouvé que le roi pouvait être jugé ; la seconde partie de son discours a été employée à établir qu'il devait l'être ; il a passé en revue toute l'Europe pour démontrer que la crainte des puissances étrangères ne devait point nous arrêter dans ce que la justice et la raison exigeaient de nous à cet égard. Il a traité ces grandes questions avec tous les moyens du savoir et d'un grand talent, avec toute la force de la raison, l'empire du sentiment, l'autorité de la vertu ; ce n'était plus un simple orateur, c'était un homme libre, défendant la cause du genre humain avec la majesté, la noblesse et la supériorité du génie même de la liberté. Il a convaincu les esprits, électrisé les âmes, commandé ce qu'il a voulu ; ce n'étaient pas des applaudissements, c'étaient des cris, des transports; trois fois l'assemblée entraînée s'est levée tout entière, les bras étendus, les chapeaux en l'air, dans un enthousiasme inexprimable. Périsse à jamais quiconque a ressenti ou partagé ces grands mouvements et qui pourrait encore reprendre des fers! Mais cela ne saurait être. On a arrêté que le discours serait imprimé au nom de la Société, des exemplaires envoyés à tous les membres de l'Assemblée nationale, à toutes les sections1 de Paris, à

i. Divisions administratives de I ranle-buit par l'Assemblée consti- Paris, instituées au nombre de qua- 1 tuante (22 juin 1790).

tous les bataillons ', à tous les déparlements et aux sociétés affiliées : on avait ajouté « à toutes les municipalités de l'empire 2 » ; la longueur du tirage a empêché ou plutôt une petite tourbe s'est servie de ce prétexte pour circonscrire, s'il lui était possible, un succès qui fait son désespoir et qui n'a pas d'exemple.

Les comités sont déconcertés. Si l'Assemblée corrompue brave cette opinion, elle se perd elle-même ; ce qui, isolément, ne serait pas un grand mal, puisqu'elle ne vaut plus rien ; mais ce qui nous jetterait infailliblement dans des crises terribles. Je me suis hâtée de vous esquisser ce triomphe de la raison dont j'espère d'heureux effets. Aujourd'hui nous sommes occupés de celui de Voltaire3; puisse une nation sensible, habituée maintenant à de sublimes élans, éviter tous les pièges qui pourraient la faire retomber dans le néant de l'esclavage ! — Enfin, j'ai vu le feu de la liberté s'allumer dans mon pays ; il ne saurait s'éteindre ; les derniers événements l'ont alimenté, les lumières de la raison se sont unies à l'instinct du sentiment pour l'entretenir et l'augmenter; il faudra bien qu'il dévore jusqu'aux restes du despotisme et qu'il fasse crouler tous les trônes. Je finirai de vivre quand il plaira à la nature, mon dernier souffle sera encore le souffle de la joie et de l'espérance pour les générations qui vont nous succéder.

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