A propos d'une augmentation du ! rapport avec Buffon
accompagné de quelque personne raisonnable. Que deviendriez-vous seul, si vous tombiez malade en chemin? Ne vous pressez pas de partir; ne vous pressez pas dans la route; mangez peu, et ne mangez que des choses saines et peu de viande ; encore moins de liqueur ou de vin trop fort. Je ne vous attends que pour le 7; c'est le jour de ma naissance, et ce sera celui de mon bonheur, si je vous embrasse en bonne santé de corps et de tête, car vous avez besoin de rétablir tous deux.
Buffon.
NOTICE
On ne saurait être tenté de dire de l'auteur du Contrat social et de Y Emile, comme on l'a dit quelquefois de Voltaire, que sa Correspondance est la meilleure partie de son œuvre.
C'est d'abord, sans doute, que, si grande qu'ait été l'influence de son génie sur le développement de notre littérature, Rousseau n'a pas tenu dans le monde autant de place que Voltaire ; c'est aussi qu'il avait l'esprit moins souple et moins curieux : les lettres de Rousseau ne nous entretiennent que de Rousseau, et par-dessus tout des persécutions et des inimitiés auxquels il a été ou il a cru qu'il était en butte. Mais la vraie raison de cette infériorité, c'est que les lettres de Rousseau n'ont plus beaucoup à apprendre sur son esprit et ses sentiments à qui connaît ses œuvres principales. Quelque chose que Voltaire ait laissé paraître de ses opinions dans ses livres, on ne connaît pas Voltaire lui-même, avec la vivacité et l'extrême mobilité de ses passions, pour avoir lu le Siècle de Louis XIV et Zaïre, voire YEssaissur les mœurs et Mahomet, Candide et le Traité sur la tolérance. Au contraire
Cahex. — Lettres du xvme siècle. 22
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Jean-Jacques Rousseau.
jamais écrivain ne s'exprima lui-même dans ses œuvres plus au vif que Rousseau. Jamais il n'y eut d'union plus intime entre les livres et les sentiments d'un auteur. On vante avec raison l'écrivain qui a su le premier trouver des mots appropriés pour rendre ces impressions fugaces et profondes dont une âme naturellement fière et rêveuse ne peut se défendre en présence des beaux spectacles de la nature. Mais cette nature, qu'il a tant célébrée, c'est surtout comme un refuge qu'il l'a aimée, comme une consolatrice, comme une amie qui ne trompe pas ; comme une confidente muette qui se laisse interroger sans jamais contredire; comme un tableau mouvant et docile qui revêt tour à tour toutes les couleurs de l'imagination même qui le contemple et l'interprète. Quelle différence avec cette société factice dont la politesse mensongère et compliquée est une blessure pour l'orgueil plébéien de Rousseau, lors même qu'elle lui fait accueil! Incapables en effet de se réformer ou de s'assouplir, la gaucherie et la rudesse du citoyen de Genève s'opiniàtrent et prétendent se justifier. C'est ainsi qu'il est conduit tout à la fois à se détourner des salons pour ne vivre en communion qu'avec la nature, et à s'opposer, dans son individualité d'être sorti libre et bon des mains du Créateur, à la société artificielle des hommes. Cette société qu'il déteste, Rousseau, ce pur théoricien, ce pur idéaliste, ne s'efforce pas, quoi qu'on en ait dit, il ne croit probablement même pas possible, de la réformer en fait hic et nunc. Mais il reste que nul penseur n'a été plus fortement pénétré du sentiment de la valeur propre de l'individu ; nul n'a cherché davantage à le dégager en idée des influences multiples qui l'oppriment ou le déforment. Ainsi ses théories sont d'accord avec ses instincts, et ce sont ses besoins les moins avoués peut-être, mais les plus intimes, qui lui inspirent ses plus originales constructions.
S'il en est ainsi, si l'union s'est faite si complète entre la vie de Rousseau et ses œuvres, que resterait-il à la correspondance à nous apprendre, et de quoi l'écrivain lui-même a-t-il pu remplir ses lettres, que de menues récriminations, de menus incidents, où les questions de personnes tiennent la plus grande place, et dont l'intérêt a dû s'évanouir un moment après qu'ils ont été soulevés? Ajouterons-nous, ce dont sans doute on ne s'étonnera pas, que le tour des lettres de Rousseau est souvent aussi peu aisé que les sujets en sort mesquins?
N'allons pas cependant jusqu'à l'injustice. Outre qu'il est plus d'un billet de Rousseau net et bien tourné, et plus d'une lettre étendue qui rappelle l'éloquence de ses plus belles pages, la Correspondance complète plus d'une fois les Confessions, et plus d'une fois aussi permet de les corriger. Les Quatre lettres à M. de Malesherbes, par exemple, ne sont pas seulement un des chefs-d'œuvre de notre langue ; elles contiennent bien, comme l'auteur lui-même l'affirmait, « le vrai tableau de son caractère et les vrais motifs de toute sa conduite. » — Et l'inimitié qui, presque dès ses premiers succès, le sépara de Voltaire, l'hostilité nécessaire de ces deux esprits si peu faits pour se comprendre, où éclate-t-elle mieux que dans ces lettres solennelles, déclamatoires et sincères, que Rousseau adresse à Voltaire ou dans lesquelles il parle de lui? — C'est encore à travers la correspondance qu'il faut suivre l'histoire de ses ouvrages et les vicissitudes de ses exils. — En un mot, qui veut étudier Rousseau, c'est surtout par ses œuvres qu'il doit chercher à le connaître. Mais la correspondance est, aux œuvres, un commentaire, sinon suffisant, du moins nécessaire et parfois attachant l.