‹ Lettres du XVIIIe siècleChapitre 304 sur 381 · A VOLTAIRE · texte numérisé non relu

A VOLTAIRE

Montmorency, le 17 juin 1760.

Je ne pensais pas, monsieur, me retrouver jamais en correspondance avec vous. Mais apprenant que la lettre que je vous écrivis en 1756 a été imprimée à Berlin 2, je

1. « Diderot, ayant très imprudemment olïensé *Mme la princesse de Robeck. fille de M. de Luxembourg, Palissot, qu'elle protégeait, la vengea par la comédie des Philosophes, dans laquelle je fus tourné en ridicule, et Diderot extrêmement maltraité. L'auteur m'y ménagea davantage, moins, je pense, à cause de l'obligation qu'il m'avait, que de peur de déplaire au père de sa protectrice, dont il savait que j'étais aimé. Le libraire Duchesne, qu'alors je ne connaissais point, m'envoya cette pièce quand elle fut imprimée ; et je soupçonne que ce fut par l'ordre de Palissot, qui crut peut-être que je verrais avec plaisir déebirer un nomme avec lequel j'avais rompu.

Il se trompa fort. En rompant avec Diderot, que je croyais moins me- !

ebant qu'indiscret et faible, j'ai toujours conservé dans l'âme de l'attachement pour lui, même de l'estime et du respect pour notre ancienne amitié, que je sais avoir été longtemps aussi sincère de sa part que de la mienne. » (Confessions, II, x.) — Palissot (1730-1814).

avait précédemment attaqué Rousseau dans une petite comédie, le Cercle (1755) : le roi Stanislas, devant qui la pièce fut représentée, s'en montra fort mécontent, et c'est Rousseau lui-même qui intervint en faveur de l'auteur (c'est à quoi il fait allusion dans le passage qu'on vient de lire). La comédie (les Philosophes (1760) est une satire aussi plate que faiblement composée, et qui ne dut qu'au scandale son succès éphémère.

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