‹ Lettres du XVIIIe siècleChapitre 308 sur 381 · A M. PHILIBERT CRAMER · texte numérisé non relu

A M. PHILIBERT CRAMER

Moliers. i3 octobre 1764.

Je viens, monsieur, de tirer sur vous, selon la permission que vous m'en avez donnée, une lettre de treize cents livres de France, à dix jours de vue, payable à l'ordre de MM. Borel, Bosset et (ruyenet4. Agréez mes excu-

1. Instrument «le musique à clavier, qui a été remplacé par le piano.

'j.. C'est-à-dire le moment où il mourra, où il sentira son âme

débarrassée du fardeau de son corps malade.

W. Libraire de Genève.

',. C'est-à-dire qu'il a envoyé en manière de payement ou pour ob-

ses et mes remerciements des soins que vous a donnés cette petite affaire.

Mes écrits ne peuvent plaire qu'à ceux qui les lisent avec le même cœur qui les a dictés. Ce dont je me glorifie en moi-même avec quelque orgueil est qu'ils me font aimer des bons et haïr des méchants. Il faut censurer mes fautes et corriger mes erreurs; j'en ai fait beaucoup, mais il faut aimer mes sentiments parce qu'ils sont bons el honnêtes. Je suis bien aise, monsieur, pour l'un et pour l'autre, que cette justice que vous me rendez vous mette au nombre de ceux que je dois aimer à mon tour: c'est, j'espère, un devoir que je remplirai sans peine.

Vous dites très bien qu'il est impossible de faire un Emile : mais pouvez-vous croire que c'ait été là mon but et que le livre qui porte ce titre soit un vrai traité d'éducation? C'est un ouvrage assez philosophique sur ce principe avancé par l'auteur dans d'autres écrits, que l'homme est naturellement bon.

Pour accorder ce principe avec cette autre vérité non moins certaine que les hommes sont méchants, il fallait dans l'histoire du cœur humain montrer l'origine de tous les vices. C'est ce que j'ai fait dans ce livre *, souvent avec justesse et quelquefois avec sagacité. Dans cette mer des passions qui nous submerge, avant de boucher la voie, il fallait commencer par la trouver 2.

Je vous salue, monsieur, de tout mon cœur.

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