‹ Lettres du XVIIIe siècleChapitre 32 sur 381 · A M. L'ABBÉ DUBOS K · texte numérisé non relu

A M. L'ABBÉ DUBOS K

A Cirey, le 3o octobre 1738.

Il y a déjà long-temps, monsieur, que je vous suis attaché par la plus forte estime ; je vais l'être par la reconnaissance. Je ne vous répéterai point ici que vos livres doivent être le bréviaire des gens de lettres, que vous êtes l'écrivain le plus utile et le plus judicieux que je connaisse; je suis si charmé de voir que vous êtes le plus obligeant, que je suis tout occupé de cette dernière idée.

Il y a longtemps que j'ai assemblé quelques matériaux pour faire l'histoire du siècle de Louis XIV2. Ce n'est point simplement la vie de ce prince que j'écris, ce ne sont point les annales de son règne, c'est plutôt l'histoire de l'esprit humain, puisée dans le siècle le plus glorieux à l'esprit humain.

Cet ouvrage est divisé en chapitres ; il y en a vingt environ destinés à l'histoire générale ; ce sont vingt tableaux des grands événements du temps. Les principaux personnages sont sur le devant de la toile ; la foule est dans l'enfoncement. Malheur aux détails ! la postérité les néglige tous ; c'est une vermine qui tue les grands ouvrages. Ce qui caractérise le siècle, ce qui a causé des révolutions, ce qui sera important dans cent années, c'est là ce que je veux écrire aujourd'hui.

Il y a un chapitre pour la vie privée de Louis XIV; deux pour les grands changements faits dans la police du royaume, dans le commerce, dans les finances ; deux pour le gouvernement ecclésiastique, dans lequel la révocation de l'édit de Nantes et l'affaire de la Régale 3 sont com-

1. Abbé Dubos (i670-i7'42), historien français. Il s'adonna tout d'abord à la théologie, s'employa plus tard à des missions confidentielles sous les ministères de Torcy et de Dubois et consacra ses années de loisir à l'histoire et à la littérature. Il succéda en 1722 à T)acier comme secrétaire perpétuel île l'Académie française, où il avait été reçu en 1720. Son principal ou-

vrage fut YHisloire critique de l'établissement de la monarchie française dans les Gaules, dont les théories, réfutées par Montesquieu, ont été remises aujourd'hui en honneur par certains historiens.

Page 1