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3. Régale : droit en vertu duquel le roi percevait les revenus des évèchés et monastères vacants et

Caiien. — Lettres du xviue siècle.

prises ; cinq ou six pour l'histoire des arts, à commencer par D'escartes et à finir par Rameau ' .

Je n'ai d'autres mémoires, pour l'histoire générale, qu'environ deux cents volumes de mémoires imprimés que tout le monde connaît; il ne s'agit que de former un corps bien proportionné de tous ces membres épars, et de peindre avec des couleurs vraies, mais d'un trait, ce que Larrey, Limiers, Lamberti, Roussel2, etc., etc., falsifient et délayent dans des volumes.

J'ai, pour la vie privée de Louis XIV, les Mémoires du marquis de Dangeau 3, en quarante volumes, dont j'ai extrait quarante pages ; j'ai ce que j'ai entendu dire à de vieux courtisans, valets, grands seigneurs, et autres, et je rapporte les faits dans lesquels ils s'accordent. J'abandonne le reste aux faiseurs de conversations et d'anecdotes. J'ai un extrait de la fameuse lettre du roi au sujet de M . de Barbézieux4, dont il marque tous les défauts auxquels il pardonne en faveur des services du père : ce qui caractérise Louis XIV bien mieux que les flatteries de Pélisson5.

conférait, pendant les vacances, les I bénéfices alïérents à ces évêchés.

Une discussion relative à l'exercice de ce droit, qui s'éleva entre Innocent XI et Louis XIV, fut l'occasion de la célèbre assemblée du clergé de 1682, qui promulgua les articles fondamentaux de l'Eglise Gallicane.

1. Hameau (1683-1764) illustre compositeur, le plus grand des musiciens français antérieurs à Gluck.

— Voltaire a sensiblement modifié le plan de la dernière partie du Siècle de Louis XIV. Au lieu de terminer en effet l'ouvrage par l'espèce de tableau des progrès de l'esprit humain qu'il semble promettre ici, il affecta de consacrer, avec une nuance marquée de dédain, les derniers chapitres aux querelles religieuses. On sait que le Siècle de Louis XIV ne parut qu'en 1751.

2. Larrei;. Limiers, Lamberli, Roussel, auteurs d'histoires ou de mémoires relatifs au règne de Louis XIV : les deux premiers sont des protestants.

:;. Dangeau (16.38-J720), un des courtisans les plus assidus de

Louis XIV. Aide de camp du roi, membre de l'Académie française et de l'Académie des sciences, protecteur des écrivains, il fut le témoin de tous les grands événements et de toutes les petites intrigues de la cour. Son célèbre Journal va de 1680 à 1720.

4. Barbézieux (1668-1701) : c'était le troisième fils de Louvois. Il n'avait que vingt-trois ans à la mort de son père et néanmoins il lui succéda au ministère de la guerre. Il se montra au début administrateur énergique et habile, mais ne tarda pas à négliger les affaires pour les plaisirs ; le roi écrivit à l'archevêque de Reims, oncle de Barbézieux, une lettre très digne où il se plaignait de la négligence du jeune ministre.

5. Pélisson (1624-1698), ou mieux Pellisson, membre de l'Académie française, dont il écrivit l'histoire :

protégé de Fouquet , il composa pour sa défense trois Mémoires célèbres.

Né calviniste, il se convertit au catholicisme en 1670. En 1668 il avait été nommé historiographe du roi, et c'est lui qui rédigea en grande partie les Mémoires dé Louis XIV.

VOLTAIRE

Je suis assez instruit de l'aventure de Y Homme au masque de fer1, mort à la Bastille. J'ai parlé à des gens qui l'ont servi.

Il y a une espèce de mémorial, écrit de la main de Louis XIV, qui doit être dans le cabinet de Louis XV. M. Hardion2 le connaît sans doute; mais je n'ose en demander communication.

Sur les affaires de l'Eglise, j'ai tout le fatras des injures de parti, et je tâcherai d'extraire une once de miel de l'absinthe des Jurieu, des Quesnel, des Doucin3, etc.

Pour le dedans du royaume, j'examine les mémoires des intendants, et les bons livres qu'on a sur cette matière. M. l'abbé de Saint-Pierre4 a fait un journal politique de Louis XIV que je voudrais bien qu'il me confiât. Je ne sais s'il fera cet acte de bienfaisance' pour gagner le paradis.

A l'égard des arts et des sciences, il n'est question, je crois, que de tracer la marche de l'esprit humain en philosophie, en éloquence, en poésie, en critique ; de marquer les progrès de la peinture, de la sculpture, de la musique, de l'orfèvrerie, des manufactures de tapisserie, de glaces, d'étoffes d'or, de l'horlog,erie. Je ne veux que. peindre, chemin faisant, les génies qui ont excellé

i. L'homme au masque de fer : On connaît l'histoire de ce personnage mystérieux qui fut enfermé à Pignerol, aux îles Sainte-Marguerite, et qui mourut à la Bastille. Voltaire est porté à croire que le masque de fer cachait un frère jumeau de Louis XIV. ayant une 1res grande ressemblance* avec le roi. On est encore réduit à de simples conjectures sur l'identité du « Masque de fer. »

2. Hardion (1686-1766), adjoint au garde des livres du cabinet du roi.

— Le mémorial dont il s'agit est sans doute le discours du roi mourant à son petit-fils. En sa qualité d'historiographe du roi, Voltaire put. en vjQa, obtenir communication de ce document.

3. Jurieu, Quesnel, Doucin. Jurieu (1639-1713), "controversiste calviniste, contre lequel Bossuct a beaucoup écrit. Quesnel (1634-1719), Doucin (mort en 1726) se sont

signalés par les controverses passionnécsqu'ils soutinrent, l'un pour défendre, l'autre pour attaquer les jansénistes.

4. L'abbé de Saint-Pierre i n>58- 1743) s'est rendu célèbre par ses théories philanthropiques et politiques. Entré à l'Académie en i6o5 il en fut exclu en 1718 pour avoir critiqué trop librement Louis XIV dans son Discours sur la Poljjsynodie, ouvrage dans lequel il proposait l'établissement de conseils supérieurs techniques pour remplacer les divers ministères. — Ses Annales politiques, auxquelles Voltaire fait allusion, ne furent publiées qu'en 17^7.

5. « Bienfaisance, dit Liltré. ne se trouve dans le dictionnaire de l'Académie qu'à partir de l'édition de 1762. Ce mot est dû à l'abbé de Saint-Pierre. » Le xvie siècle a cependant employé, avec le même sens, la forme béncficence.

dans ces parties. Dieu me préserve d'employer trois cents pages à l'histoire de Gassendi1! La vie est trop courte, le temps trop précieux, pour dire des choses inutiles.

En un mot, monsieur, vous voyez mon plan mieux que je ne pourrais vous le dessiner. Je ne me presse point d'élever mon bâtiment :

Pendent opéra inlerrupta, minœque

Murorum ingénies

Si vous daignez me conduire, je pourrai dire alors :

JEquataque machina cozlo 2.

{IEneid.y lib. IV, v. 88.)

Voyez ce que vous pouvez faire pour moi, pour la vérité, pour un siècle qui vous compte parmi ses ornements.

A qui daignerez- vous communiquer vos lumières, si ce n'est à un homme qui aime sa patrie et la vérité, et qui ne cherche à écrire l'histoire ni en flatteur, ni en panégyristeT ni en gazetier, mais en philosophe? Celui qui a si bien débrouillé le chaos de l'origine des Français m'aidera sans doute à répandre la lumière sur les plus beaux jours de la France. Songez, monsieur, que vous rendrez service à votre disciple et à votre admirateur.

Je serai toute ma vie, avec autant de reconnaissance que d'estime, etc.

1. Gassendi (i592-i655), philosophe français, qui essaya de concilier les enseignements du christianisme avec la doctrine épicurienne.

2. Voici le vrai sens de ces deux vers de Virgile : « Les travaux interrompus restent en suspens, murailles au faîte élevé, échafaudage qui touche au ciel. » Mais Voltaire,

en coupant en deux la citation semble vouloir dire à peu près ceci :

« Maintenant mon travail reste en suspens, comme les murs au faîte élevé de cette ville de Carthage que la Didon de Virgile n'achève pas de bâtir; mais si vous daignez me conduire, je pourrai dire alors :

mon échafaudage est terminé, touche au ciel. »

VOLTAIRE

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