A M. DE SAINT-VINCENS
A Paris, le i\ novembre ij',6.
J'ai besoin de votre amitié, mon cher Saint-\ incens :
1. Ministre des affaires étran- I au mois d'avril 1744» remplacé par gères depuis 17^7. Il devait être, | Voyer d'Argenson.
toute la Provence est armée1, et je suis ici bien tranquillement au coin de mon feu ; le mauvais état de mes yeux et de ma santé ne me justifie point assez, et je devrais être où sont tous les gentilshommes de la province. Mandez-moi donc, je vous prie, incessamment, s'il reste encore de l'emploi dans nos troupes nouvellement levées2, et si je serais sûr d'être employé, en me rendant en Provence. Si je m'étais trouvé à Aix, lorsque le parlement a l'ait son régiment, j'aurais peut-être eu la témérité de le demander. Je sais combien il y a de gentilshommes en Provence, qui, par leur naissance et par leur mérite, sont beaucoup plus dignes que moi d'obtenir cet honneur; mais vous, mon cher Saint- Vincens, Monclar3, le marquis de Vence *, m'auriez peut-être aidé de votre recommandation, et cela m'aurait tenu lieu de toutes les qualités qui me manquent. Je ne vous dis pas à quel pointj'aurais été flatté d'être compté parmi ceux qui serviront la province dans ces circonstances; je crois que vous ne doutez pas de mes sentiments. Je vous remets, mon cher ami, la disposition de tout ce qui me regarde : offrez mes services, pour quelque emploi que ce soit, si vous le jugez convenable, et n'attendez point ma réponse pour agir; je me tiendrai heureux et honoré de tout ce que vous ferez pour moi et en mon nom. Je n'ai pas besoin de vous en dire davantage; vous connaissez ma tendre amitié pour vous, et je crois pouvoir toujours compter sur la vôtre.
A Paris, le 11 février 17^7.
Je me réjouis avec vous, mon cher Saint- Vincens, el avec tous les bons citoyens, de l'expulsion des ennemis5.
1. Eal armée, pour repousser l'invasion des troupes piérnontaises et impériales.
■2. Il s'agit des troupes (pie la province elle-même avait mises sur pied, en nt tendant des renforts.
L'année royale n'avait pas plus de onze mille hommes à opposer aux quarante mille Austro-Sardes, de-
puis que les Espagnols, nos alliés, nous avaient abandonnés, pour aller couvrir la Savoie, dont ils étaient maîtres encore. (Gilbert.)