‹ Lettres du XVIIIe siècleChapitre 330 sur 381 · A MADAME LA MARQUISE DU DEFFAND · texte numérisé non relu

A MADAME LA MARQUISE DU DEFFAND

Paris, 22 décembre 1752.

Voilà, madame, un bien gros paquet *, qui ne vous dédommagera guère de ce qu'il vous coûtera de port2 ; mais puisque vous voulez avoir mes lettres et celle de M. d'Argens sur la proposition que le roi de Prusse m'a faite 3, les voilà : je vous prie de me les renvoyer quand vous n'en aurez plus affaire. Le bruit commence à se répandre ici que j'ai refusé cette présidence. L ne personne que je connais à peine, me dit hier qu'elle en avait reçu la nouvelle par une lettre de Berlin ; je lui répondis que je ne savais pas ce qu'elle me voulait dire. Après tout, que cela se répande ou ne se répande pas, je n'en suis ni fâché ni bien aise. Je garderai au roi de Prusse son secret, même lorsqu'il ne l'exige plus, et vous verrez aisément que mes lettres n'ont pas été faites pour être vues du ministère de France'*; je suis bien résolu de ne lui pas demander plus de grâces qu'aux ministres du roi de Congo, et je me contenterai que la postérité lise sur mon tombeau : Il fut estimé des honnêtes gens, et est mort pauvre, parce qu'il Va bien voulu. Voilà, madame, de quelle manière je pense. Je ne veux braver ni aussi flatter les gens qui m'ont fait du mal, ou qui sont dans la disposition de m'en faire ; mais je me conduirai de manière que je les réduirai seulement à ne me pas faire du bien. Vous trouverez dans l'ouvrage que je vous donne 5 des choses vraies et hardies, mais sages; j'ai surtout évité d'y offenser per-

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