‹ Lettres du XVIIIe siècleChapitre 331 sur 381 · Les malveillants auraient pu · texte numérisé non relu

Les malveillants auraient pu

croire que d'Alembert n'avait décliné les propositions du roi de Prusse que pour faire valoir sou refus auprès de la cour de France et obtenir d'elle quelque titre ou quelque pension.

5. Essai sur la société des gens de lettres avec les grands (voir la note 3 de la page 171).

sonne ; mais j'ai peint nos ridicules et nos mœurs, surtout celles des Mécènes, avec la franchise

D'un soldat qui sait mal farder la vérité*...

Votre lettre m'a fait d'autant plus de plaisir, qu'elle me fait croire que vous vous portez mieux. Il fallait en vérité être bien malade, pour ne pas s'ennuyer à la vie que vous meniez depuis neuf mois 2, et je commence à croire que vous ne l'êtes plus, puisque cette vie commence à vous déplaire... Je vous verrai à Paris le plus souvent qu'il me sera possible, mais je n'irai guère dîner avec vous que quand vous ne craindrez pas que je vous ennuie tête à tête ; car je suis devenu cent fois plus amoureux de la retraite et de la solitude, que je ne l'étais quand vous avez quitté Paris. Je dîne et soupe chez moi tous les jours, ou presque tous les jours, et je me trouve très bien de cette manière de vivre. Je vous verrai donc quand vous n'aurez personne, et aux heures où je pourrai espérer de vous trouver seule ; dans d'autres temps, j'y rencontrerais votre président 3, qui m'embarrasserait parce qu'il croirait avoir des reproches à me faire, que je ne crois point en mériter, et que je ne veux pas être dans le cas de le désobliger, en me justifiant auprès de lui. Ce que vous me demandez pour lui4 est impossible, et je puis vous assurer qu'il est bien impossible, puisque je ne fais pas. cela pour vous. En premier lieu, le Discoui*s préliminaire est imprimé, il y a plus de six semaines : ainsi je ne pourrais pas l'y fourrer aujourd'hui, même quand je le voudrais. En second lieu, pensez-vous de bonne foi, madame, que dans un ouvrage destiné à célébrer les grands génies de la nation et les ouvrages qui ont véritablement contribué aux progrès des lettres et des sciences, je doive parler de Y Abrégé chronologique? C'est un ouvrage utile, j'en conviens, et assez commode;

i. Brilannicus, acte I, scène u.

2. M""0 Du Deffand, effrayée de se sentir menacée de cécité, était allée séiourneren province, dans l'espoir d'échapper à son ennui, notamment au château de Chamrond (Saône-et-Loire), propriété de fa-

mille, où elle est probablement née 3. Le président Hénault (voir la

note 3 de la page 56).

ft. De le citer, pour son Abrège

chronologique de l'histoire deFrance.

dans le Discours préliminaire de

Y Encyclopédie.

mais voilà tout en vérité : c'est là ce que les gens de lettres en pensent, c'est là ce qu'on en dira quand le président ne sera plus : et quand je ne serai plus, moi, je suis jaloux qu'on ne me reproche pas d'avoir donné d'éloges excessifs à personne. Si vous prenez la peine de relire mon Discours préliminaire, vous y verrez que je n'y ai loué Fontenelle que sur la méthode, la clarté et la précision avec laquelle il a su traiter des matières difficiles : et c'est là en effet son vrai talent ; Buffon, que sur la noblesse et l'élévation avec laquelle il a écrit les vérités philosophiques : et cela est vrai ; Maupertuis, que sur l'avantage qu'il a d'avoir été le premier sectateur de Newton en France : et cela est vrai ; Voltaire, que sur son talent éminent pour écrire : et cela est vrai; le président de Montesquieu, que sur le cas qu'on fait dans toute l'Europe, et avec justice, de YEsprit des lois : et cela est vrai; Rameau, que sur ses symphonies et ses livres : cela est vrai. En un mot, madame, je puis vous assurer qu'en écrivant cet ouvrage j'avais à chaque ligne la postérité devant les yeux, et j'ai tâché de ne porter que des jugements qui fussent ratifiés par elle.

Celui qui fera l'article Chronologie dans l'Encyclopédie, est bien le maître de dire ce qu'il voudra du président; mais cela ne me regarde pas, et je n'entreprendrai pas même d'en parler, parce que je n'en pourrais dire autre chose, sinon que son livre est utile, commode, et s'est bien vendu. Je doute que cet éloge le contentât. J'ai d'ailleurs été choqué à l'excès du ressentiment qu'il a eu contre moi à cette occasion. Je lui ai envoyé mon livre sur les Fluides1, il n'a pas seulement daigné m'en remercier. C'est à vous, beaucoup plus qu'à lui, que je dois mes entrées à l'Opéra, auxquelles, d'ailleurs, je ne tiens guère, parce qu'on me les a accordées de mauvaise grâce, et qu'on me les a bien fait payer depuis, par la manière dont on s'est conduit dans l'affaire de l'Encyclopédie2 et par les discours qu'on a tenu à mon sujet, mais

i. Traite de l'équilibre et du mou- I pédie venait d'être entravée par un vement des fluides (ij44)- arrêt du conseil du roi (voir la no-

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