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Saint-Florentin, ministre de la maison du roi

3. La constitution Unigenilus, qui | 6. Voir la lettre de la page 438.

D'ALEMIiERT. 443

comptais sur la pension de l'Académie, comme la seule ressource de ma vieillesse. Si cette ressource m'est enlevée il faut que je songe à m'en procurer d'autres, car il est affreux d'être vieux et pauvre. Si vous pouviez savoir les charges considérables et indispensables, quoique volontaires, qui absorbent la plus grande partie de mon très petit revenu, vous seriez étonné du peu que je dépense pour moi; mais il viendra un temps, et ce temps n'est pas loin, où l'âge et les infirmités augmenteront mes besoins. Sans la pension du roi de Prusse, qui m'a toujours été très exactement payée, j'aurais été obligé de me retirer ou à la campagne ou en province, ou d'aller chercher ma subsistance hors de ma patrie. Je ne doute point que ce prince, quand il saura ma position, ne redouble ses instances pour me l'aire accepter la place qu'il me garde toujours de président de son Académie mais le séjour de Potsdam ne convient point à ma santé, le seul bien qui me reste. Je vous avoue que ma situation m'embarrasse. Il est dur de se déplacer à cinquante ans, mais il ne l'est pas moins de rester chez soi pour y essuyer des nasardes. Ce qui vous étonnera davantage, c'est que le ministre qui en agit si indignement à mon égard a dit M. le prince Louis ' qu'il n'avait rien à me reprocher ni pour mes écrits ni pour ma conduite. Le prince Louis voulait aller au roi, qui sûrement ignore cette indignité ; mais il n'en a rien fait, dans a crainte de me nuire auprès du ministre en voulant me servir. Ma seule consolation est de voir que l'Académie, le public, tous les gens de lettres, à l'exception de ceux qui sont l'opprobre de la littérature, ne sont pas moins indignés que vous du traitement que j'éprouve. J'espère que les étrangers joindront leurs cris à ceux de la France et je vous prie de ne laisser ignorer, à aucun de ceux que vous verrez, le nouveau genre de persécution qu'on exerce contre les lettres.

i. Le iirince Louis. On appelait [ bourg (voir la note 2 de la page i\). ainsi celui qui fut plus tard le car- | il était très répandu dans le monde

dinal de Rohan. Ancien coadjuteur 1 et devait, en 1772, être nommé a de son oncle, l'évèque de Stras- 1 bassadeur à Vienne.

Adieu, mon cher et illustre confrère ; je suis très sensible à l'amitié que vous me témoignez ; je crois la mériter un peu par mes sentiments pour vous. J'oublie de vous dire que j'ai écrit au ministre une lettre simple et convenable, sans bassesse et sans insolence, et que je n'en ai pas plus eu de réponse que de l'Académie. Si on attend que je fasse d'autres démarches, on attendra longtemps.

MADAME D'EPINAY

(louise-florence-pétronille tardieu d'esclavelles)

NOTICE

Née en 1720 à Valenciennes, fille d'un officier distingué, noble et sans fortune, Louise d'Esclave lies épousa en 174o son cousin, Louis de la Lived'Epinay, lils d'un fermier général auquel il succéda. Les deux jeunes g" e n s s'aimaient, et la richesse du fiancé semblait devoir assurer à sa femme une existence bien plus brillante que celle sur laquelle la situation médiocre de ses parents lui avait donné le droit de compter. Cemariag-e ne fut pourtant pour Mmcd'Epinay qu'une source de déboires et de chagrins. Trompée, puis ruinée par un mari frivole, inconstant el prodigue, il

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Mme d'Epinay

(d'après le portrait conservé à Genève).

est juste qu'elle trouve dans ses malheurs mêmes l'excuse de ses fautes. Quant à son esprit, ce n'est certes pas l'un des plus originaux de son temps, des plus profonds, des plus pénétrants, des plus féconds; mais c'est un de ceux qui ont été le plus aisément ouverts à toutes choses. Ses idées sur les lettres, les mœurs, la société ne diffèrent guère de celles qu'elle entendit exprimer autour d'elle par les philosophes et les écrivains qui aimaient à fréquenter dans son salon, surtout par ceux d'entre eux qui lui furent le plus chers, Galiani et Grimm ; mais ses hôtes, à leur tour, étaient fiers de son suffrage en même temps qu'ils l'aimaient pour la bonté naturelle de son cœur. Habile à profiter des leçons de tels maîtres, en même temps qu'heureuse de se rendre à son tour utile par ses ouvrages, elle publia, avec des Lettres à son /ils, ces Conversations d'Emilie qui furent célèbres en leur temps et qui assurent encore à leur auteur une belle place dans l'histoire de « l'éducation des femmes par les femmes. » Mais ses lettres, qu'elle avait elle-même pour la plupart encadrées dans un long récit de sa vie, restent la partie la plus intéressante, la plus vivante de son œuvre. Elles ne sont pas toutes exemptes de recherche ; mais elles charment la plupart du temps par un air de malice aimable ou de touchante sincérité. Ajouterons-nous qu'il n'est guère de document plus précieux pour qui voudrait retracer avec animation l'histoire des mœurs dans la seconde partie du xvme siècle1.

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