Tragédie en cinq actes et en vers
5. Jugement beaucoup Irnp sévère. Alzire est, après Zaïre, la tragédie la plus touchante de Voltaire. Elle est pleine de mouvement et même de beaux vers.
Il est vrai qu'on y disserte un peu trop et que les caractères y sont plus romanesques que conformes à
la vérité historique et à la nature..
Mais que veut dire Galiani avec son « Gusman, qu'on devrait détester », et son « Zamore, qu'on devrait aimer » ? Pourquoi veut-il à toute force que Voltaire ait conçu des personnages très simples et animés, dans tout le cours de la pièce, d'un seul sentiment? Est-il contraire à la nature qu'un homme,, né d'un sang noble, puisse conserver quelque générosité tout en étant cruelT ou qu'un cœur, naturellement généreux, se laisse un jour égarer par la passion?
6. Rappelons que Gusman est un Espagnol fanatique, qui prétend épouser Alzire, fille de 1 Américain Montèze et fiancée à Zamore.
Celui-ci tue Gusman, qui meurt en lui pardonnant ; mais il avait précédemment sauvé de la mort le père de Gusman, Alvarez, fervent chrétien comme son fils, mais humain et tolérant.
des richesses et sur les intèrêtsde V Europe mal entendus . Montèze, ni Américain, ni Espagnol, ni sauvage, ni chrétien ; on ne sait ce que c'est, si ce n'est un imbécile. Alvarez, faible et pleureur, n'a rien, ni du courage, ni de la fierté castillane, fonds de caractère qu'il aurait fallu lui conserver. Après l'assassinat de son fils, il est dégoûtant : c'est un égoïsme impardonnable de voir en Zamore plus le sauveur de sa vie que l'assassin de son fils. Il valait bien mieux pardonner à son assassin, qui aurait sauvé la vie à son fils. Pour Alzire, on ne saurait lui contester d'être une des meilleures théologiennes de son siècle: elle disserte sur la religion, le suicide, le sacrement de mariage, mieux que Sanchez et saint Thomas ; mais son rôle est si hors de nature et de vraisemblance dans une Indienne de seize ans, qu'il en est impossible à jouer hors de Paris, où l'idée de la nature est souvent effacée tout à fait dans le sexe féminin. Ceci est mon sentiment, et pas celui de mes compatriotes, qui n'en savent pas si longque moi là-dessus. Pour petite pièce Zénéide\ qui fut sifflée.
A la huitième représentation le Misanthrope, qui eut beaucoup d'applaudissements, quoique tout le monde n'y trouvât rien de nouveau, parce que Molière a tant été pillé, volé, imité par nos comédiens italiens, qu'il en est devenu usé à nos oreilles. Pour petite pièce, l'Épreuve de Marivaux; succès médiocre2.
A la neuvième représentation, le Dépit amoureux de Molière, qui plut beaucoup. Ensuite la Partie de chasse de Henri IV*. Cette pièce a eu un très grand succès; mais les deux derniers actes étant la même chose tout à fait que le Roi et le Fermier", je trouve, moi, Sedaine bien supérieur à Collé. De grâce, des deux pièces, faitesen un distillé ; et ce sera un des morceaux les plus jolis qu'ait le théâtre français.
Ce soir, pour dixième représentation, on a donné
i. Zénéide : pièce sans notoriété.
■a. L'Epreuve n'en est pas moins aine pièce délicieuse.