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La grand'mère maternelle de Mme Du Defïand avait épousé en secondes noces un duc de Choiseul, et, par plaisanterie, Mme Du Deffand appela yrancV maman la jeune duchesse de Choiseul, qui avait trente-neuf ans de moins qu'elle. Et vraiment, tout plaisant qu'il est, le surnom n'est pas impropre, tant il arrive souvent à la jeune femme de prendre, dans ses lettres, le ton d'un moraliste qui disserte, et qui disserte avec prolixité. On sent bien à la vérité, et elle est la première à le dire, que c'est là une attitude, qu'au fond son âme est moins calme qu'elle ne le laisse voir, et que c'est par un effort constant sur elle-même qu'elle sait garder toujours, en présence de ses plus intimes amis, cet air de dignité affable et presque de gravité souriante qui convient à la femme d'un premier ministre. Mais justement, il y a quelque étude dans les airs etdansle style de Mmede Choiseul, et, sila femme nous parait aussi digne qu'à ses contemporains d'affection et de respect, l'écrivain nous lasse assez vite. En dépit de sa prudence cependant et de sa force d'âme, la duchesse se laisse, dans ses lettres, aisément voir telle qu'elle est, très lionne, dans la conscience de ses devoirs de suzeraine et de maîtresse d'un grand domaine, très alfectueuse à l'égard de tous ses amis, mais dominée tout entière par un sentiment puissant, invincible : son amour pour son mari, et le souci constant de ne rien faire qui puisse lui déplaire, lui nuire ou l'amoindrir. Le duc, lui, témoignait à l'égard de sa femme d'un respect plein d'affabilité, mais il ne l'aimait pas et ne paraissait guère montrer d'estime pour son esprit : la duchesse de Grammont, sa sœur,, eut toujours sur lui plus d'influence que sa femme, et la duchesse de Choiseul souffrit beaucoup de ce mépris, de cette injustice cruelle. Ses sentiments cependant n'en furent pas altérés : elle ne s'avoua jamais ce qu'il y avait de superficiel dans l'esprit et dans le caractère du duc de Choiseul ; elle ne cessa jamais de se sacrifier à sa gloire : cette piété conjugale et celte juste fierté d'elle-même, que ni les disgrâces ni les blessures secrètes ne purent affaiblir, voilà les sentiments dont l'expression se retrouve partout dans la correspondance de la duchesse de Choiseul, qui en font l'unité et qui lui donnent son prix. Ce sont les traits aussi qui doivent définitivement fixer dans notre esprit le souvenir de cette charmante femme à l'àme ferme et douce, et qui sut souffrir silencieusement, en restant aimable, indulgente et vertueuse.
Après la mort de son mari (1785), Mmc de Choiseul vécut dans la retraite et la médiocrité. Elle resta à Paris, sans être inquiétée pendant tout le cours de la Révolution ; elle eut même le bonheur, à l'époque de la Terreur, quoique âgée elle-même et sans crédit, de faire, par ses démarches, remettre en liberté l'abbé Barthélémy1, qui avait été arrêté, et de sauver ainsi la vie à cet ami fidèle des bons et des mauvais jours. Elle mourut en 1801, à 1 âge de soixante-cinq ans 2.
A Versailles, ce décembre 1762.
Faites-moi grâce, ma chère enfant3, des gens de Versailles ; il y a, comme vous dites fort bien, cinq mois que j'y suis; j'y croirais être encore4. Pourquoi ne me parlezvous pas du président5? Il y a mille ans que je ne l'ai vu, il m'abandonne tout à fait ; je serai bien aise d'avoir l'occasion de le lui reprocher; d'ailleurs, qu'avez-vous besoin de tant de monde? Vous pouvez craindre d'être seule avec moi, mais je ne crains pas de l'être avec vous. Plus vous aurez de monde, plus je serai distraite du plaisir de vous voir; on me distrait à présent du plaisir de vous écrire et l'on me désespère. Je viens de m'arracher démon lit pour achever une frisure commencée d'hier; quatre pesantes mains accablent ma pauvre tête. Ce n'est pas le pire pour elle, j'en tends résonnera mes oreilles le fer, les papillottes. Il est trop chaud... Quel ajustement madame mettra-t-elle donc aujourd'hui?... Gela va avec telle robe... Angélique, faites-donc le toquet6; Marianne, apprêtez le panier7, — vous entendez bien que c'est la suprême Tintin* qui ordonne ainsi. — Elle a beaucoup de peine à nettoyer ma montre avec un vieux gant; elle me fait voir que le fond en est toujours noir. Ce n'est pas tout. Un militaire pé-