‹ Lettres du XVIIIe siècleChapitre 351 sur 381 · Sans doute le surnom de la première femme de chambre · texte numérisé non relu

Sans doute le surnom de la première femme de chambre

rore de l'expulsion des jésuites1; deux médecins parlent, je crois, de guerre, ou se la font peut-être ; un archevêque me montre une décoration d'architecture; l'un veut attirer mes regards, l'autre occuper mon esprit, tous obtenir mon attention. Vous seule intéressez mon cœur. On me crie de l'autre chambre : « Madame, voilà les trois quarts; le roi va passer pour la messe... — Allons! vite! vite ! mon bonnet, ma coiffe 2, mon manchon, mon éventail, mon livre; ne scandalisons personne. Ma chaise, mes porteurs; partons! » — J'arrive de la messe; une femme de mes amies entre presque aussitôt que moi ; elle est en habit; mon très petit cabinet est rempli de la vastitude 3 de son panier. Elle veut que je continue : « Je n'en ferai rien, madame ; je ne serai pas assez mon ennemie pour me priver du plaisir de vous voir et de vous entendre... » Enfin elle est partie; reprenons ma lettre; mais on vient me dire que le courrier de Paris va partir : « Il demande si madame n'a rien à lui ordonner. — Eh! si fait, vraiment ! J'écris à ma chère enfant ; qu'il attende. » Une jeune Irlandaise vient me solliciter pour une grâce que je ne lui ferai pas obtenir. Un fabricant de Tours f vient me remercier d'un bien que je ne lui ai pas procuré. Celui-ci vient me présenter son frère que je ne verrai pas; il n'y a pas jusqu'à Mlle Fel 3 qui n'arrive chez moi.

J'entends le tambour; les chaises de mon antichambre sont culbutées ; ce sont les officiers suisses qui se précipitent dans la cour6.

Le maître d'hôtel vient demander si je veux qu'on serve. Il m'avertit que le salon est plein de monde, que monsieur est rentré, qu'il a demandé à dîner. — Allons donc, il faut finir. Voilà le tableau exact de tout ce que j'ai éprouvé hier et aujourd'hui en vous écrivant, et presque tout cela à la fois; jugez si je suis lasse du monde et si vous devez vous donner tant de peine pour m'en procurer; jugez

i. Décret du 26 novembre 17G2.

2. Coiffé, nom qu'on donnait alors aux étolTes légères dont les femmes se couvrent la tète, quand la coiffure n'admet pas de chapeau.

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