A SON PÈRE
Mon père,
Mes yeux sont sérieusement attaqués ; et de l'aveu d'un habile oculiste, à peine me reste-t-il l'espoir que la discontinuation du travail que nécessite la solitude, les distractions causées par la vue de quelques humains, et l'exercice que me permettrait une vie moins renfermée, retarderaient la cécité à laquelle je ne compte pas échapper. Je vous épargnerai et les réflexions et le détail des autres maux qui me rongent; mais consultez-vous vous-même, mon père : c'est votre fils souffrant, anéanti et menacé d'aveuglement3, qui vous implore pour la dernière fois. Que direz-vous? que j'ai gagné un oculiste que j'ai vu dix
i. Voir la notice de la page 5oo.
2. Sur les démêlés de Mirabeau avec son père, voir la notice. Il est difficile de fixer exactement la date de cette lettre, écrite du donjon de Vincennes, où Mirabeau fut incarcéré à la fin du mois de mai
1777 : elle est cependant antérieure au 1G novembre 177S. date d'une lettre écrite par Mirabeau à son père, qui venait de lui annoncer la mort, survenue le 3 octobre, de son fils unique, âgé de cinq ans.